La profession médicale est à la croisée des chemins. Face à un système de santé qu’ils jugent de plus en plus étouffant, les médecins américains sont-ils condamnés à devenir de simples employés, ou peuvent-ils retrouver une véritable autonomie et un pouvoir de négociation ?
Pour beaucoup, la solution ne réside pas dans une demande d’aide aux pouvoirs publics, une attitude perçue comme un aveu de faiblesse. Allan Dobzyniak, médecin interniste, estime qu’aucune entité extérieure ne peut réellement comprendre et résoudre les problèmes complexes auxquels sont confrontés les médecins. Il pointe du doigt un système de remboursement opaque, truffé de réglementations absurdes et de pratiques frauduleuses qui désavantagent les professionnels de santé et, à terme, les patients.
Le médecin critique un système qu’il qualifie de socialisant, où les différentes spécialités médicales sont mises en concurrence et où les hôpitaux défendent farouchement leurs intérêts, souvent au détriment de la qualité des soins. Il dénonce l’illusion de croire qu’une autorité extérieure déterminera équitablement la valeur du travail médical, d’autant plus face à une dette publique américaine qui a atteint 38 000 milliards de dollars (environ 35 000 milliards d’euros).
Dobzyniak appelle l’American Medical Association (AMA) à reprendre sa place et à se concentrer sur la recherche de solutions concrètes. Il juge « pathétique » la célébration d’une simple réduction de 2,5 % des remboursements pour 2025, signe d’une résignation inacceptable.
Deux voies se présentent alors : celle de l’emploi salarié, ou celle de l’entrepreneuriat médical. Le médecin insiste sur le fait que ce choix doit être libre et individuel, basé sur la motivation de chaque praticien, et non imposé par des politiques artificielles.
Il met en garde contre les dangers d’une syndicalisation mal réfléchie. Si l’objectif est d’obtenir de meilleures rémunérations, il est crucial d’analyser les conséquences d’une telle démarche. Dobzyniak craint qu’une image négative ne se dégage, dépeignant les médecins comme des individus avides, prêts à sacrifier leur éthique et leurs patients pour des gains financiers. Il souligne que la perte de l’opinion publique signifierait l’échec de toute négociation.
Devenir un employé syndiqué, selon lui, impliquerait une perte d’autonomie, une dépendance à l’égard d’un employeur et une hiérarchie rigide. Il redoute également une nouvelle version des systèmes de paiement basés sur les RVU (Relative Value Units), avec leurs valeurs arbitraires et leurs stratagèmes complexes, négociés dans un contrat syndical standardisé.
Dobzyniak s’interroge sur la capacité et la volonté des hôpitaux, souvent en difficulté financière et mal gérés, de répondre favorablement aux demandes d’une meilleure rémunération des médecins. Il anticipe que toute concession de leur part se traduirait par une réduction du nombre de médecins et un recours accru aux infirmières praticiennes et aux assistants médicaux.
Il rappelle que la valeur d’un médecin est déterminée par les lois du marché, l’offre et la demande. Or, les médecins ont depuis longtemps renoncé à leur liberté de marché, laissant d’autres acteurs fixer arbitrairement leur rémunération. Il cite les clauses de non-concurrence comme un exemple flagrant de cette perte de valeur marchande.
Enfin, il met en garde contre les risques liés à l’assurance-maladie publique, avec une dette colossale et le spectre de l’insolvabilité. Il dénonce la loi sur la réduction de l’inflation et le projet de loi HR 1976, qu’il compare au système de santé socialisé britannique, caractérisé par la budgétisation gouvernementale, le contrôle bureaucratique et la réduction des salaires des professionnels de santé.
Dobzyniak conclut qu’il est illusoire de croire qu’un syndicat de médecins puisse réellement négocier avec un tel géant politique. Il insiste sur le fait que si certains médecins souhaitent embrasser cette voie, leur décision doit être respectée, à condition qu’ils soient pleinement conscients des avantages et des inconvénients.