Publié le 17 janvier 2024 18h20. Donald Trump a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane à plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, dans une tentative de forcer le Danemark à lui vendre le Groenland, ravivant les tensions commerciales et géopolitiques.
- L’ancien président américain menace d’imposer des droits de douane de 10 %, qui pourraient atteindre 25 % en juin, à sept nations européennes.
- Les pays européens ont fermement réagi, dénonçant des menaces inacceptables et réaffirmant leur détermination à ne pas céder aux pressions.
- La menace intervient alors que des milliers de Danois et de Groenlandais manifestent contre les ambitions de Trump de s’emparer de l’île arctique.
Donald Trump a relancé sa campagne pour acquérir le Groenland en annonçant l’imposition de droits de douane sur plusieurs pays européens. Selon ses déclarations, ces prélèvements, qui débuteraient le mois prochain, visent la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, la Suède et la Finlande. Ils débuteraient à 10 % et pourraient grimper à 25 % en juin, sauf si le Danemark accepte de céder le Groenland aux États-Unis.
L’ancien président a justifié cette mesure par le fait que les États-Unis subventionnent, selon lui, l’Europe depuis des années en l’absence de droits de douane. Il a écrit sur son réseau social Truth Social : « Nous subventionnons le Danemark, ainsi que tous les pays de l’Union européenne et d’autres, depuis de nombreuses années en ne leur imposant pas de tarifs douaniers ou toute autre forme de rémunération. Aujourd’hui, après des siècles, il est temps pour le Danemark de redonner : la paix mondiale est en jeu ! »
Cette annonce intervient alors que les relations transatlantiques sont déjà tendues et que l’instabilité géopolitique est grandissante. Elle suscite des inquiétudes quant à une escalade des tensions commerciales, malgré des accords récents conclus entre Washington et certains pays européens. Trump a également laissé entendre qu’il n’excluait pas une intervention militaire pour s’emparer du Groenland, ce qui a alarmé ses alliés.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a immédiatement dénoncé cette initiative, affirmant que
« Les tarifs douaniers nuiraient aux relations transatlantiques et risqueraient une dangereuse spirale descendante. »
Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne
Les ambassadeurs européens devraient se réunir ce dimanche pour discuter d’une réponse coordonnée. Manfred Weber, chef du Parti populaire européen, a appelé à suspendre l’accord commercial négocié avec Washington l’année dernière, compte tenu des menaces de Trump. Il a déclaré que les droits de douane que l’UE avait accepté de réduire à zéro « doivent être suspendus ».
Le Premier ministre français, Emmanuel Macron, a également exprimé sa ferme opposition, déclarant sur X (anciennement Twitter) :
« Aucune intimidation ou menace ne nous influencera, ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs dans le monde lorsque nous serons confrontés à de telles situations. Les menaces tarifaires sont inacceptables et n’ont pas leur place dans ce contexte. »
Emmanuel Macron, Président de la République française
Parallèlement, des milliers de Danois et de Groenlandais ont manifesté dans plusieurs villes pour exprimer leur opposition aux ambitions de Trump. À Nuuk, la capitale du Groenland, le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen a déclaré :
« C’est nous qui décidons de notre avenir. »
Jens-Frederik Nielsen, Premier ministre du Groenland
Les manifestants ont brandi le drapeau groenlandais et exprimé leur colère face aux pressions américaines.
Des responsables groenlandais, norvégiens et danois ont critiqué les efforts de Trump, qualifiant ses méthodes de « puériles » et « complètement insensées ». Espen Barth Eide, ministre norvégien des Affaires étrangères, a souligné que « nous ne pensons pas que la question des droits de douane s’inscrit dans ce contexte ». Rasmus Jarlov, ancien ministre danois, a affirmé :
« Chaque insulte, menace, tarif et mensonge que nous recevons renforce notre détermination… Nous ne céderons jamais le Groenland. »
Rasmus Jarlov, ancien ministre danois et actuel député
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a également condamné la menace, soulignant qu’imposer des droits de douane à des alliés pour assurer la sécurité collective au sein de l’OTAN est « totalement erroné ». Il a promis de discuter de la question directement avec l’administration américaine.
Des analystes soulignent que cette nouvelle menace de Trump démontre que même la conclusion d’accords commerciaux avec les États-Unis ne garantit pas une protection contre les caprices de l’ancien président. Mujtaba Rahman, directeur général pour l’Europe chez Eurasia Group, a déclaré que Keir Starmer apparaît particulièrement vulnérable, car il a toujours vanté l’accord commercial « supérieur » du Royaume-Uni comme une justification de son approche plus conciliante envers l’administration Trump.
Il reste incertain sur quelle base juridique Trump invoquerait pour imposer ces droits de douane, et si les nouveaux prélèvements s’appliqueraient aux produits déjà exemptés en vertu des accords commerciaux récents. La Maison Blanche n’a pas encore répondu aux demandes de clarification. Par ailleurs, la Cour suprême des États-Unis doit se prononcer prochainement sur la légalité du recours aux pouvoirs d’urgence par le président américain pour imposer rapidement des droits de douane. Une décision défavorable pourrait constituer un revers majeur pour la politique économique de Trump.
Reportages supplémentaires de David Sheppard à Londres et Alice Hancock à Bruxelles
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