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Un régime riche en graisses augmente le risque de cancer du foie

by Sophie Martin

Publié le 22 décembre 2025 à 21h11. Une étude du MIT révèle qu’un régime riche en graisses peut induire un état immature dans les cellules du foie, augmentant ainsi le risque de développement de tumeurs cancéreuses à long terme. Les chercheurs ont identifié des mécanismes génétiques clés qui pourraient ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention.

  • Un régime riche en graisses provoque un retour des cellules hépatiques à un état immature, semblable à celui des cellules souches.
  • Cette régression cellulaire, bien qu’initialement une stratégie de survie face au stress, favorise l’apparition de cancers du foie.
  • L’analyse de l’expression génétique pourrait permettre de prédire la progression du cancer du foie chez les patients à risque.

Une alimentation riche en graisses modifie profondément le fonctionnement des cellules du foie, les ramenant à un état primitif et les rendant plus vulnérables au cancer, selon des recherches récentes menées par des scientifiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Publiées ce lundi dans la revue Cell, ces découvertes mettent en lumière un mécanisme jusqu’alors méconnu de la progression de la maladie hépatique.

L’étude révèle qu’en réponse à un apport excessif de lipides, les hépatocytes matures – les cellules principales du foie – subissent une sorte de « dédifférenciation », adoptant un comportement proche de celui des cellules souches. Ce phénomène leur permet de mieux résister aux contraintes imposées par un régime riche en graisses, mais il a un prix : une susceptibilité accrue au développement de tumeurs à long terme.

« Si les cellules hépatiques sont constamment confrontées à un facteur de stress, tel qu’un régime riche en graisses, elles adopteront des stratégies pour survivre, mais au détriment d’une augmentation de leur vulnérabilité au développement de tumeurs »,

Alex Shalek, directeur de l’Institut d’ingénierie médicale et des sciences du MIT

Les chercheurs ont également identifié plusieurs facteurs de transcription génétiques qui semblent réguler cette inversion cellulaire. Ces découvertes pourraient permettre de concevoir des thérapies ciblées pour prévenir l’apparition de tumeurs chez les patients présentant un risque élevé.

Jusqu’à présent, on savait qu’un régime riche en graisses pouvait entraîner une inflammation et une accumulation de graisse dans le foie, une condition connue sous le nom de maladie hépatique stéatosique ou stéatose hépatique. Cette maladie, qui peut également être causée par divers facteurs métaboliques (comme une consommation excessive d’alcool), peut évoluer vers une cirrhose, une insuffisance hépatique et, finalement, un cancer.

L’objectif de l’équipe du MIT était de comprendre précisément ce qui se passe au niveau cellulaire lorsque le foie est exposé à un régime riche en graisses, et quels gènes sont activés ou désactivés en réponse à ce stress.

Pour ce faire, ils ont soumis des souris à un régime riche en graisses et ont analysé l’expression de leurs gènes hépatiques à différents stades de la maladie, grâce à une technique de séquençage de l’ARN unicellulaire. Cette approche a permis de détecter des changements dans l’activité génétique au fur et à mesure que les souris développaient une inflammation du foie et, dans certains cas, des tumeurs.

Les résultats ont montré qu’au début, les hépatocytes activaient des gènes qui les aidaient à survivre dans un environnement stressant. Cependant, en même temps, ils commençaient à désactiver des gènes essentiels à leur fonctionnement normal, notamment ceux codant pour des enzymes métaboliques et des protéines sécrétées. Certains de ces changements étaient immédiats, tandis que d’autres, comme la diminution de la production d’enzymes métaboliques, se produisaient plus progressivement. La majorité des souris soumises à un régime riche en graisses ont fini par développer un cancer du foie au cours de l’étude.

Selon les chercheurs, la raison en est que les cellules dans un état immature sont plus susceptibles de devenir cancéreuses si une mutation se produit ultérieurement.

Pour vérifier si ces observations chez la souris pouvaient être transposées à l’homme, les chercheurs ont analysé des échantillons de tissus hépatiques prélevés sur des patients atteints de maladies du foie, à différents stades de la maladie, y compris des patients sans cancer.

L’analyse de ces échantillons a confirmé un schéma similaire à celui observé chez la souris : l’expression des gènes nécessaires au fonctionnement normal du foie diminuait avec le temps, tandis que celle des gènes associés aux états immatures augmentait. De plus, ils ont constaté que l’analyse des profils d’expression génétique permettait de prédire avec précision l’espérance de vie des patients.

Bien que les souris aient développé un cancer en environ un an, les chercheurs estiment que le processus est beaucoup plus lent chez l’homme, pouvant prendre jusqu’à 20 ans. Cette durée peut varier en fonction de l’alimentation et d’autres facteurs de risque, tels que la consommation d’alcool ou les infections virales, qui peuvent également favoriser le retour des cellules hépatiques à un état immature.

Les chercheurs envisagent désormais d’étudier si les changements observés en réponse à un régime riche en graisses peuvent être inversés en adoptant une alimentation plus saine ou en utilisant des médicaments favorisant la perte de poids, tels que les agonistes du GLP-1.

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