Publié le 29 décembre 2025 à 13h08. Une correspondance récemment dévoilée révèle les tensions entre l’ancien Premier ministre britannique John Major et l’ancien Taoiseach irlandais John Bruton en 1995, suite à un discours de ce dernier qui, selon Major, risquait de compromettre les efforts de paix en Irlande du Nord.
- John Major a vivement réprimandé John Bruton pour un discours prononcé à Londres, craignant qu’il ne provoque une “tempête” politique.
- La dispute s’est déroulée alors que Major était en déplacement en Nouvelle-Zélande et Bruton cherchait à encourager un “compromis raisonnable” dans les négociations nord-irlandaises.
- Major s’inquiétait des implications du discours de Bruton sur la capacité du gouvernement irlandais à servir d’intermédiaire avec les unionistes.
La tension est apparue au lendemain d’un dîner à Londres où John Bruton avait plaidé pour une approche plus ferme envers les forces de l’ordre et pour le respect de la “dignité” de la communauté nationaliste en Irlande du Nord. Il avait notamment souligné que le refus des unionistes de reconnaître les abus passés de la police sous l’administration de Stormont nuisait à l’efficacité de la Royal Ulster Constabulary (RUC) auprès de la population nationaliste.
Selon Bruton, il était crucial de parvenir à un “compromis raisonnable” dans les pourparlers entre toutes les parties prenantes. Il avait également estimé que les représentants unionistes pouvaient contribuer à apaiser les tensions en reconnaissant les aspects négatifs des relations passées avec leurs voisins nationalistes, notamment dans le domaine de la police.
John Major, alors en route pour Londres depuis l’aéroport d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, a immédiatement réagi par une lettre adressée à Bruton. Il y exprimait sa “grande surprise” et son regret face aux déclarations du Taoiseach.
« Je dois dire que je suis très surpris (de ce discours) et je regrette que vous ayez parlé de cette manière. »
John Major, Premier ministre britannique
Major craignait que les propos de Bruton ne soient interprétés par les unionistes comme une opposition ferme du gouvernement irlandais à leurs positions, compromettant ainsi le rôle d’intermédiaire de Dublin auprès du gouvernement britannique. Il estimait que le secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord, Paddy Mayhew, se voyait contraint de prendre ses distances avec les déclarations de Bruton.
« (Paddy Mayhew) a dû remettre les pendules à l’heure. Vous ne lui avez laissé aucune option. »
John Major, Premier ministre britannique
Malgré ces divergences, Major assurait à Bruton qu’il ferait tout son possible pour “calmer la tempête” que son discours allait inévitablement provoquer. Il évoquait également une récente réunion avec le président américain Bill Clinton en Israël, en marge des funérailles du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin.
Major se plaignait d’avoir reçu deux lettres de Bruton et regrettait que des éléments de la première aient été divulgués dans la presse irlandaise peu après son envoi. Il soulignait également les difficultés à suivre de près la situation en Irlande du Nord, étant absorbé par d’autres crises internationales, notamment les essais nucléaires français dans le Pacifique et la crise au Nigeria.
Il reconnaissait toutefois que Bruton était soumis à une forte pression intérieure et insistait sur la nécessité de ne pas céder aux tentatives de Gerry Adams d’intensifier la pression avant la visite prévue du président Clinton en Irlande à la fin décembre.
« Nous ne devons pas permettre aux efforts conscients de (Gerry) Adams d’intensifier la pression avant la visite de Bill Clinton pour nous paniquer ou nous faire dévier de notre cap. »
John Major, Premier ministre britannique
Major concluait en rappelant à Bruton sa capacité à comprendre la complexité de la situation nord-irlandaise et la nécessité de prendre en compte les points de vue des deux communautés. Il proposait un entretien téléphonique dans les jours à venir et exhortait Bruton à faire tout son possible pour apaiser les tensions.
Deux jours plus tard, devant le Dáil, John Bruton confirmait que John Major avait exprimé son opinion selon laquelle une approche à deux volets était la meilleure voie à suivre. Cette correspondance révèle un contraste frappant avec la relation chaleureuse que Major entretenait avec le prédécesseur de Bruton, Albert Reynolds, à qui il avait adressé ses félicitations pour avoir instauré une “relation entièrement différente” dès son arrivée au pouvoir.
En novembre 1994, Major avait écrit à Reynolds, soulignant qu’ils avaient travaillé ensemble d’une manière sans précédent depuis la partition de l’Irlande.
– Cet article est basé sur des documents contenus dans le dossier étiqueté 2025/115/827 aux Archives nationales d’Irlande.
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