Les responsables informatiques des établissements de santé sont confrontés à un défi majeur : déployer l’intelligence artificielle de manière efficace et durable. La clé du succès réside dans une approche centrée sur les utilisateurs, la mesure de l’engagement réel et l’anticipation des contraintes réglementaires, selon le Dr Thomas Kelly, cofondateur et PDG de Heidi Health.
Au lieu de se contenter de projets pilotes, il est crucial de bâtir une stratégie d’adoption solide, en commençant par identifier des « super-utilisateurs » au sein de chaque service. Ces experts cliniques permettront de déterminer les applications les plus pertinentes de l’IA et de s’assurer qu’elles s’intègrent parfaitement aux flux de travail existants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du dossier patient électronique (DPE).
« L’une des choses les plus importantes que nous ayons constatées est de rassembler ce qui ressemble presque à un conseil ou à un comité de super-utilisateurs au sein des organisations », explique le Dr Kelly. Cette équipe doit identifier les points de friction spécifiques à chaque spécialité et créer des modèles, des exemples concrets et des démonstrations rapides pour faciliter l’apprentissage.
L’adoption ne se mesure pas au nombre de licences achetées, mais à l’utilisation effective de l’outil par les cliniciens. Le Dr Kelly préconise une approche par étapes, avec des critères de sortie clairs pour les phases alpha et bêta, basés sur des seuils d’activité hebdomadaire et une couverture spécialisée. Il recommande notamment d’atteindre un taux d’utilisation d’au moins 80 % parmi les cliniciens éligibles, idéalement au quotidien.
Pour maximiser l’impact, l’IA ne doit pas être limitée au DPE. Elle peut être utilisée pour synthétiser des informations, préparer des réunions multidisciplinaires, résumer des documents et faciliter la préparation des consultations. En permettant aux cliniciens d’utiliser l’IA dans différents contextes, on augmente sa valeur et sa fréquence d’utilisation.
« Nous devons qu’au moins 80 % des cliniciens l’utilisent, au moins une fois par semaine, idéalement tous les jours », insiste le Dr Kelly. Il met en garde contre l’achat massif de licences sans suivi de l’engagement réel, soulignant que la rapidité avec laquelle l’utilisation se concentre parmi les cliniciens en exercice est un indicateur clé de succès.
Par ailleurs, les établissements de santé doivent anticiper les évolutions réglementaires. Certaines fonctions de l’IA, comme le résumé de conversations médicales, pourraient être considérées comme des dispositifs médicaux, impliquant des obligations en matière de gouvernance, de gestion de la qualité et de signalement d’incidents. Aux États-Unis, il est important de surveiller les outils qui pourraient relever de la réglementation de la FDA.
En fin de compte, l’objectif est d’accroître la capacité des cliniciens à prendre en charge davantage de patients, sans augmenter les effectifs. L’IA peut aider à automatiser certaines tâches, à synthétiser des informations et à améliorer l’efficacité des flux de travail, libérant ainsi du temps pour les soins directs aux patients.
« En réalité, il s’agit d’augmenter la capacité. C’est ce qui m’a toujours tenu à cœur. C’est la chose qui, à mon avis, compte le plus », conclut le Dr Thomas Kelly.