L’appartement de la Muette : une capsule temporelle des années 70

Le refuge parisien de l’icône, niché dans le prestigieux 16e arrondissement près de la rue de la Pompe, s’apprête à changer de mains. Ce trois-pièces de 70,88 m², doté d’un jardin arboré privatif de 71 m², est proposé via une mise à prix de 1,05 million d’euros. Une condition ferme accompagne l’annonce : aucune offre inférieure ne sera acceptée.
Pour l’acheteur, le prestige du nom Bardot s’accompagne d’un chantier conséquent. Les clichés du bien révèlent un intérieur figé dans le temps, marqué par une esthétique typique des années 1970, avec notamment une moquette orange et une salle de bains restée intacte. Si le potentiel est réel, la modernisation est jugée significative.
La vente ne suit pas un circuit classique. Elle prend la forme d’une « vente notariale interactive », un système d’enchères en ligne orchestré par l’étude notariale représentant Nicolas Charrier, le fils unique de l’actrice.
Un partage successoral déséquilibré entre le fils et le compagnon

Derrière l’aspect immobilier se cache une répartition financière qui souligne la complexité des liens familiaux et sentimentaux de la star. Le produit de la vente ne sera pas divisé équitablement. Selon un partage inégal des recettes, Nicolas Charrier, installé en Norvège, récupérera 80 % de la somme finale.
Bernard d’Ormale, compagnon de Brigitte Bardot depuis 1992, ne percevra que les 20 % restants. Ce montant lui est alloué grâce à un usufruit légué dans le testament de l’actrice. Cette distribution intervient alors que le veuf, aujourd’hui âgé de 84 ans, se retrouve dans une position précaire concernant son propre logement.
Le crépuscule de Bernard d’Ormale à La Madrague
Le véritable point de rupture se situe à Saint-Tropez. La Madrague, villa mythique acquise par Brigitte Bardot en 1958, n’est plus le sanctuaire qu’elle était. Après la disparition de l’actrice le 28 décembre 2025 à l’âge de 91 ans, Bernard d’Ormale doit quitter les lieux pour s’installer dans un petit appartement de 29 m² en habitat inclusif, au cœur du village.
Ce départ forcé s’explique par un montage juridique strict. La nue-propriété du domaine a été transmise à la Fondation Brigitte Bardot dès les années 1990 pour garantir sa reconnaissance d’utilité publique. En conséquence, la fondation est la propriétaire légale, et ses statuts interdisent d’héberger qui que ce soit.
« Je n’ai pas tous les éléments mais la Madrague, en principe, revient à la fondation. (…) La fondation ne peut pas abriter ou héberger qui que ce soit. Ce ne serait pas conforme aux statuts, me semble-t-il »
Allain Bougrain-Dubourg, ancien compagnon de l’actrice
Bernard d’Ormale, qui avait partagé avec la star une vie loin du « crépitement des photographes et du bruit de la foule », rejette violemment la thèse d’une éviction.
« Ce sont des grosses conneries. Foutez-moi la paix et parlez-moi plutôt de jolies choses »
Bernard d’Ormale, dernier compagnon de Brigitte Bardot
L’impossible estimation d’un patrimoine culturel

Si l’appartement parisien a un prix clair, La Madrague échappe à toute logique comptable. Le domaine est devenu un objet de bras de fer juridique et émotionnel. Pour les experts et les juristes, établir une valeur immobilière réaliste est devenu presque impossible.
La demeure dépasse sa simple dimension de pierre et de terrain pour devenir un morceau d’histoire culturelle française. Cette valeur immatérielle, immense et inestimable, complique désormais les calculs successoraux, transformant l’héritage de l’icône en un dossier complexe où s’affrontent les statuts d’une fondation, les droits d’un héritier et la nostalgie d’un compagnon.