Téhéran est le théâtre d’une répression sanglante des manifestations, tandis que le guide suprême iranien, Ali Khamenei, semble défier ouvertement les menaces américaines. En ordonnant une réponse brutale aux protestations, il prend un risque calculé face à une administration Trump qui a promis une riposte ferme en cas de nouvelles violences.
Dans son dernier discours, Ali Khamenei a fermement condamné les manifestants, les qualifiant de « groupe de personnes déterminées à la destruction » agissant, selon lui, pour satisfaire le président américain. Il a déclaré : « Quoi que vous soyez, si vous êtes les mercenaires de pays étrangers et que vous avez travaillé pour eux, la nation vous rejette. » Ce signal a immédiatement déclenché une intensification de la répression par les forces de sécurité.
Un signe révélateur de l’intention de Khamenei est l’absence de tentative de minimisation de l’ampleur des violences par la télévision d’État. Au contraire, un journaliste a même diffusé des images prises dans une morgue, montrant des corps enveloppés dans des sacs mortuaires, et a précisé que « la majorité d’entre eux sont des gens ordinaires ». Il s’agit d’une stratégie de propagande visant à semer la terreur et à dissuader toute nouvelle contestation.
Cependant, cette approche est un pari. Lors des vastes manifestations de 2009, déclenchées par une élection présidentielle contestée, l’administration américaine de l’époque, sous la présidence de Barack Obama, avait hésité à commenter publiquement les événements, et encore moins à intervenir militairement. Barack Obama a par la suite exprimé des regrets quant à cette retenue, alors que le régime réprimait brutalement les protestations.
Aujourd’hui, la situation est différente. Donald Trump a non seulement dénoncé les troubles en Iran, mais a également averti que les États-Unis seraient « prêts et chargés » à réagir avec la force si le régime tuait des manifestants. Le moment de la décision approche.
Le nombre de victimes dans les rues de Téhéran et d’autres villes iraniennes est vraisemblablement élevé. Khamenei semble parier que la menace de Trump ne se concrétisera pas. Il est frappant qu’il prenne ce risque, alors qu’il a déjà mal évalué à deux reprises la réaction de Trump.
L’année dernière, Trump avait donné à l’Iran un délai de 60 jours pour résoudre la question de son programme nucléaire, un ultimatum que Khamenei avait jugé sans fondement. Pourtant, au 61e jour, Israël a lancé des frappes contre des installations iraniennes, notamment à Natanz, Fordow et Ispahan. Trump avait alors envoyé des bombardiers furtifs B2 pour attaquer ces mêmes installations.
Après avoir mal interprété les intentions de Trump à deux reprises en moins d’un an, on pourrait s’attendre à ce que Khamenei fasse preuve de plus de prudence. Or, il semble en décider autrement. Il est rare qu’un ayatollah de 86 ans se distingue par sa flexibilité.
Khamenei parie également sur le fait que même si la brutalité du régime provoque une intervention américaine, la République islamique survivra. La récente répression sanglante confirme sa détermination à écraser les troubles, comme il l’a toujours fait par le passé. Les responsables du régime semblent prêts à obéir à ses ordres et à tuer leur propre peuple, convaincus que les manifestants ne sont que des « mercenaires de pays étrangers ».
Une intervention militaire américaine pourrait-elle changer la donne ? Une opération américaine pourrait paralyser le commandement et les communications des Gardiens de la révolution, réduisant ainsi leur capacité à réprimer les protestations, même si leur volonté restait intacte. Khamenei lui-même pourrait être visé. Cependant, ces scénarios ne sont pour l’instant que des spéculations.
Pour l’heure, la détermination inébranlable de Khamenei et la volonté avérée du régime à recourir à la force ont renforcé les chances de survie de la République islamique. Son pari pourrait bien s’avérer payant.