LG Electronics est au cœur d’une possible vente de sa division de téléviseurs au géant chinois Hisense. Selon le média économique coréen EBN, des représentants de LG auraient entamé des discussions à Pékin pour céder cette activité et restructurer sa branche Media & Entertainment Solutions, mettant ainsi fin à une ère industrielle de près de 60 ans.
Des négociations secrètes à Pékin

Le marché mondial de la télévision pourrait connaître un séisme majeur. Selon les informations rapportées par Frandroid, LG Electronics aurait dépêché des représentants en Chine pour rencontrer des hauts responsables d’Hisense, le principal fabricant de téléviseurs du pays. L’objectif de ces échanges ne se limite pas à une simple cession de la branche télévision ; il s’agirait d’une restructuration plus profonde de sa division Media & Entertainment Solutions (MS).
Cette restructuration viserait à dissocier la production de matériel, jugée à faible marge, de l’exploitation de la plateforme logicielle webOS. En isolant la branche matérielle, LG cherche à protéger ses revenus issus des services de publicité et de contenu intégrés à son système d’exploitation, tout en se séparant de la gestion complexe des chaînes d’approvisionnement physiques. Les discussions à Pékin porteraient spécifiquement sur les modalités de transfert des actifs de production et des lignes de produits grand public vers Hisense.
Si ces rumeurs se confirment, elles marqueraient le retrait d’un des piliers historiques de l’industrie technologique sud-coréenne. Cette démarche intervient dans un contexte de repositionnement global, où les géants cherchent à protéger leurs marges en se séparant de segments devenus trop coûteux à maintenir.
L’hémorragie financière de la division MS

La motivation derrière ce mouvement stratégique est avant tout comptable. La division Media & Entertainment Solutions, autrefois moteur de croissance, est devenue un poids mort pour le groupe. Les chiffres révèlent une dégradation structurelle de la rentabilité qui semble difficilement inversible.
D’après les analyses de l’analyste Yang Seungsoo de Meritz Securities, les pertes accumulées au cours de l’année 2025 sont particulièrement alarmantes. Le secteur TV/IT a vu ses résultats s’effondrer sur deux trimestres consécutifs, comme le montre le récapitulatif suivant :
| Période | Perte opérationnelle estimée |
|---|---|
| Deuxième trimestre 2025 | 191,7 milliards de wons (environ 142 millions $) |
| Quatrième trimestre 2025 | 300 milliards de wons supplémentaires |
Cette érosion des marges est accentuée par la chute du prix de vente moyen (ASP) des téléviseurs sur les marchés matures, tandis que les coûts de recherche et développement pour maintenir l’avance technologique sur l’OLED pèsent lourdement sur le bilan. L’incapacité de l’unité à générer des profits est exacerbée par la volatilité du coût des composants, notamment les dalles LCD et les semi-conducteurs nécessaires aux fonctions intelligentes.
Ces pertes massives témoignent de l’incapacité de l’unité à générer des profits dans un marché saturé où les coûts de production et la pression sur les prix de vente ne cessent de croître.
La domination croissante des marques chinoises
L’effacement progressif de la compétitivité mondiale de LG s’explique par l’ascension fulgurante de concurrents comme Hisense et TCL. Ces fabricants chinois adoptent des stratégies de prix extrêmement agressives, ce qui fragilise les marges des entreprises traditionnelles.
TCL et Hisense bénéficient d’une intégration verticale poussée, notamment par le contrôle de la production de dalles via des filiales spécialisées comme CSOT (China Star Optoelectronics Technology) pour TCL. Cette maîtrise de la chaîne de valeur leur permet de proposer des technologies Mini-LED à des prix nettement inférieurs aux modèles haut de gamme de LG, captant ainsi des parts de marché massives sur les segments de milieu de gamme.
Le paysage industriel est en pleine mutation. Le retrait de Samsung du marché chinois des téléviseurs, ainsi que des produits audio et de l’électroménager, a laissé un vide que les acteurs chinois s’empressent de combler. De même, des modèles de coopération comme la joint-venture entre Sony et TCL ou la gestion de la distribution européenne par Panasonic illustrent une volonté générale de réorganiser les forces en présence pour survivre à cette nouvelle donne économique.
Démentis et silence de la part des constructeurs
Face à l’ampleur de ces révélations, les entreprises concernées ont choisi la prudence, voire le déni. Interrogée sur la véracité de ces discussions, la direction de LG Electronics a affirmé que ces allégations étaient sans fondement.
De son côté, Hisense a décliné toute demande de commentaire concernant ces rumeurs de rachat. Ce silence, combiné au démenti de LG, laisse le marché dans l’incertitude. L’incertitude entourant cette possible transaction a provoqué une volatilité sur le titre de LG Electronics à la bourse de Séoul, les investisseurs surveillant de près la capacité de l’entreprise à pivoter vers un modèle de revenus récurrents basé sur les logiciels de plateforme.
Toutefois, la réalité des pertes financières publiées par la division MS suggère que la question de la survie de l’activité télévision de LG restera un sujet brûlant pour les mois à venir.