Publié le 16 septembre 2025. Des décisions politiques controversées remettent en question la préparation des États-Unis face aux futures pandémies, alors que l’accès aux vaccins COVID-19 est restreint et que des experts sont écartés des instances décisionnelles.
- Le secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux (HHS) a annulé 500 millions de dollars de subventions pour la recherche sur les vaccins à ARNm.
- Un attentat a visé le siège du CDC à Atlanta, en Géorgie, motivé par des convictions anti-vaccins.
- Des modifications importantes ont été apportées à la politique de vaccination contre la COVID-19, limitant l’accès aux vaccins pour de larges pans de la population.
La santé publique aux États-Unis est confrontée à une crise de confiance et à des remises en question fondamentales de sa capacité à répondre aux menaces sanitaires. Le 5 août 2025, Robert F. Kennedy Jr., secrétaire au HHS, a annoncé la suppression de 500 millions de dollars de financement alloués à la recherche sur les vaccins à ARNm (1). Ces plateformes, qui ont permis un développement rapide des vaccins pendant la crise du COVID-19, voient ainsi leur potentiel d’innovation compromis, fragilisant la préparation du pays face à de futures pandémies.
La situation a basculé dans la violence le 8 août, lorsqu’un homme armé, convaincu que la COVID-19 était à l’origine de ses problèmes de santé, a ouvert le feu sur le siège des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) à Atlanta, en Géorgie. L’attaque, qui a fait un mort, a été menée avec plus de 500 coups de feu, témoignant de la radicalisation de certains opposants à la vaccination (2).
Ces événements s’inscrivent dans une série de décisions controversées prises par l’administration Kennedy. Fin juin, le Comité consultatif sur les pratiques d’immunisation (ACIP) du CDC a été dissous et remplacé par des individus dont les qualifications sont jugées insuffisantes, voire ouvertement anti-vaccins. Le HHS a justifié cette décision par des « conflits d’intérêts », mais cette explication est largement contestée, le résultat étant un organisme dépourvu de crédibilité (2). Le 28 août, Susan Monarez, directrice du CDC, a été limogée après seulement un mois en poste, apparemment pour avoir refusé de valider les nouvelles recommandations vaccinales de l’ACIP avant même qu’elles ne soient examinées par le comité (3).
Le HHS a ensuite modifié la politique de vaccination contre la COVID-19, limitant l’éligibilité aux adultes de plus de 65 ans ou présentant des comorbidités spécifiques, et supprimant toute recommandation pour les enfants et les femmes enceintes. Dans de nombreux États, les pharmaciens ne sont désormais autorisés à administrer que les vaccins approuvés par le CDC. Cette décision, prise du jour au lendemain, a considérablement réduit l’accès aux vaccins COVID-19, non pas en raison de nouvelles données scientifiques, mais en raison d’une décision politique (3).
Au niveau des États, le gouverneur et le médecin général de Floride ont annoncé leur intention de supprimer progressivement tous les vaccins obligatoires pour les enfants, affaiblissant ainsi une protection supplémentaire (4). Face à cette situation alarmante, des sociétés professionnelles tentent de reprendre la main. L’Infectious Diseases Society of America (IDSA), traditionnellement prudente en matière de critiques politiques, a dirigé une coalition d’organisations appelant au retrait de Robert F. Kennedy Jr. et a commencé à élaborer ses propres recommandations sur les virus respiratoires en collaboration avec d’autres groupes (5). L’Académie américaine des médecins de famille (AAFP) a réaffirmé que tous les adultes de 18 ans et plus, les femmes enceintes et les jeunes enfants (de 6 à 23 mois, avec une vaccination basée sur le risque pour les 2 à 18 ans) devraient recevoir les vaccins contre la COVID-19 (6). Le Collège américain des obstétriciens et gynécologues (ACOG) a également émis des directives similaires pour les femmes enceintes (7).
Bien que ces recommandations puissent sembler marginales face aux directives du HHS, elles revêtent une importance capitale. Les pharmaciens assurent la majorité des vaccinations pour adultes aux États-Unis, mais 16 États les limitent aux vaccins approuvés par l’ACIP (8). La volte-face du HHS a donc instantanément restreint l’accès aux vaccins dans ces juridictions. Certains États réagissent : le New Jersey a autorisé la vaccination contre la COVID-19 par ordre permanent de l’État, et la Pennsylvanie a élargi son autorité afin que les pharmaciens puissent suivre les recommandations de l’AAFP, de l’ACOG et de l’American Academy of Pediatrics (8, 9).
Cette mosaïque de lois étatiques et de directives professionnelles est loin d’être idéale, mais elle pourrait constituer le seul moyen de préserver l’accès aux vaccins jusqu’à ce que le leadership fédéral soit restauré. La communauté scientifique, les sociétés professionnelles et même les législatures des États montrent qu’elles ne resteront pas passives face à l’érosion des progrès en matière de santé publique. Ce refus d’abandonner la médecine fondée sur des preuves pourrait permettre de surmonter cette tempête et de renforcer les fondations de la santé publique une fois que les conséquences des maladies évitables par la vaccination seront pleinement comprises.