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Pourquoi les vélos électriques ne bougent toujours pas

Malgré un marché intérieur florissant et des incitations gouvernementales, l'adoption des motos électriques en Thaïlande reste étonnamment faible, éclipsée par celle des voitures électriques. Cette disparité soulève des questions sur les obstacles à surmonter pour atteindre les objectifs…

Pourquoi les vélos électriques ne bougent toujours pas

Malgré un marché intérieur florissant et des incitations gouvernementales, l’adoption des motos électriques en Thaïlande reste étonnamment faible, éclipsée par celle des voitures électriques. Cette disparité soulève des questions sur les obstacles à surmonter pour atteindre les objectifs ambitieux du pays en matière de véhicules à zéro émission.

La Thaïlande, cinquième producteur mondial de motos, enregistre en moyenne 1,7 million de nouvelles immatriculations chaque année, avec plus de 80 % des ventes réalisées sur le marché national. Ce dynamisme laissait présager une transition aisée vers l’électrique, mais les chiffres contredisent cette hypothèse. Entre janvier 2019 et septembre 2025, seulement 79 674 motos électriques ont été immatriculées, représentant un maigre 0,0069 % du total des 11,57 millions de motos neuves vendues.

En comparaison, 241 492 voitures électriques à batterie ont trouvé preneur durant la même période, capturant 6,22 % du marché automobile neuf, une part qui a dépassé les 21 % au cours des neuf premiers mois de 2025. Cette divergence est d’autant plus frappante que les programmes d’incitation gouvernementaux, tels que EV3.0 (une subvention de 18 000 bahts par véhicule) et EV3.5 (de 5 000 à 10 000 bahts), sont identiques pour les deux types de véhicules.

Le plan gouvernemental « 30@30 » vise à ce que 30 % de tous les véhicules fabriqués d’ici 2030 soient à zéro émission, ce qui se traduit par une production annuelle de 675 000 motos électriques et 650 000 unités en circulation. À ce stade, cet objectif semble compromis.

Les experts pointent du doigt le coût total de possession (TCO) comme principal frein. Si le prix d’achat d’une moto électrique peut être attractif, les contraintes liées à l’autonomie et à la recharge pèsent lourd dans l’équation. « Les raisons vont au-delà du prix. Le véritable problème réside dans le coût total de possession et le manque d’infrastructures et d’écosystèmes pour prendre en charge les motos électriques », explique un analyste du secteur.

Pour les livreurs et les conducteurs de motos-taxis, qui parcourent quotidiennement entre 150 et 250 kilomètres, la nécessité de recharger leur véhicule deux ou trois fois par jour représente une perte de temps et de revenus considérable. Les services d’échange de batterie, bien que prometteurs, restent encore peu développés. De plus, le remplacement de la batterie représente une dépense importante, pouvant atteindre le prix d’un nouveau véhicule.

L’infrastructure de recharge est également déficiente, avec un nombre limité de bornes publiques, en particulier en dehors des grandes villes. L’absence de normes communes pour les batteries et les connecteurs de charge complique davantage la situation, chaque constructeur étant contraint de développer son propre réseau.

Par ailleurs, les consommateurs thaïlandais expriment des doutes quant à la résistance des motos électriques aux conditions climatiques locales, notamment la chaleur, les fortes pluies et les inondations. Le manque d’ateliers de réparation et de mécaniciens qualifiés constitue un autre obstacle.

Cependant, un changement notable se profile : les marques thaïlandaises gagnent du terrain face à la concurrence étrangère. Sur les 92 marques de motos électriques entrées sur le marché thaïlandais depuis 2019, 47 sont encore actives en 2025. Plus surprenant encore, huit des dix marques les plus vendues sont thaïlandaises, représentant près de 80 % du marché.

Ce succès s’explique par une meilleure compréhension des besoins spécifiques des motards thaïlandais. Contrairement aux modèles chinois, souvent conçus pour des trajets urbains courts, les marques thaïlandaises proposent des motos plus performantes et plus robustes, capables de faire face aux conditions routières et climatiques locales.

Pour accélérer la transition vers l’électrique, le gouvernement doit adopter une approche globale et coordonnée. Cela passe par l’établissement de normes nationales pour les batteries et les ports de recharge, le développement d’infrastructures de recharge publiques, le soutien à la recherche et au développement, et la mise en place de mécanismes de financement plus accessibles. Il est également crucial de renforcer la confiance des consommateurs en matière de qualité et de fiabilité des produits.

En investissant dans ces domaines, la Thaïlande pourrait non seulement réduire ses émissions de carbone, mais aussi faire de l’industrie de la moto électrique un nouveau moteur de croissance économique.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.