Édition française
En continu
---Advertisement---

Affaires

le difficile équilibre entre protection des consommateurs et accès au crédit

Publié le 14 janvier 2026. Le ministère de l'Économie espagnol a dévoilé un projet de loi visant à encadrer plus strictement les contrats de crédit à la consommation, avec notamment des limites sur les taux d'intérêt et un…

le difficile équilibre entre protection des consommateurs et accès au crédit

Publié le 14 janvier 2026. Le ministère de l’Économie espagnol a dévoilé un projet de loi visant à encadrer plus strictement les contrats de crédit à la consommation, avec notamment des limites sur les taux d’intérêt et un régime spécifique pour les prêts dits « à coût élevé », après la transposition d’une directive européenne.

  • Le projet de loi introduit des plafonds explicites sur le coût total du crédit, mesuré par le taux annuel effectif global (TAEG).
  • Un régime spécifique est prévu pour les « crédits à coût élevé », notamment les petits prêts à court terme, avec des limites sur les intérêts et les commissions.
  • Le texte renforce les exigences en matière d’évaluation de la solvabilité et de transparence précontractuelle, en particulier dans un contexte de digitalisation croissante.

Après plusieurs mois d’attente, l’avant-projet de loi sur les contrats de crédit à la consommation a été publié le 8 janvier 2026 par le ministère de l’Économie, et est soumis à consultation publique jusqu’au 30 janvier 2026. Ce projet de loi transpose la directive européenne sur le crédit à la consommation (Directive (UE) 2023/2225, également connue sous le nom de CCD II), adoptée en 2023. Cependant, le législateur espagnol a choisi d’aller au-delà des exigences minimales fixées par cette norme.

L’une des principales nouveautés est l’introduction de limites au coût du crédit. Ce coût maximal, exprimé en taux annuel effectif global (TAEG), prendra comme référence le taux moyen du crédit à la consommation publié par la Banque d’Espagne, auquel s’ajouteront des marges maximales variables selon les « segments de crédit », définis en fonction du montant et de la durée du prêt. Avec des taux moyens actuels légèrement supérieurs à 7 %, l’effet pratique serait de limiter le TAEG des petits prêts à environ 21 à 22 %, tandis que ceux de montants et de durées plus importants pourraient être plafonnés à environ 14 à 16 %. Un TAEG maximum provisoire de 22 % est fixé jusqu’à l’approbation du texte réglementaire final.

Le projet de loi accorde une attention particulière à l’évaluation de la solvabilité, qu’il souhaite rendre plus rigoureuse et durable. Il s’agit d’un outil clé pour prévenir le surendettement, qui peut nuire à la fois aux consommateurs et à l’économie dans son ensemble. L’octroi de crédit doit désormais reposer sur un système adéquat et durable d’évaluation de la capacité contributive du consommateur, en tenant compte de sa situation financière réelle. Une évaluation de crédit bien conçue protège le consommateur et améliore la qualité des portefeuilles de crédit. Selon Jorge Ferrer Barreiro, associé cofondateur de finReg360, c’est probablement « l’outil le plus efficace pour équilibrer la protection et l’accès au crédit » et devrait être l’axe central de cette réforme.

Par ailleurs, le texte renforce les exigences de transparence précontractuelle, notamment dans un contexte de contrats de plus en plus conclus en ligne. Les éléments essentiels du crédit doivent être clairement visibles, compréhensibles et comparables, et les présentations commerciales ne doivent pas masquer le coût réel du crédit. Pour certains produits, un délai minimum de 24 heures entre l’offre et l’acceptation est également prévu, afin d’éviter les décisions hâtives.

Le projet de loi durcit également les règles en matière de publicité, en limitant les messages qui mettent uniquement en avant la rapidité ou la facilité d’accès au crédit sans expliquer clairement son coût total. Il clarifie également le régime des ventes liées ou combinées et intègre les exigences découlant de la réglementation sur les services financiers à distance, avec un impact particulier sur les processus numériques.

Un autre changement notable concerne le renforcement de la réserve d’activité et d’encadrement. Seules les entités enregistrées et supervisées par la Banque d’Espagne pourront accorder des prêts à la consommation, et de nouveaux chiffres réglementés apparaissent avec différents niveaux d’exigences selon le type d’activité.

Le traitement des « crédits à coût élevé » mérite une attention particulière. Il s’agit de petits prêts à remboursement rapide, souvent utilisés pour couvrir des dépenses imprévues et contractés en ligne. Bien que leur part dans l’ensemble des crédits soit faible, ils représentent près de 10 % des opérations, soit près d’un million de contrats en 2025. Le projet de loi introduit pour ces prêts un régime spécifique et plus restrictif, qui impose une période de remboursement minimale d’au moins trois mensualités, limite les intérêts mensuels à 4 % et les commissions à 5 %, et fixe un coût total qui ne peut excéder celui d’un prêt équivalent sur 12 mois dans le régime général.

L’objectif de ces mesures est d’améliorer la protection des consommateurs, mais elles ne sont pas sans risque. Un durcissement excessif des conditions de ces microcrédits pourrait exclure certaines personnes de ce type de financement et favoriser le développement d’un marché informel.

Le crédit à la consommation fait partie intégrante du quotidien de millions de personnes et joue un rôle économique essentiel. En Espagne, il représente environ 15 % du crédit total accordé aux ménages. La limitation des taux d’intérêt pourrait avoir un impact direct sur l’offre : dans un secteur déjà fortement réglementé, de nombreuses entités pourraient cesser d’accorder des crédits à certains profils de consommateurs si le prix ne compense pas les coûts d’exploitation et le risque de défaut.

Si la protection des consommateurs est un objectif partagé, s’y parvenir en se basant uniquement sur des limites de prix pourrait avoir des effets indésirables : exclusion de l’accès au crédit, diminution de la consommation et, de manière générale, détérioration de l’économie. Il est donc essentiel, lors du processus parlementaire, de mettre l’accent sur le renforcement des évaluations de solvabilité et l’amélioration de la transparence, et de privilégier des mécanismes permettant d’éviter les pratiques abusives plutôt que de recourir à des mesures de contrôle des prix.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.