Les récentes négociations entre l’administration Trump et plusieurs géants pharmaceutiques devraient avoir un impact limité sur les ventes et les bénéfices de l’industrie, tout en offrant un répit face aux menaces de droits de douane. Ces accords, annoncés vendredi, visent à réduire les prix de certains médicaments sur ordonnance, mais leur effet réel reste incertain.
Le président Trump a annoncé la conclusion d’accords avec neuf fabricants de médicaments supplémentaires, Gilead Sciences, Merck & Cie, Amgen, Bristol Myers Squibb, GSK, Novartis, Sanofi, Genentech et Boehringer Ingelheim. Ces entreprises s’engagent à proposer des réductions sur des médicaments spécifiques, dont beaucoup bénéficient déjà de remises ou approchent de la fin de leur période d’exclusivité. En contrepartie, elles bénéficieront d’une exemption de trois ans des droits de douane imposés par l’administration américaine.
Selon Matt Phipps, analyste chez William Blair, ces accords ne sont rien de plus qu’« une série de concessions sur des médicaments soigneusement sélectionnés ». Il estime que même si certains médicaments seront proposés à prix réduit pour les patients payant comptant, il est peu probable que cela se traduise par une baisse significative des prix nets, les co-paiements des assurances restant probablement supérieurs.
Gilead Sciences s’attend d’ailleurs à ce que « l’impact financier soit gérable en 2026 et au-delà », une prévision que l’analyste Phipps considère comme valable pour l’ensemble des neuf transactions. Il ne prévoit pas d’« impacts significatifs sur les perspectives de croissance » des entreprises concernées.
Les investisseurs, quant à eux, continuent de privilégier les actions des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques. Les indices de ces secteurs ont progressé pour l’essentiel cette année, après une chute en avril lorsque M. Trump avait menacé l’industrie de droits de douane « importants ». Ces menaces avaient initialement suscité des annonces d’investissements dans le secteur manufacturier américain, mais les exemptions accordées ont finalement atténué leur impact.
Ces accords s’inscrivent dans la volonté de l’administration Trump d’instaurer le principe de la « nation la plus favorisée » (NPF) pour les produits pharmaceutiques, visant à aligner les prix payés par les consommateurs américains sur ceux pratiqués dans les pays où les prix sont contrôlés. En juillet, M. Trump avait envoyé des lettres à 17 grands fabricants de médicaments, leur accordant un délai de 60 jours pour baisser leurs prix sous peine de sanctions.
Pfizer, AstraZeneca, Eli Lilly, Novo Nordisk et EMD Serono avaient déjà conclu des accords avec la Maison Blanche avant cette nouvelle série. Trois entreprises, Johnson & Johnson, AbbVie et Regeneron, n’ont pas encore signé, mais les analystes s’attendent à ce qu’elles le fassent prochainement.
La Maison Blanche affirme également que ces accords « garantiront que les pays étrangers ne pourront plus utiliser le contrôle des prix pour profiter librement de l’innovation américaine en garantissant des prix NPF sur tous les nouveaux médicaments innovants que les neuf sociétés mettront sur le marché ». La manière dont cette disposition sera appliquée reste cependant floue.
Bristol Myers Squibb a par exemple précisé que son accord signifiait qu’elle « ne serait pas soumise aux futurs mandats de tarification ». De plus, la Food and Drug Administration a annoncé l’attribution d’un statut de priorité à l’examen rapide de deux médicaments expérimentaux de Merck le jour même de l’annonce des accords, suggérant des incitations supplémentaires.
Le manque de transparence entourant ces négociations a suscité des critiques de la part des démocrates. Quatre législateurs ont envoyé des lettres à AstraZeneca, Lilly, Novo Nordisk et Pfizer la semaine dernière, exigeant des informations sur les accords. « Le scepticisme et un examen minutieux sont justifiés, car l’administration Trump a à plusieurs reprises fait des annonces qui n’ont pas atteint leurs objectifs déclarés et qui n’ont fait qu’augmenter les coûts pour le consommateur », ont-ils déclaré.