Manille, le 15 mai 2024. L’Agence spatiale philippine (PhilSA) s’efforce de développer ses capacités et de garantir un soutien durable pour répondre aux besoins spécifiques du pays en matière d’observation de la Terre et de technologie spatiale, six ans après sa création.
- Le projet de satellite MULA (Multispectral Unit for Land Assessment) vise à améliorer la surveillance de l’environnement, la gestion des catastrophes et la sécurité nationale.
- Les Philippines bénéficient d’une position géographique stratégique pour les lancements spatiaux, mais manquent encore de ressources pour développer une industrie spatiale pleinement autonome.
- PhilSA mise sur la formation d’ingénieurs et la collaboration internationale pour combler le fossé technologique et devenir un acteur régional dans le domaine spatial.
Créée en 2019 par la loi sur l’espace philippine (Philippine Space Act), PhilSA a pour mission de diriger la recherche en ingénierie spatiale, d’évaluer les données géospatiales, de développer des technologies spatiales et de promouvoir la science spatiale dans l’archipel. L’agence a lancé en 2021 le projet MULA, un satellite d’observation de la Terre conçu pour améliorer la surveillance du climat, de la qualité de l’eau et de l’air, ainsi que pour faciliter la cartographie des zones sinistrées.
Avant la création de PhilSA, les Philippines avaient déjà démontré leur capacité à développer des satellites, notamment les microsatellites DIWATA 1 et 2, ainsi que la série de cubesats MAYA 1 à 6 (cubesats MAYA 1 à 6). Ces initiatives, supervisées par le Département des Sciences et Technologies, visaient principalement à former les étudiants en ingénierie en leur offrant une expérience pratique dans les opérations satellitaires. Les satellites DIWATA, par exemple, fournissent des données utiles pour les prévisions météorologiques, la gestion des catastrophes, l’agriculture et la pêche.
PhilSA utilise désormais les données collectées par ces satellites et d’autres dispositifs de surveillance pour produire des cartes de réponse aux catastrophes, analyser les tendances en matière de santé publique grâce à la cartographie thermique urbaine et surveiller les dommages environnementaux (journal de PhilSA). Le satellite MULA, en particulier, permettra de capturer des images plus larges du territoire en un seul passage, facilitant ainsi une évaluation plus complète des terres et des ressources en eau.
Selon Izrael Bautista, docteur en sciences et responsable du programme de recherche à PhilSA, le développement de MULA a été confronté à des défis, notamment le manque d’infrastructures nécessaires à la construction de satellites de grande taille. C’est pourquoi PhilSA a établi un partenariat avec Surrey Satellite Technology, Ltd., une entreprise britannique spécialisée dans la construction de satellites, afin de développer MULA tout en renforçant les compétences des ingénieurs philippins. La pandémie de COVID-19 a également entraîné des retards dans le projet.
« La création de MULA donne du pouvoir à l’industrie spatiale philippine en permettant un accès direct aux données satellitaires, ce qui signifie que nous n’avons pas besoin de compter sur d’autres pays ou fournisseurs. »
Izrael Bautista, responsable du programme et spécialiste principal de la recherche à PhilSA
Le lancement de MULA est prévu pour mi-2026, après une phase finale d’évaluation de sa « valeur spatiale » (actualités de PhilSA). PhilSA ambitionne également de mettre en place une constellation de satellites et un satellite de télécommunications régional pour l’Asie du Sud-Est, de réaliser des lancements spatiaux locaux et, à terme, d’envoyer des astronautes philippins dans l’espace (plan 2025-2034, ABS-CBN News).
Daniel McNamara, membre du conseil d’administration de l’Observatoire de Manille, souligne que la situation géographique des Philippines, proche de l’équateur, constitue un atout majeur pour les lancements spatiaux, car la rotation de la Terre y est plus rapide, réduisant ainsi les besoins en carburant. De plus, les débris spatiaux sont plus susceptibles de retomber dans l’océan Pacifique, ce qui rend les lancements plus sûrs.
Pour soutenir ces ambitions, PhilSA encourage également le développement de programmes d’études en ingénierie aérospatiale, comme celui proposé par l’Université Ateneo de Davao (programme d’ingénierie aérospatiale) et un programme d’astronomie à l’Université technologique Rizal (programme d’astronomie). L’agence espère ainsi renforcer la recherche spatiale et l’éducation dans le pays.
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