Publié le 28 décembre 2025 08h48. Le robot aspirateur Roomba, pionnier sur un marché en pleine expansion, a déposé le bilan aux États-Unis, illustrant les difficultés d’une entreprise à maintenir son avantage face à la concurrence et aux évolutions du marché.
- iRobot, le fabricant du Roomba, a déposé une demande de mise en faillite (chapitre 11) aux États-Unis.
- L’échec de son acquisition par Amazon, après l’opposition des autorités de régulation, a précipité la crise.
- La multiplication des offres concurrentielles et la niche relative du marché des robots aspirateurs ont fragilisé l’entreprise.
L’histoire d’iRobot est un exemple classique de l’innovation perturbée. L’entreprise a été l’une des premières à imaginer un marché pour les aspirateurs autonomes, mais a vu son succès érodé par l’arrivée massive de concurrents et l’évolution des attentes des consommateurs. Si Electrolux avait déjà présenté un prototype d’aspirateur robotisé, le « Trilobite », dès 1996, c’est iRobot qui a véritablement popularisé le concept avec le Roomba, lancé en 2002.
Le Trilobite, doté de capteurs à ultrasons pour éviter les obstacles, avait même suscité l’intérêt de la BBC en 1997. Cependant, son efficacité limitée à nettoyer les bords et les coins des pièces a conduit à son abandon quelques années plus tard. Le Roomba, en revanche, a rencontré un succès immédiat, avec plus d’un million d’unités vendues dans les deux premières années. Son côté novateur et sa praticité en ont rapidement fait un produit emblématique, au point d’être exposé au National Museum of American History et de devenir, à l’instar de Hoover pour les aspirateurs traditionnels, un terme générique pour désigner les robots aspirateurs.
Au cours des vingt dernières années, plus de 50 millions de Roombas ont été vendus dans le monde. Mais le succès initial n’a pas été durable. L’arrivée de nombreux concurrents, des marques d’aspirateurs traditionnelles comme Dyson, proposant des modèles haut de gamme, aux alternatives moins chères disponibles en ligne et en grande surface, a réduit le potentiel de croissance d’iRobot. De plus, le marché des robots aspirateurs, bien que porteur, reste relativement de niche : selon iRobot, ils représentent 20 % des ventes totales d’aspirateurs, un chiffre qui pourrait sembler élevé après deux décennies de développement technologique.
Les difficultés d’iRobot se sont accentuées en août 2022 avec l’annonce de son acquisition par Amazon pour 1,7 milliard de dollars. Une offre qui, bien que substantielle, ne représentait pas une prime significative par rapport à la valeur boursière de l’entreprise à l’époque. L’opération a rapidement rencontré l’opposition des autorités de régulation américaine et européenne, craignant qu’Amazon n’utilise sa position dominante pour favoriser les produits Roomba au détriment de ses concurrents. Finalement, Amazon a renoncé à l’acquisition début 2024.
Cette période d’incertitude a été fatale pour iRobot. En attente de la validation de l’accord avec Amazon, l’entreprise était paralysée et incapable de prendre des décisions stratégiques majeures. L’échec de l’acquisition a entraîné une restructuration massive, avec la suppression d’un tiers des effectifs et le remplacement du PDG, avant que l’entreprise ne se place finalement sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites ce mois-ci.
Que devient le Roomba pour les consommateurs ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais l’entreprise pourrait être sauvée par une offre publique d’achat de Picea Robotics, une société chinoise qui est à la fois son principal créancier et son principal fabricant. Cette reprise permettrait de maintenir la production et le service après-vente des robots aspirateurs. Cependant, cette opération soulève des questions quant à la sécurité des données, compte tenu de l’origine chinoise de Picea Robotics et des préoccupations liées à la surveillance et à l’utilisation des informations personnelles.
L’affaire iRobot est un avertissement pour les consommateurs investissant dans des appareils connectés. Il arrive que les fabricants abandonnent le support de leurs produits, les rendant progressivement obsolètes ou inutilisables. Le thermostat Nest, fabriqué par Google, en est un exemple récent : les première et deuxième générations de l’appareil, vendues jusqu’en 2015, ne bénéficient plus de mises à jour logicielles et ne peuvent plus être contrôlées à distance. Hive, un autre fabricant de thermostats, a également abandonné ses produits de sécurité intelligents, laissant ses clients avec des appareils inutiles.
Pour minimiser les risques, il est essentiel de se demander si l’on a réellement besoin de la version connectée d’un appareil. Un thermostat simple avec des minuteries peut souvent suffire. Il est également préférable de privilégier les marques établies, qui sont plus susceptibles de maintenir un service après-vente et de continuer à prendre en charge leurs produits à long terme. Méfiez-vous des marques inconnues, souvent des produits blancs importés, qui disparaissent rapidement et ne proposent aucun support client.
Enfin, n’oubliez pas qu’un appareil connecté collecte des données sur vos habitudes. Choisissez des entreprises réputées pour leur respect de la vie privée et leur conformité aux réglementations en vigueur, comme le RGPD en Europe.
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