Publié le 5 janvier 2026 15h32. Une étude new-yorkaise révèle que la mammographie, outil de dépistage du cancer du sein, pourrait également fournir des indications précieuses sur le risque cardiovasculaire des femmes, ouvrant la voie à une prévention plus globale.
- Les calcifications artérielles mammaires, visibles sur les mammographies, sont associées à un risque accru de maladies cardiaques.
- Ces informations ne sont généralement pas communiquées aux patientes, mais une étude clinique vise à évaluer l’impact de leur divulgation sur les comportements de santé.
- Les résultats de cette recherche, attendus en 2027, pourraient modifier les protocoles de dépistage et de prévention cardiovasculaire chez les femmes.
La mammographie, examen de référence pour la détection précoce du cancer du sein, pourrait avoir une utilité insoupçonnée. Une équipe de chercheurs du Mount Sinai Health System à New York explore actuellement la possibilité d’utiliser les images issues de cet examen pour identifier les premiers signes de maladies cardiaques chez les femmes. L’étude, dont le numéro d’identification est NCT04983875, se concentre sur la présence de calcifications artérielles mammaires.
Ces calcifications, correspondant à des dépôts de calcium dans les artères sinusales, sont liées à un risque cardiovasculaire. Or, selon les experts, ces résultats ne sont pas systématiquement signalés aux patientes. L’objectif principal de la mammographie reste la détection du cancer du sein, mais les chercheurs de Mount Sinai soulignent que les images peuvent révéler la présence de ces calcifications, une information qui pourrait s’avérer pertinente pour évaluer la santé cardiovasculaire des femmes.
Contrairement aux calcifications mammaires bénignes, plus courantes et souvent associées au cancer dans certains cas, les calcifications artérielles mammaires sont davantage liées au risque de maladies cardiaques. Selon le docteur Laurie Margolies, responsable de l’étude au Mount Sinai, cité par NBC News :
« Les artères calcifiées sont observées dans plus de 10 % des mammographies, et les gens sont toujours surpris. »
Laurie Margolies, responsable de l’étude au Mont Sinaï
Ce constat pourrait, selon la spécialiste, constituer une source de détection précoce en dehors du contexte oncologique.
Des études antérieures confirment ce lien potentiel. Une revue de 2018 recommandait d’ailleurs d’utiliser la mammographie comme outil de dépistage cardiovasculaire. D’autres recherches, publiées en 2022 et 2024, ont identifié une corrélation entre ces calcifications et les maladies cardiaques, tant chez les femmes âgées de 60 à 79 ans que chez celles de 40 à 59 ans.
L’étude du Mount Sinai, lancée en 2021, implique quelque 37 000 femmes de 40 ans ou plus. Parmi elles, 1 888 participantes présentant des calcifications artérielles mammaires ont été sélectionnées pour une expérience. La moitié d’entre elles ont reçu des informations détaillées sur leur résultat et des conseils en matière de risque cardiaque, tandis que l’autre moitié a reçu la lettre standard de mammographie et a été informée six mois plus tard.
Il s’agit d’un essai randomisé, en parallèle, en triple aveugle, ce qui signifie que ni les participantes, ni les chercheurs, ni les évaluateurs des résultats ne savent à quel groupe appartient chaque patiente. L’intervention principale consiste à envoyer un « rapport amélioré » contenant des informations personnalisées sur les calcifications artérielles mammaires à un groupe, tandis que le groupe témoin reçoit la lettre standard, sans ces données, et est informé du résultat six mois plus tard.
L’étude ne se limite pas à évaluer si les femmes consultent un médecin cardiologue après avoir reçu ces informations. Elle utilise également un outil validé, le « Healthy Heart Score », pour mesurer les habitudes de vie et les risques sur une période de 20 ans, ainsi qu’un questionnaire spécifique pour évaluer la perception de la maladie et du risque par les patientes.
Les participantes ayant déjà été diagnostiquées avec une maladie cardiovasculaire, entre autres conditions, ont été exclues de l’étude. L’objectif est de déterminer si informer les femmes sur la présence de calcifications artérielles mammaires les incite à adopter des habitudes de vie plus saines et à prendre des mesures préventives.
Une deuxième phase de l’étude analysera en profondeur la réaction d’un sous-groupe de 400 femmes à la réception des informations personnalisées contenues dans la lettre post-mammographie. Les résultats globaux sont attendus en 2027.
Le docteur Naomi Ko, responsable du service d’oncologie du sein à NYU Langone Health, a souligné à NBC News que, bien que ces calcifications soient associées à des problèmes cardiovasculaires, leur signification spécifique pour chaque patiente reste incertaine.
Le docteur Steven Isakoff, codirecteur clinique de l’oncologie du sein à l’Institut général de lutte contre le cancer de Brigham, a souligné le manque de consensus et de formation sur le sujet parmi les professionnels de santé : beaucoup ignorent le lien entre les calcifications artérielles mammaires et les maladies cardiaques.
La radiologue Melanie Chellman, de la Clinique de Cleveland, a quant à elle mis en avant, auprès de NBC News, le potentiel préventif de l’information des femmes concernant ces résultats. Ko a insisté sur le fait que la communication des résultats des calcifications artérielles mammaires pourrait encourager l’adoption de meilleures habitudes de vie et des consultations médicales opportunes, ce qui représenterait une avancée significative dans la prévention cardiovasculaire féminine.
L’équipe du Mount Sinai et les spécialistes s’accordent à dire que des études supplémentaires sont nécessaires avant de modifier les protocoles de déclaration et de commencer à communiquer systématiquement ces données. La législation américaine n’oblige pas encore à informer les patientes de ce type de constatations, contrairement à la densité mammaire.
L’étude du Mount Sinai vise à accroître l’utilité de la mammographie et à démontrer qu’elle peut fournir des données précieuses pour la prévention cardiovasculaire chez les femmes, en complément de son rôle central dans la détection du cancer du sein.
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