La Russie a interdit ce lundi 1er juin 2026, jusqu’au 30 novembre, l’exportation de kérosène d’aviation, une mesure sans précédent qui s’inscrit dans une stratégie de protection de son marché intérieur face à une série d’attaques ukrainiennes contre ses infrastructures énergétiques. Dans le même temps, Kiev intensifie ses frappes sur les raffineries et oléoducs russes, provoquant des incendies spectaculaires et des perturbations majeures dans la production nationale, alors que le conflit en Ukraine entre dans sa cinquième année et que les tensions géopolitiques s’étendent au Moyen-Orient.
Une interdiction historique pour préserver l’approvisionnement intérieur
La décision russe, annoncée dans un communiqué officiel, vise à « garantir un approvisionnement fiable et ininterrompu du marché intérieur en carburant », selon les termes du gouvernement de Moscou. Cette mesure, qui s’ajoute à l’interdiction déjà en vigueur depuis avril sur l’exportation d’essence automobile jusqu’au 31 juillet, marque un tournant dans la gestion des ressources énergétiques russes. Officiellement, l’interdiction ne concerne pas les livraisons réalisées dans le cadre d’accords intergouvernementaux ni les réservoirs techniques des avions, mais elle envoie un signal fort : la Russie ne peut plus se permettre de perdre une goutte de carburant à l’exportation, alors que ses raffineries sont sous pression constante depuis des mois. Cette décision intervient alors que les marchés mondiaux de l’énergie sont déjà perturbés par la guerre au Moyen-Orient et la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, qui a accru la dépendance aux exportations russes. Selon La Dépêche, cette mesure est « dans l’intérêt de nos compagnies aériennes », comme l’a justifié le ministre russe des Transports, Andreï Nikitine. Une affirmation qui cache mal la réalité : la Russie, l’un des plus grands producteurs mondiaux de pétrole, voit ses capacités de production et de raffinage s’effriter sous les coups de Kiev. Les attaques ukrainiennes sur les sites énergétiques russes se sont multipliées ces derniers mois, avec une intensité inédite. Depuis avril 2026, les frappes ont ciblé des raffineries majeures comme celles de Iaroslavl (700 km de la frontière ukrainienne, capacité de 300 000 barils par jour), Syzyran (170 000 barils/jour, propriété de Rosneft), Touapsé (240 000 barils/jour, sur la mer Noire), et Norsi (320 000 barils/jour, quatrième raffinerie russe, propriété de Lukoil). Ces attaques ont provoqué des arrêts de production, des incendies majeurs, et des suspensions d’activités, selon un détail chronologique fourni par Boursorama. En avril 2026, les volumes traités par les raffineries russes se sont effondrés à 4,69 millions de barils par jour, un niveau historiquement bas, jamais vu depuis 2009, selon Bloomberg.L’escalade des frappes : une stratégie ukrainienne pour asphyxier l’économie russe
L’Ukraine justifie ces attaques par la nécessité de priver Moscou des revenus tirés des hydrocarbures, une source de financement cruciale pour son effort de guerre depuis 2022. Les frappes visent à la fois les raffineries, les oléoducs et les dépôts pétroliers, souvent situés à des centaines de kilomètres du front. Le 25 mai, une attaque a touché la raffinerie de Iaroslavl, tandis que le 21 mai, des drones ukrainiens ont frappé Syzyran, endommageant une unité principale de traitement. Le 27 mai, c’est le site portuaire de Touapsé, sur la mer Noire, qui a été visé, provoquant un incendie majeur le 28 avril et une suspension des activités d’exportation. Ces frappes ont un impact direct sur la production nationale : selon Reuters, elles ont contraint à l’arrêt ou au ralentissement des sites représentant près d’un quart de la capacité nationale de raffinage et plus de 30 % de la production d’essence du pays. Les conséquences se font déjà sentir : en 2025, les frappes ukrainiennes combinées à la saison estivale avaient provoqué des pénuries dans certaines régions isolées comme l’Extrême-Orient et la Crimée, annexée en 2014.
Un marché intérieur sous tension : pénuries et répercussions économiques
L’interdiction d’exportation de kérosène, bien que temporaire, révèle une fragilité croissante du marché intérieur russe. Malgré les assurances du ministre des Transports, Andreï Nikitine, selon lesquelles il n’y a pas de pénurie de kérosène en Russie, les signes d’une tension croissante sont nombreux. En 2025, la combinaison des frappes ukrainiennes et de la demande estivale avait déjà provoqué des hausses de prix et des pénuries dans certaines régions. Cette année, la situation pourrait être encore plus critique, d’autant que la Russie doit aussi faire face à une demande accrue en carburant pour ses propres besoins militaires et civils. Les experts s’accordent à dire que cette interdiction pourrait avoir des répercussions à long terme sur les compagnies aériennes russes, déjà confrontées à des coûts élevés et à des perturbations logistiques. « Dans l’intérêt de nos compagnies aériennes », a martelé Nikitine, mais la mesure pourrait aussi limiter les capacités d’exportation de la Russie vers ses alliés, comme la Syrie ou l’Iran, où le kérosène russe est une denrée stratégique. Selon France Info, cette décision pourrait aussi être perçue comme une réponse à la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a perturbé les flux pétroliers mondiaux et accru la dépendance aux exportations russes.