La maison d’enfance de Nina Simone, figure emblématique de la musique et militante des droits civiques, a été restaurée grâce à l’initiative de quatre artistes afro-américains. Ce projet, mené à Tryon, en Caroline du Nord, témoigne d’un engagement envers la préservation de l’histoire afro-américaine face à des coupes budgétaires potentielles.
Samuel Waymon, 81 ans, frère cadet de Nina Simone et compositeur primé, a retrouvé l’émotion des yeux en visitant la maison rénovée à l’automne 2025. Il se souvenait de ses jeunes années passées dans cette demeure de 650 pieds carrés (environ 60 mètres carrés) avec sa famille, entre parties d’orgue et préparations de repas sur le poêle à bois. « C’est comme un voyage dans le temps », a-t-il déclaré, visiblement ému.
La maison, occupée par la famille Waymon de 1933 à 1937, était tombée en ruine après plus de deux décennies de vacance. Elle a été rachetée en 2017 pour 95 000 $ (environ 88 000 €) par un collectif d’artistes comprenant Adam Pendleton, Rashid Johnson, Julie Mehretu et Ellen Gallagher. Pour eux, cette acquisition est un acte fort en faveur de la reconnaissance et de l’investissement dans l’histoire noire.
La restauration, achevée le 1er septembre après plusieurs années de planification et de collecte de fonds, a coûté près de 850 000 $ (environ 745 000 €) en matériaux, construction et ingénierie. Le projet a été supervisé par l’African American Cultural Heritage Action Fund (AACHAF), qui travaille désormais avec la communauté de Tryon pour élaborer un plan de gestion et de programmation à long terme. L’objectif est de créer un pôle culturel autour de la maison, dont l’ouverture au public est prévue pour 2027.
Des éléments originaux ont été conservés et intégrés à la rénovation, comme un fragment de linoléum des années 1930 incrusté dans le plancher en bois et une boîte à ombre contenant le vernis rouillé de la maison d’origine, exposée sur un mur repeint en bleu menthe. « Ils n’ont pas détruit la structure de base de la maison, ils l’ont améliorée et restaurée », a souligné M. Waymon. « Je pense que lorsque le public entrera, il ressentira l’esprit et l’énergie qui existaient ici. Si l’on croit aux esprits, on aura l’impression que Nina Simone, Eunice Waymon, était là. Et c’est la joie que j’en retire. C’est très fort. »
Ce projet intervient alors que des voix s’élèvent pour dénoncer une tentative du gouvernement fédéral de minimiser la contribution des Afro-Américains à l’histoire des États-Unis. Une directive présidentielle a demandé au vice-président, JD Vance, de cesser de financer les programmes et expositions basés sur l’appartenance raciale au sein de l’institution Smithsonian et de ses musées.
Tiffany Tolbert, directrice principale de la préservation à l’AACHAF, insiste sur l’importance de valoriser les sites culturels liés à la communauté noire : « Préserver la maison natale ou d’enfance de ces icônes, activistes et leaders est essentiel pour que les générations futures comprennent d’où nous venons, comment ces individus sont devenus ceux que nous connaissons, et pour mieux appréhender l’expérience afro-américaine dans son ensemble. »
L’idée de restaurer la maison de Nina Simone est née en 2016 pour Adam Pendleton, suite à un message d’un conservateur de musée l’informant de sa mise en vente. Inspiré par les mots de la poétesse June Jordan – « Nous sommes ceux que nous attendions » – il a décidé d’agir et de s’associer à d’autres artistes pour mener à bien ce projet. « J’ai réalisé que c’était à nous de protéger et de préserver la maison d’enfance de Nina Simone », a-t-il expliqué.
Pendleton et ses collaborateurs ont travaillé avec l’AACHAF pour élaborer une stratégie de préservation, qui a abouti à la création d’un servitut de préservation en 2020, garantissant la protection du bâtiment contre toute modification ou démolition future. Les architectes ont reconstitué la maison en se basant sur des recherches sur les habitations afro-américaines typiques de Caroline du Nord au début du XXe siècle et sur une ancienne photographie de famille.
L’AACHAF est également impliqué dans la préservation des maisons du saxophoniste de jazz John Coltrane et du trompettiste Louis Armstrong. Samuel Waymon, quant à lui, perpétue la mémoire de sa sœur en préparant la sortie d’un duo inédit avec Nina Simone, « Love Me or Leave Me », prévue pour janvier 2026. Un écho du passé, tout comme l’émotion ressentie en se tenant sur le porche de la maison restaurée.
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