Publié le 2024-12-28 10:30:00. Une nouvelle étude de la Fondation SOL révèle que les fonds de pension chiliens, gérés par les AFP, sont massivement investis dans des industries extractives ayant un impact environnemental significatif, soulevant des questions sur la durabilité du système de retraite et son rôle dans la crise climatique.
- 81 % des actifs investis par les AFP dans des entreprises chiliennes sont alloués à des secteurs extractifs ou à fort impact environnemental (en décembre 2024).
- Ces investissements ont augmenté de 107 % entre 2008 et 2024, signalant une tendance à la négligence de la durabilité.
- Le système de retraite chilien, hérité de la dictature de Pinochet, est critiqué pour son manque de transparence et son orientation vers le profit au détriment de l’environnement et des droits des communautés locales.
Les fonds de pension des travailleurs chiliens financent en grande partie des activités extractives destructrices, selon une récente enquête menée par la Fondation SOL. L’étude, intitulée « Fonds de pension et crise socio-environnementale : investissements de l’AFP dans des entreprises extractivistes à fort impact environnemental », met en lumière une contradiction frappante : un système censé assurer la sécurité financière des retraités contribue activement à la dégradation de l’environnement et à l’aggravation de la crise climatique.
Depuis la réforme du système de retraite dans les années 1980, initiée par un groupe d’hommes d’affaires et de militaires, les Administrateurs de Fonds de Pension (AFP) gèrent plus de 210 milliards de pesos chiliens (environ 65 % du PIB du pays). Ce système, basé sur des comptes individuels, a généré d’importants capitaux qui sont réinvestis sur le marché. Si une partie de ces fonds sert à verser des pensions – souvent modestes – une part considérable finance le grand capital, avec un manque criant de transparence et de considération pour la durabilité.
Selon Andrea Sato, chercheuse à la Fondation SOL,
« La relation entre les administrateurs des fonds de pension et les entreprises extractives au Chili est devenue un sujet brûlant qui mérite une analyse critique et urgente. Alors que l’inquiétude face à la crise environnementale s’intensifie, il est alarmant de constater qu’un pourcentage important des fonds de pension des travailleurs est affecté au financement d’industries qui dévastent notre environnement naturel. »
L’étude de la Fondation SOL révèle que, fin décembre 2024, 81 % des actifs investis par les AFP dans des entreprises chiliennes étaient dirigés vers des secteurs extractifs ou à fort impact environnemental. Ce chiffre, en augmentation constante depuis 2008 (une hausse de 107 % sur cette période), illustre une orientation préoccupante vers des activités nuisibles à l’environnement. Les industries forestières et minières concentrent à elles seules 93 % des investissements des AFP à l’échelle nationale, les forêts du sud du pays recevant 48 % de ces fonds.
Ce phénomène s’inscrit dans un processus plus large de « financiarisation de la nature », qui consiste à transformer les ressources naturelles en actifs financiers. Cette approche brouille la distinction entre la valeur économique et la valeur intrinsèque de la nature, conduisant à la privatisation de ressources vitales et mettant en péril les communautés autochtones et locales qui en dépendent. Les entreprises, en recourant à des mécanismes de compensation, tentent de masquer leurs pratiques destructrices en se présentant comme socialement responsables.
Les conséquences de cette marchandisation dépassent le simple cadre économique. Des communautés sont déplacées, leurs droits humains violés, et leur lien culturel et spirituel avec la nature est rompu. La transformation de la nature en capital élimine des valeurs essentielles et modifie notre rapport à l’environnement.
La Fondation SOL souligne la nécessité de réformes profondes du système de retraite et de la régulation des investissements. Les fonds de pension ne devraient pas être uniquement guidés par la recherche de profits, mais devraient également promouvoir la durabilité et la justice sociale. Actuellement, les AFP ne sont soumises à aucune réglementation concernant les critères d’investissement, ce qui leur permet d’investir dans n’importe quel secteur, même si cela peut nuire à la population.
« Nous devons penser et exiger une autre stratégie de retraite et d’investissement, en donnant la priorité au bien-être de la planète et des communautés qui l’habitent. »
déclare Andrea Sato. Un système de répartition solidaire entre les générations apparaît plus cohérent pour assurer la pérennité de la vie.
La question centrale demeure : comment orienter les fonds de pension vers une approche plus durable et socialement responsable ? La réponse à ce dilemme éthique aura des conséquences profondes sur l’avenir des travailleurs et des générations futures. Il est impératif de mettre fin au financement de la destruction de l’environnement par l’argent de la classe ouvrière.
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