Home MondeJ’étais prêt à quitter l’hiver canadien pour l’Irlande, puis est arrivé mon plus beau cadeau de Noël – The Irish Times

J’étais prêt à quitter l’hiver canadien pour l’Irlande, puis est arrivé mon plus beau cadeau de Noël – The Irish Times

by Clara Dubois

Publié le 2025-12-25 06:04:00. Un Noël solitaire à Montréal, en 1979, a marqué un tournant dans la vie de Patrick McKenna, un Irlandais du Nord qui y a finalement trouvé un chez-soi inattendu, transformant une période de solitude hivernale en un cadeau durable d’espoir et de renouveau.

  • En 1979, Patrick McKenna envisageait de retourner à Belfast malgré la violence, mais a finalement décidé de rester à Montréal pour des raisons financières.
  • La solitude et le climat rigoureux de Montréal ont été difficiles, mais l’observation du coucher du soleil et le simple fait de marquer les jours sur un calendrier lui ont apporté un sentiment d’espoir.
  • Ce Noël solitaire a conduit à des rencontres, à l’enracinement et à la décision de faire de Montréal sa ville d’adoption.

Patrick McKenna avait pris la décision de rentrer à Belfast, en pleine période de troubles, malgré les dangers que cela impliquait. En novembre 1979, l’idée de rester au Canada ne l’enchantait guère. Il avait passé trois hivers en Ontario et entamait son deuxième hiver montréalais, mais l’attrait de sa ville natale restait fort. Il se souvenait avec lucidité des voitures piégées et de la menace constante qui planaient sur Belfast.

Ce qui rendait son séjour à Montréal particulièrement difficile était l’isolement. Sans amis ni famille, il luttait avec la langue française et se sentait mal à l’aise avec l’étiquette d’« Anglo ». Le climat montréalais, qu’il comparait à la Sibérie, était également un facteur décisif. L’idée de passer cinq à six mois par an dans un froid aussi intense était insupportable.

Bien qu’il ait été contraint de rester à Montréal jusqu’en juin 1980 en raison de son travail, il avait initialement prévu de renoncer à un billet de retour coûteux pour Noël 1979. Il s’était résigné à affronter la solitude, dans l’espoir de repartir l’été suivant sans se retourner. Comme il l’admet lui-même, ce plan n’a pas fonctionné.

La veille de Noël, alors qu’il quittait l’usine où il travaillait, le soleil avait déjà disparu. La température était glaciale et il se précipita dans les rues enneigées vers son appartement près du parc La Fontaine. Après un dîner frugal, il s’adonna à la vaisselle et regarda une rediffusion d’un vieux film de Noël en noir et blanc. Il se coucha au milieu du journal télévisé de 22 heures, sans même penser à laisser du lait et des biscuits pour le Père Noël.

Le jour de Noël fut tout aussi simple. Après un déjeuner composé de soupe en conserve et d’un sandwich au fromage, il s’aventura dans le parc La Fontaine, emmitouflé contre le froid. Plus tard, vers 16 heures, il prépara une tasse de thé et se dirigea vers sa fenêtre, attiré par les couleurs pastel du crépuscule. Le ciel était strié de pourpre, de rouge et de rose, un spectacle qui le captiva.

Lorsque les dernières lueurs cramoisies du soleil disparurent, il retourna dans la cuisine. Au lieu de prendre l’éplucheur à pommes de terre, il saisit un stylo. Il consulta sa montre et inscrivit l’heure dans le calendrier de cuisine, dans la case correspondant au 25 décembre. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il réalisa qu’il devait préparer un repas pour une seule personne : une côtelette de porc accompagnée de légumes et de pommes de terre.

Les jours suivants, il continua à observer le coucher du soleil depuis sa fenêtre, notant l’heure sur son calendrier. Il reconnaissait que ce rituel était triste, rappelant celui d’un prisonnier comptant les jours avant sa libération. Pourtant, il y trouvait aussi un message d’espoir inattendu.

En début de janvier, en parcourant les dates sur son calendrier mural, il constata que les jours rallongeaient visiblement. Chaque coucher de soleil survenait avec une précision mathématique, deux minutes plus tard que le précédent. Cette observation lui donna le courage d’affronter les mois d’hiver restants.

Au milieu du mois de mai, la neige avait fondu, les oies sauvages étaient revenues de leur migration et le parc La Fontaine, de l’autre côté de la rue, s’était paré d’une nouvelle verdure. Peut-être inspiré par la renaissance du printemps, il invita une voisine à déjeuner, s’attendant à un refus, mais elle accepta. Une rencontre en entraîna une autre. En juin, il renonça à son projet de retour à Belfast et commença à considérer Montréal comme son véritable foyer.

Ce Noël 1979, passé dans la solitude, avait changé sa vie à jamais. Dans la période la plus sombre de l’année, il avait appris une leçon précieuse : lorsque les choses semblent les plus désespérées, elles sont souvent sur le point de s’améliorer. Cette sagesse l’a aidé à surmonter de nombreuses épreuves au fil des ans. C’était, et reste, son plus beau cadeau de Noël.

« Le Père Noël ne m’a pas oublié, finalement », conclut-il avec un sourire.

Patrick McKenna a quitté Belfast en 1975. Aujourd’hui à la retraite, il écrit sur la vie à Belfast avant et pendant les premières années des Troubles, l’immigration et la vie, en français, au Québec. Il est titulaire d’une maîtrise en chimie de la Queen’s University de Belfast et en éducation de l’Université de Montréal. Sa famille à Montréal est composée de ses amis et voisins.

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