Publié le 2024-10-26 10:30:00. L’essor des médicaments agissant sur l’appétit, initialement conçus pour traiter le diabète de type 2, suscite des interrogations croissantes dans le monde du sport d’endurance, notamment chez les triathlètes. Comprendre les implications de ces traitements sur l’entraînement, la nutrition et la réglementation devient crucial.
- Les agonistes des récepteurs GLP-1, comme l’Ozempic et le Wegovy, sont de plus en plus utilisés au-delà de leurs indications médicales initiales.
- La suppression de l’appétit qu’ils provoquent peut augmenter le risque de sous-alimentation chez les athlètes d’endurance, nécessitant une planification nutritionnelle rigoureuse.
- Bien qu’actuellement non interdits par l’Agence mondiale antidopage (AMA), leur utilisation est surveillée de près.
Le sport d’endurance connaît une évolution dans la manière dont la nutrition est abordée. Ces dernières années, la prise de conscience des risques liés à une faible disponibilité énergétique (FAE) et à la déficience énergétique relative chez le sportif (RED-S) a profondément modifié les discussions autour du poids, de la récupération et de la santé à long terme des athlètes. On assiste à un recentrage sur l’adaptation de l’apport énergétique à la charge d’entraînement, plutôt que sur la recherche d’un poids idéal.
Dans ce contexte, l’arrivée des médicaments GLP-1 – initialement développés pour la gestion du diabète de type 2 – introduit une nouvelle complexité. En agissant sur la régulation de l’appétit et favorisant la perte de poids, ces médicaments peuvent involontairement conduire à un apport calorique insuffisant, particulièrement problématique pour les athlètes dont les besoins énergétiques sont déjà élevés. Il est donc essentiel d’évaluer attentivement les conséquences de leur utilisation sur l’entraînement et la récupération.
Adapter l’entraînement et la nutrition : des stratégies concrètes
Pour les athlètes d’endurance qui utilisent, ou envisagent d’utiliser, des agonistes des récepteurs GLP-1, une approche proactive est indispensable. Voici quelques recommandations :
1. Planifier l’alimentation, au-delà de la faim : La suppression de l’appétit rend la sensation de faim moins fiable comme indicateur des besoins nutritionnels. Une planification précise de l’alimentation, basée sur les exigences de l’entraînement, devient alors primordiale. Des applications de suivi nutritionnel, des programmes de ravitaillement personnalisés ou des rappels peuvent aider à garantir un apport adéquat, en particulier pendant les périodes d’entraînement intensif. L’accompagnement d’un diététiste sportif est fortement recommandé.
2. Prioriser l’apport en glucides autour des efforts clés : Les séances d’entraînement les plus exigeantes nécessitent une disponibilité suffisante en glucides pour optimiser l’adaptation et la performance. Une diminution de l’appétit peut entraîner une réduction involontaire de l’apport en glucides, compromettant ainsi la qualité de l’entraînement et la récupération. Il est donc crucial de planifier intentionnellement la consommation de glucides (et de protéines) avant, pendant et après ces séances.
3. Surveiller les indicateurs de performance, pas seulement le poids : Une perte de poids accompagnée d’une diminution de la puissance, du rythme, de la récupération ou de la tolérance à l’entraînement est un signe clair d’un apport énergétique insuffisant. Les déficits énergétiques chroniques nuisent à la récupération, augmentent le risque de blessure et peuvent freiner les progrès. Il est donc préférable de se concentrer sur les tendances de performance, la régularité de l’entraînement et les marqueurs de récupération.
4. Assurer un suivi régulier avec l’équipe médicale et l’entraîneur : Une communication régulière permet d’identifier rapidement les problèmes potentiels. Les entraîneurs peuvent surveiller les changements dans la qualité de l’entraînement, la fatigue et la récupération, tandis que les athlètes utilisant des GLP-1 pour des raisons médicales doivent informer leur médecin de leur volume d’entraînement, de leur intensité et de leurs objectifs de compétition. Une coordination étroite entre les différents intervenants est essentielle pour garantir un équilibre optimal entre santé, nutrition et entraînement.
Réglementation et contrôle antidopage
La question du statut réglementaire des agonistes des récepteurs GLP-1 dans le sport d’endurance reste en suspens. À l’heure actuelle, l’Agence mondiale antidopage (AMA) n’interdit pas ces médicaments. Cependant, leur utilisation croissante suscite une attention accrue, et leur statut pourrait évoluer en fonction des avancées scientifiques et des tendances d’utilisation. Il est donc important de rester informé des dernières recommandations et réglementations.