Publié le 26 décembre 2025 à 07h00. L’utilisation intensive des vidéos courtes sur les réseaux sociaux est de plus en plus pointée du doigt pour ses effets néfastes sur l’attention, le contrôle des impulsions et le bien-être mental. Des experts estiment que la responsabilité ne repose plus uniquement sur les utilisateurs, mais également sur les plateformes et les législateurs.
- Une méta-analyse récente révèle une corrélation entre l’utilisation intensive des vidéos courtes et une détérioration des fonctions cognitives et mentales.
- Le mécanisme de « flux » induit par les algorithmes rend difficile l’arrêt de la consommation de contenu.
- Les plateformes sont appelées à mettre en place des fonctionnalités favorisant une utilisation plus équilibrée et à faire l’objet d’une régulation plus stricte.
Qui n’a pas, à un moment donné, promis de réduire son temps passé sur son téléphone, de désinstaller une application addictive ou simplement de ranger son appareil ? Des résolutions souvent prises avec la meilleure des intentions, mais rapidement oubliées. Face à ce constat, les chercheurs et les experts pointent désormais du doigt non pas le manque de volonté des utilisateurs, mais la conception même des plateformes numériques et le rôle des politiques publiques.
Selon Kathrin Karsay, scientifique en communication à l’Université de Vienne, scroller sans fin sur son smartphone procure une sorte d’« expérience de flux ».
« On fait défiler, mais on ne sait pas vraiment ce que l’on cherche. Le tout semble très fluide et agréable et il n’y a pas de point final naturel, ce qui rend difficile pour beaucoup de gens de s’arrêter. »
Kathrin Karsay, scientifique en communication, Université de Vienne
Théoriquement, il serait possible de continuer à scroller indéfiniment, jusqu’à ce que la fatigue prenne le dessus.
Ce comportement est alimenté par une succession de petites décisions : rester sur cette vidéo ou en chercher une autre ? L’algorithme, conçu pour maximiser l’engagement, assure qu’un contenu potentiellement intéressant apparaîtra toujours, rendant la fermeture de l’application ou le rangement du téléphone d’autant plus difficiles. Le cerveau humain, submergé de stimuli, est constamment sollicité.
De nombreuses études confirment les conséquences de cette utilisation intensive des médias sur la cognition et le psychisme. Une méta-analyse publiée dans la revue Psychological Bulletin, analysant 71 études sur le sujet, a révélé une association entre l’utilisation intensive des plateformes de vidéos courtes et une détérioration de la santé cognitive et mentale, tant chez les adultes que chez les adolescents. L’attention et le contrôle des impulsions sont particulièrement affectés, tout comme les performances de la mémoire.
« Les gens signalent des troubles du sommeil et des difficultés de concentration. Les jeunes disent qu’ils ne peuvent plus regarder un film en entier, mais qu’ils pourraient regarder un film entier en vidéos d’une minute. »
Kathrin Karsay, scientifique en communication, Université de Vienne
Bien que les études actuelles soient principalement transversales et corrélationnelles, les auteurs de l’analyse soulignent la nécessité de poursuivre les recherches.
Les réseaux sociaux : un potentiel addictif
De nombreux réseaux sociaux sont conçus pour encourager une utilisation prolongée. Les experts estiment que la responsabilité incombe désormais davantage aux entreprises et aux pouvoirs publics qu’aux utilisateurs.
« Personnellement, je pense que les chercheurs ont été un peu naïfs concernant l’utilisation des médias sociaux pendant longtemps », confie Kathrin Karsay. Elle observe aujourd’hui un scepticisme croissant à l’égard de ces pratiques et une prise de conscience accrue des problèmes associés. Cependant, les résultats ne sont pas encore définitifs, notamment en ce qui concerne l’impact du contenu diffusé : « Nous constatons que les personnes ayant un comportement d’utilisation problématique, voire addictif, ont également des problèmes de santé mentale. Mais ce n’est pas le cas pour l’ensemble de la population. Pour beaucoup, le contenu des vidéos courtes est simplement une source d’inspiration. »
L’un des principaux constats est la réduction du temps consacré aux interactions hors ligne. Si un jeune passe 50 à 60 heures par semaine sur les réseaux sociaux, cela représente un travail à temps plein en dehors de l’école. Où trouve-t-on alors le temps pour les relations sociales et les échanges personnels, pourtant essentiels au bien-être psychologique ?
Kathrin Karsay estime que la responsabilité incombe « clairement aux plateformes ». Elle plaide pour l’intégration de « fonctions équitables » dans les applications, facilitant la prise de distance. « Cela va évidemment à l’encontre de leur modèle économique », reconnaît-elle, car les entreprises comme Meta ou TikTok prospèrent en maintenant l’attention des utilisateurs captive. Elle appelle également à une réglementation plus stricte de la part des pouvoirs publics et à une mise en œuvre plus rapide des mesures existantes, comme la loi européenne sur les services numériques.
« Je crois qu’il y a un droit au divertissement », nuance Kathrin Karsay. « On peut bien s’amuser de temps en temps. Qui ne l’est pas ? » Elle-même avoue aimer parfois se détendre en scrollant pendant une heure, « mais le plus perfide dans tout cela, c’est que je ne me sens pas détendue après, car le cerveau cherche constamment et n’a donc jamais vraiment d’expérience positive ».
Pour réduire son utilisation des réseaux sociaux, la chercheuse recommande de rompre avec les habitudes : ne pas sortir son téléphone à chaque feu rouge, pendant le trajet en bus ou dès qu’on s’assoit sur le canapé, mais plutôt limiter l’utilisation d’une application à un endroit précis. Programmer une alarme peut également aider à prendre conscience du temps écoulé. Dans tous les cas, une pause temporaire avec les médias sociaux peut être bénéfique pour le psychisme, comme le confirment les recherches.
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