Publié le 27 décembre 2023. Les Irlandais mettent de côté de l’argent à un rythme soutenu, mais une grande partie de ces économies dort sur des comptes peu rémunérateurs, alors que l’inflation continue de grignoter leur pouvoir d’achat.
- Le taux d’épargne des ménages irlandais a atteint son plus haut niveau depuis mi-2022, s’approchant de 15 % entre juillet et septembre.
- Plus de 170 milliards d’euros (EUR) sont désormais déposés sur les comptes des ménages irlandais, un record.
- Des experts financiers mettent en garde contre le fait de laisser l’argent dormir sur des comptes à faible rendement et encouragent les investissements à long terme.
Les chiffres récents publiés par le Central Statistics Office (CSO) révèlent une tendance à l’épargne soutenue en Irlande. Entre juillet et septembre, le taux d’épargne a atteint près de 15 %, en hausse de 2 % par rapport au trimestre précédent. Ce niveau est également significativement supérieur à la moyenne de 13,1 % observée depuis le début de l’année 2023. Selon le rapport, près d’un euro sur sept est désormais mis de côté par les ménages, une situation favorisée par l’augmentation des revenus et une certaine prudence dans les dépenses.
Fin octobre, la valeur totale des dépôts des ménages s’élevait à 170,3 milliards d’euros, une première historique. Cette somme représente une augmentation de 2 milliards d’euros par rapport à septembre et de 11,3 milliards d’euros sur un an. Les dépôts à vue, c’est-à-dire l’argent conservé sur les comptes courants, ont été le principal moteur de cette croissance, avec un afflux positif de 1,9 milliard d’euros au cours du mois.
Le CSO souligne que l’épargne peut contribuer à la richesse globale des ménages, que ce soit par l’acquisition de biens immobiliers, l’augmentation des dépôts bancaires, la préparation de la retraite ou le remboursement de dettes. Cependant, de nombreux experts s’inquiètent de la faible rémunération de ces économies.
« La réalité est que de nombreux déposants irlandais obtiennent un intérêt proche de zéro sur leur épargne, l’inflation érodant sa valeur au fil du temps. »
Nick Charalambous, directeur général d’Alpha Wealth
Nick Charalambous exhorte les Irlandais à ne pas laisser leur argent dormir sur les comptes bancaires, les coopératives de crédit ou la poste. Colum Carroll, planificateur financier chez Castle Capital, insiste sur le fait que l’inflation est un « véritable destructeur de richesse » et qu’il est préférable d’investir, que ce soit dans le cadre d’une pension ou par d’autres moyens, pour assurer un avenir financier plus serein.
« Les gens considèrent souvent les investissements comme risqués, mais je pense que le discours doit encore changer à ce sujet… Ne pas investir peut en fait être encore plus risqué. Le risque de manquer d’argent, le risque de ne pas avoir assez d’argent à l’avenir ou de perdre du pouvoir d’achat. C’est le genre de risques réels. »
Colum Carroll, planificateur financier chez Castle Capital
Selon M. Charalambous, la peur de perdre son argent et un manque de compréhension des options d’investissement expliquent en partie pourquoi les gens préfèrent conserver leur argent en dépôt. Il conseille de tenir compte de l’horizon temporel avant de choisir un placement : les économies à court terme (moins de trois ans) devraient rester sur des comptes d’épargne, tandis que les projets à long terme nécessitent des investissements plus dynamiques.
Il mentionne l’essor de plateformes comme Revolut, qui proposent des comptes d’épargne et d’investissement, mais souligne que d’autres acteurs, comme Raisin, offrent des rendements plus intéressants. Raisin permet d’accéder à des taux de dépôt à vue d’environ 2,15 %, et propose des taux de démarrage à 3,1 % brut.
Après avoir couvert les dépenses courantes et constitué une épargne de précaution, M. Charalambous recommande de privilégier les investissements à long terme, notamment les régimes de retraite. Il souligne les avantages fiscaux de ces derniers, souvent négligés par les épargnants.
Pour les projets à moyen terme (quatre ans ou plus), il suggère des solutions proposées par Irish Life, Aviva et Zurich. Il insiste sur la nécessité de réévaluer régulièrement ses investissements, au moins une fois par an.
L’engouement pour les applications financières comme Revolut a familiarisé les gens avec les actions et les Exchange Traded Funds (ETF). Cependant, M. Charalambous met en garde contre une concentration excessive sur les marchés boursiers américains, notamment les actions des “Sept Magnifiques” (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla). Il souligne la performance des actions européennes et de l’or cette année, ainsi que la faiblesse du dollar.
Il considère l’ETF Vanguard S&P 500 comme un investissement spéculatif, en raison de sa forte concentration sur les États-Unis et de sa dépendance à la croissance de quelques grandes entreprises technologiques.
Les données de la Banque centrale d’Irlande montrent que la valeur marchande des titres détenus par les résidents irlandais s’élevait à près de 6 000 milliards d’euros à la fin septembre, en hausse de 353 millions d’euros sur le trimestre. Les fonds de pension représentent 51 milliards d’euros de ce total, tandis que les investissements des ménages s’élèvent à 28,26 milliards d’euros.
Les actions cotées représentent 2,4 milliards d’euros du total, les États-Unis étant la destination privilégiée des investissements irlandais (58 % de la valeur totale, soit 1,4 milliard d’euros). Le marché boursier irlandais ne représente que 2 % (49 milliards d’euros) du total des investissements irlandais en actions.
Le budget d’octobre a annoncé une réduction de la taxe de sortie sur les investissements, passant de 41 % à 38 % à partir du 1er janvier, ce qui devrait rendre l’investissement plus attractif. Cette taxe pourrait encore diminuer à l’avenir, pour atteindre le taux de 33 % applicable à l’impôt sur les plus-values.
Colum Carroll estime que l’investissement sera plus avantageux en 2026 grâce à cette baisse de la taxe de sortie.
Il rappelle que l’impôt sur les plus-values s’applique aux bénéfices réalisés sur la vente d’actifs tels que les actions, au taux de 33 %. La taxe de sortie, quant à elle, est prélevée sur les gains réalisés sur un fonds (comme un ETF) et est facturée à 38 %. De plus, elle est payable tous les huit ans, même si l’actif n’a pas été vendu.
M. Carroll critique ce système, qui ne favorise pas un bon investissement, car la détention d’actions individuelles est moins taxée que l’investissement dans des fonds diversifiés.
« La meilleure pratique est que si vous avez de l’argent maintenant et que vous n’avez pas besoin d’y accéder, c’est le meilleur moment pour investir. »
Colum Carroll, planificateur financier chez Castle Capital
Il conclut que le véritable risque n’est pas l’investissement à long terme, mais le risque de ne pas avoir suffisamment d’argent pour financer ses projets futurs, tels que les études de ses enfants ou sa retraite.
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