Publié le 24 décembre 2025 13:57:00. L’agence de notation Fitch Ratings a abaissé une nouvelle fois la note de crédit du Gabon, signalant une détérioration de sa capacité à se financer et une dépendance persistante aux revenus pétroliers. Cette décision intervient alors que le pays mise sur un budget ambitieux pour 2026 afin de relancer son économie.
- Fitch Ratings a dégradé la note souveraine du Gabon à long terme en devises étrangères à CCC- et en monnaie locale à CC.
- L’agence pointe une tension croissante sur la liquidité et un accès limité aux marchés financiers.
- Le budget 2026, bien que conséquent, est jugé fragile en raison de la volatilité des prix du pétrole et des contraintes de financement.
L’agence de notation Fitch Ratings a annoncé, le 19 décembre dernier, une nouvelle dégradation de la note de crédit du Gabon. La note à long terme en devises étrangères, ou « Long-Term Foreign-Currency Issuer Default Rating », est passée de CCC à CCC-, tandis que la note à long terme en monnaie locale, ou « Long-Term Local-Currency IDR », a été abaissée de CCC à CC. Cette décision reflète, selon Fitch, une capacité réduite du Gabon à financer ses besoins à un coût acceptable, ainsi qu’une pression accrue sur sa trésorerie et des difficultés croissantes à accéder aux marchés financiers régionaux et internationaux.
Dans un communiqué, Fitch explique que l’écart entre les deux notations s’explique par des besoins de financement en monnaie locale plus importants et des conditions de financement domestiques plus contraignantes.
« Les besoins de financement en monnaie locale significativement plus élevés et les contraintes plus fortes dans les conditions de financement domestique expliquent l’écart entre les notations en devises locale et étrangère. »
Fitch Ratings
Cette formulation souligne les difficultés de l’État gabonais à mobiliser des ressources internes face à des échéances de paiement qui se multiplient.
Les données macroéconomiques confirment une augmentation de la dette publique, que Fitch prévoit à 80,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025. Un niveau considéré comme élevé pour une économie fortement dépendante des revenus pétroliers, qui sont actuellement en baisse.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, selon les analystes de Fitch. Outre l’accumulation des arriérés et un déficit budgétaire estimé à environ 6,1 % du PIB en 2025, ils soulignent un désintérêt croissant des investisseurs pour la dette gabonaise. Cela se traduit par une forte baisse des ratios de couverture lors des adjudications sur le marché régional. La combinaison de ces éléments a
« résulté en des tensions sévères sur la liquidité gouvernementale domestique et externe et une accumulation croissante d’arriérés. »
Fitch Ratings
Un budget 2026 d’envergure, mais fragile
Cette décision de Fitch intervient alors que le Gabon tente de relancer son économie grâce à un budget ambitieux pour 2026, axé sur la relance et la transformation structurelle. Le projet de Loi de finances pour 2026, présenté fin 2025, prévoit un cadre budgétaire élargi, avec des ressources et des dépenses totales estimées à environ 11,3 milliards d’euros dans une première version examinée par le gouvernement. L’accent est mis sur l’augmentation des investissements publics dans les secteurs considérés comme moteurs de croissance.
Finalement, après une révision adoptée par l’Assemblée nationale, le budget a été arrêté à environ 6 358,2 milliards de francs CFA, soit environ 9,7 milliards d’euros, avec une enveloppe d’investissements publics de l’ordre de 3,2 milliards d’euros, en hausse par rapport aux années précédentes, dans un contexte de prudence budgétaire.
Cette approche budgétaire repose sur une double stratégie : d’une part, l’exécutif gabonais souhaite stimuler le développement à travers des projets d’infrastructure majeurs. D’autre part, cette ambition s’inscrit dans un environnement financier tendu où l’État doit concilier sa stratégie de relance avec les contraintes de financement, notamment sur les marchés régionaux de capitaux.
La situation est d’autant plus délicate que le budget 2026 repose également sur des hypothèses de mobilisation accrue des recettes propres. Une perspective rendue incertaine par la volatilité des cours du pétrole, qui demeure un pilier de l’économie gabonaise. Les autorités misent sur des réformes fiscales, la digitalisation des recettes et la suppression de certaines exonérations pour renforcer la base fiscale.
Fitch avait précédemment souligné que, malgré un cadre politique jugé plus stable après la transition et l’élection présidentielle de 2025, la fragilité structurelle des finances publiques reste un point de vulnérabilité majeur pour le Gabon face aux chocs externes ou internes. Dans ce contexte, l’agence ne prévoit pas de nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) dans un avenir proche.
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