Le conseil d’administration du Foyer anderlechtois a voté, ce lundi 15 juin 2026, le retrait provisoire forcé de son président, le socialiste Lotfi Mostefa. Cette décision, portée par le MR, Anders et Les Engagés, intervient après des perquisitions et un reportage critique de la VRT. Le PS conteste formellement la légalité de ce vote.
Le bras de fer sur le quorum et la légalité du vote
La chute de Lotfi Mostefa s’est jouée sur un calcul mathématique précis lors d’un conseil d’administration extraordinaire. Selon L’Avenir, la vice-présidente Marcela Gori a pu obtenir le quorum nécessaire grâce à la démission récente de Hari Shrestha (Vooruit), administrateur envoyé par la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB).

Le camp libéral et ses alliés comptaient cinq administrateurs. Lotfi Mostefa, ne pouvant participer au vote le concernant, a laissé les socialistes en infériorité numérique avec quatre voix contre cinq. Cette configuration a permis de forcer la mise à l’écart du président.
Le PS et le directeur du Foyer, Laurent Gabele, ont tenté de bloquer la séance en contestant l’urgence de la réunion, un conseil ordinaire étant déjà prévu ce jeudi. Ils ont également invoqué une note de la SLRB stipulant que seul le président peut convoquer un conseil d’administration. Marcela Gori a rejeté cet argument, affirmant qu’un tiers des administrateurs possède ce pouvoir et que l’urgence était justifiée par les perquisitions et les promesses non tenues du président de s’expliquer devant le conseil.
L’intérim de Marcela Gori et la stabilité institutionnelle
Marcela Gori reprend la présidence à titre provisoire. Elle a insisté sur le caractère transitoire de sa mission, reconnaissant que ce poste revient traditionnellement au groupe socialiste au sein de la majorité communale. Comme le rapporte La Libre, elle a invité les représentants socialistes à proposer rapidement une nouvelle personnalité pour assurer durablement la fonction.
« Dans le contexte actuel, notre responsabilité collective est d’assurer la sérénité de l’institution et de préserver la confiance des locataires.
L’objectif affiché est de restaurer un fonctionnement serein, transparent et efficace
pour le personnel et les locataires. De son côté, le groupe Anders a précisé que ce retrait temporaire ne préjuge pas de l’issue des enquêtes judiciaires en cours, mais vise uniquement à rétablir la confiance autour de l’institution.
L’onde de choc du reportage de la VRT et l’enquête régionale
La crise actuelle trouve sa source dans une émission de Pano, diffusée le 20 mai sur la VRT, qui a pointé du doigt la gestion de Lotfi Mostefa. Ce reportage a déclenché une accélération des tensions au sein de la majorité anderlechtoise et a conduit à des perquisitions. Selon Le Soir, tous les partis, à l’exception du PS, ont réclamé une commission d’enquête au niveau régional.
Cette commission s’est réunie pour la première fois le lundi 8 juin au Parlement bruxellois. Elle examine les dysfonctionnements d’une institution dont le poids est considérable dans le paysage social bruxellois :
- Statut : Société Immobilière de Service Public (SISP).
- Parc immobilier : Près de 3 800 logements sociaux.
- Population hébergée : Environ 8 000 Bruxellois.
- Enjeu global : Environ 60 000 ménages sont en attente d’un logement social à Bruxelles, certains depuis 10 à 20 ans.
L’enjeu, selon la députée bruxelloise Aurélie Czekalski citée par le Mouvement Réformateur, est de garantir que les critères d’attribution soient respectés sans aucun passe-droit ni intervention extérieure.
La distinction entre SISP et AIS face aux fraudes
Le dossier du Foyer anderlechtois s’inscrit dans un climat de suspicion plus large touchant le logement social à Bruxelles, notamment avec des soupçons de fraude à l’AIS de Saint-Josse. Toutefois, la Fédération des AIS (Fedais) a fermement demandé de ne pas amalgamer ces deux situations.

Comme indiqué par DHnet, les AIS sont des ASBL agréées opérant sur le marché locatif privé, tandis que le Foyer anderlechtois est une SISP. La Fedais souligne que les modalités de gouvernance et de contrôle sont tout à fait distinctes
et qu’une assimilation des deux dispositifs serait contreproductive et profondément erronée
.
Pour la Fédération, le système des AIS a fait ses preuves, et il appartient désormais aux enquêtes judiciaires d’identifier les responsabilités spécifiques dans le cas de Saint-Josse, sans entacher l’ensemble du secteur.
La suite du conflit au Foyer anderlechtois pourrait se déplacer sur le terrain judiciaire. La décision du conseil d’administration de ce lundi peut être contestée devant le tribunal de l’entreprise, laissant planer une incertitude sur la stabilité définitive de la nouvelle présidence intérimaire.
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