Home AffairesLe problème du pétrole n’est pas l’Iran ou la Russie – c’est trop de pétrole

Le problème du pétrole n’est pas l’Iran ou la Russie – c’est trop de pétrole

by Amélie Bernard

Les prix du pétrole sont en baisse, malgré les tensions géopolitiques persistantes, en raison d’une crainte grandissante de surproduction mondiale. L’arrivée sur le marché de nouvelles quantités de pétrole, notamment vénézuélien, et la hausse des stocks internationaux pèsent sur les cours, reléguant au second plan les inquiétudes liées aux conflits régionaux.

La récente flambée des prix, alimentée par les craintes d’une intervention militaire américaine en Iran, s’est inversée. Avant ce repli, le prix du brut West Texas Intermediate (WTI) avait atteint son plus haut niveau depuis plusieurs mois, créant une tension entre les facteurs géopolitiques et les fondamentaux du marché.

Les analystes s’accordent à dire que l’offre de pétrole brut dépasse actuellement la demande. Goldman Sachs a d’ailleurs revu à la baisse ses prévisions de prix pour 2026, anticipant une nouvelle chute du Brent après une perte d’environ un cinquième de sa valeur l’année dernière. « L’augmentation des stocks pétroliers mondiaux et nos prévisions d’un excédent de 2,3 millions de barils par jour (Mb/j) en 2026 suggèrent que le rééquilibrage du marché nécessitera probablement une baisse des prix du pétrole en 2026 pour ralentir la croissance de l’offre hors OPEP et soutenir une solide croissance de la demande, à moins de perturbations importantes de l’approvisionnement ou de réductions de la production de l’OPEP », a déclaré la banque américaine en début de semaine.

L’assouplissement des sanctions américaines à l’encontre du Venezuela contribue également à cette tendance baissière. Washington a annoncé cette semaine la vente d’un premier lot de brut vénézuélien pour 500 millions de dollars, avec d’autres ventes à venir. Bien que certains experts mettent en garde contre un redressement trop rapide de la production vénézuélienne, cet afflux potentiel de pétrole renforce les arguments en faveur d’un marché excédentaire.

Les incidents survenus en mer Noire, notamment les attaques de drones contre trois pétroliers, ont ravivé les craintes de perturbations de l’approvisionnement. Un rapport de Reuters indique que le Kazakhstan a enregistré une baisse de 35 % de sa production pétrolière au cours des deux premières semaines de janvier, suite à des attaques ciblant également le consortium du pipeline caspien. Le Kazakhstan a sollicité l’aide des États-Unis et de l’Union européenne pour sécuriser le transport de pétrole dans la région.

Par ailleurs, l’Union européenne prévoit de réduire davantage le prix plafond imposé au pétrole russe, dans le but de limiter les revenus de Moscou en liant l’assurance des navires pétroliers au respect de ce plafond. Ce nouveau niveau sera fixé à 44,10 dollars le baril à partir du mois prochain. Bien que les plafonds de prix n’aient pas encore eu d’impact majeur sur le budget russe, l’UE les considère comme un outil efficace pour affaiblir l’économie russe et la pousser à se retirer d’Ukraine.

Le signal donné par l’ancien président américain Donald Trump, laissant la porte ouverte à une frappe militaire contre l’Iran, avait brièvement soutenu les prix. Cependant, cette possibilité s’est estompée lorsque le président américain a observé un assouplissement de la répression iranienne contre les manifestants, ce qui a coïncidé avec le début du recul actuel des prix du pétrole.

Les prévisions d’une augmentation de la production pétrolière restent dominantes, tant de la part de l’Energy Information Administration (EIA) américaine que de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), malgré la suspension par l’OPEP des réductions de production mises en place en 2022. Cependant, les producteurs de schiste américains signalent qu’ils ne seraient pas satisfaits d’un WTI proche de 50 dollars (environ 45 euros) et que la croissance de la production ralentit. L’EIA prévoit même une stabilisation, voire une légère diminution, de la production pétrolière américaine cette année, une tendance qui devrait se poursuivre jusqu’en 2027.

Le marché semble ignorer cette évolution, focalisé sur l’idée d’une surabondance mondiale de pétrole. Les données confirment cette perception, avec environ 1,3 milliard de barils de brut stockés en décembre, un niveau jamais atteint depuis 2020, au plus fort des confinements liés à la pandémie. Ron Bousso, de Reuters, souligne toutefois qu’un quart de ce pétrole provient de pays sanctionnés – la Russie, l’Iran et le Venezuela – qui mettent plus de temps à trouver des acheteurs, même si ces acheteurs existent bel et bien. Il met en garde contre l’interprétation simpliste des stocks en tant qu’indicateur d’une surabondance physique, notamment au vu des importations record de pétrole en Chine en décembre et sur l’ensemble de l’année 2023.

La prévision des prix du pétrole reste une tâche ardue, d’autant plus que des narratifs et des agendas contradictoires s’affrontent, rendant le marché particulièrement volatil et incertain.

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