Publié le 8 janvier 2026 à 07h40. L’intervention militaire américaine au Venezuela, qui a visé à interpeller Nicolas Maduro, suscite une vive inquiétude en Afrique, où l’on craint un précédent dangereux pour la souveraineté des États et le respect du droit international.
- L’Union africaine a fermement condamné l’opération américaine, exigeant le respect de la souveraineté vénézuélienne et du droit international.
- Plusieurs pays africains, notamment l’Afrique du Sud, ont dénoncé une violation flagrante de la Charte des Nations unies.
- Des experts mettent en garde contre un possible regain d’ingérence américaine sur le continent, motivé par l’accès aux ressources naturelles.
La réaction de l’Union africaine (UA) à l’arrestation de Nicolas Maduro par les forces américaines a été immédiate et sans équivoque. L’UA exprime une « grande préoccupation » et insiste sur la nécessité de respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et les principes fondamentaux du droit international. Elle s’oppose également à toute intervention militaire extérieure et plaide pour une résolution pacifique du conflit par le dialogue.
Selon Macharia Munene, professeur de relations internationales à Nairobi, cette action américaine est particulièrement troublante.
« Il est alarmant qu’un État qui invoque le droit international agisse de cette manière. »
Macharia Munene, professeur de relations internationales
Il estime que le Venezuela illustre la vulnérabilité des petits pays face aux grandes puissances : « Les forts peuvent défendre leur souveraineté, les faibles ne le peuvent pas. »
L’Afrique, continent marqué par la fragilité de nombreux États, est particulièrement sensible à cette question. Munene souligne que de nombreux pays africains considèrent les organisations internationales, comme l’Organisation des Nations unies (ONU), comme une garantie de protection. Cependant, il avertit que si la communauté internationale ne réagit pas avec fermeté, cela enverrait un signal dangereux : aucun État ne serait véritablement à l’abri.
L’Afrique du Sud a été l’un des pays africains les plus critiques à l’égard de l’intervention américaine. Le ministère des Affaires étrangères a qualifié l’opération de « violation flagrante de la Charte des Nations unies », soulignant qu’elle porte atteinte à la stabilité de l’ordre international et au principe d’égalité entre les nations. Pretoria a immédiatement demandé la convocation d’une session extraordinaire du Conseil de sécurité de l’ONU pour examiner la situation.
Si la plupart des gouvernements africains se sont montrés prudents dans leurs déclarations publiques, certains analystes estiment que cette retenue est motivée par la crainte de représailles américaines ou par l’espoir d’obtenir des avantages politiques ou économiques en échange de leur silence. Remi Dodd, analyste pour l’Afrique subsaharienne au sein de la société d’analyse des risques RANE, explique que des pays comme le Nigeria, l’Éthiopie et le Kenya ont délibérément choisi de ne pas prendre position ouvertement.
Le Ghana a, quant à lui, interprété les déclarations du président Trump sur le « leadership » américain au Venezuela et l’exploitation de ses ressources pétrolières comme un retour aux schémas coloniaux et impérialistes. Le ministère ghanéen des Affaires étrangères a insisté sur le fait que l’avenir politique du Venezuela ne peut être décidé que par le peuple vénézuélien.
Les experts s’interrogent également sur les motivations profondes de l’intervention américaine. Munene met en garde contre un possible intérêt des États-Unis pour les ressources naturelles africaines. Il cite l’accord signé en 2025 entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, qui donne aux entreprises américaines l’accès à des matières premières critiques en échange d’un soutien sécuritaire de Washington, comme exemple des ambitions américaines sur le continent.
« L’Afrique est riche en ressources stratégiques que certains pays désirent et veulent refuser à leurs rivaux. Mais le prix est payé, en fin de compte, par les pays africains eux-mêmes. »
Macharia Munene, professeur de relations internationales
Le Somaliland, qui n’est reconnu internationalement que par Israël comme un État autonome, a salué l’action américaine au Venezuela, la considérant comme une « mesure visant à restaurer l’État de droit » et exprimant son soutien aux efforts visant à garantir la légitimité démocratique.
Cependant, le politologue angolais José Gomes met en garde contre des attentes irréalistes.
« Les États-Unis envoient un message clair quant à qui est aux commandes et qu’ils ne se soumettront pas à la loi. »
José Gomes, politologue angolais
Il estime que les dictateurs ne seront renversés non pas par une mauvaise gestion, mais uniquement s’ils mettent en danger les intérêts de Washington, un signal qui pourrait plutôt rassurer que d’alarmer les dirigeants autoritaires en Afrique.
La crainte d’une volonté de l’administration Trump de lancer des frappes militaires rapides est aujourd’hui prégnante. Munene souligne que les États-Unis pourraient frapper n’importe qui, à tout moment, sans que les États les plus faibles n’aient les moyens de se défendre.
« La question est : qui sera le prochain ? »
Macharia Munene, professeur de relations internationales
Sous l’administration Trump, les États-Unis ont déjà étendu leurs opérations militaires en Afrique, officiellement dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Des opérations au Nigeria et en Somalie, par exemple, contre des groupes liés à l’État islamique et à Al-Shabaab, ont fait des victimes civiles, selon les organisations de défense des droits de l’homme, et soulèvent des questions quant au respect du droit international. Attaque américaine au Nigeria
L’intervention menée par l’OTAN en Libye en 2011 reste également gravée dans les mémoires africaines comme un avertissement : si elle a conduit à la chute du régime de Kadhafi, elle a laissé derrière elle une instabilité persistante.
L’analyste des risques Dodd tente d’apaiser les craintes concernant d’éventuelles actions américaines en Afrique :
« En ce qui concerne l’Afrique, la situation diffère clairement de celle de l’Amérique latine. »
Remi Dodd, analyste pour l’Afrique subsaharienne
La stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump met clairement l’accent sur la primauté américaine dans l’hémisphère occidental, mais met également en garde contre un engagement plus profond en Afrique. Un scénario similaire à celui du Venezuela semble donc peu probable, une intervention américaine dépendant davantage des intérêts sécuritaires que des déficits démocratiques et nécessitant une évaluation plus approfondie de nombreux facteurs.
(gg/ms)
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