Une vaste étude génétique révèle des liens insoupçonnés entre 14 troubles psychiatriques courants, ouvrant de nouvelles perspectives sur la compréhension des causes et des traitements de ces affections souvent combinées. Publiée le 10 décembre dernier dans la revue Nature, cette recherche internationale pourrait transformer la manière dont les professionnels de la santé mentale abordent la comorbidité.
L’analyse, menée par le Psychiatric Genomics Consortium sous la coprésidence de Kenneth Kendler (Université du Commonwealth de Virginie) et Jordan Smoller (Université Harvard), a examiné les données génétiques de plus de 6 millions de personnes, dont plus d’un million souffrant de troubles psychiatriques infantiles ou adultes. Les chercheurs ont identifié 428 variantes génétiques associées à plusieurs troubles, ainsi que 101 régions chromosomiques où ces variantes se concentraient.
Ces analyses ont permis de regrouper les 14 affections en cinq catégories génétiquement liées : les troubles obsessionnels, les troubles d’intériorisation (anxiété, dépression, stress post-traumatique), les troubles neurodéveloppementaux, la schizophrénie et le trouble bipolaire, et enfin, les troubles liés à l’usage de substances. Le chevauchement génétique est particulièrement marqué entre la dépression majeure, les troubles anxieux et le trouble de stress post-traumatique, qui partagent environ 90 % de leurs facteurs de risque génétiques. La schizophrénie et le trouble bipolaire, quant à eux, présentent un partage d’environ deux tiers de leurs marqueurs génétiques.
Au-delà de ces similitudes génétiques, l’étude révèle également des correspondances dans le moment où ces gènes s’activent durant le développement humain et dans les types de cellules cérébrales impliquées. Les troubles d’intériorisation semblent liés à l’activité génétique dans les oligodendrocytes, tandis que la schizophrénie et le trouble bipolaire sont davantage associés aux gènes exprimés dans les neurones excitateurs.
« Ces résultats fournissent un cadre génétique pour comprendre pourquoi certaines affections psychiatriques se présentent souvent ensemble », expliquent les chercheurs. Cette nouvelle compréhension pourrait guider les futures recherches sur les traitements, en ciblant des mécanismes biologiques communs à plusieurs troubles.