Le Premier ministre belge Bart De Wever a marqué les célébrations des 250 ans des États-Unis à Bruxelles en citant Calvin Coolidge, un président américain des années 1920, pour souligner une vision conservatrice des valeurs morales comme fondement de la prospérité. L’événement, organisé par l’ambassadeur américain Bill White, a rassemblé près de 9 000 personnes, dont des figures politiques belges et européennes, dans une ambiance assumément pro-américaine, mêlant rodéos, musique country et discours politiques.
Un message politique en forme de référence historique
En choisissant de convoquer Calvin Coolidge, Bart De Wever a délibérément opposé une vision conservatrice classique à celle de Donald Trump. Coolidge, président des États-Unis de 1923 à 1929, incarnait une Amérique puritaine, où la prospérité était présentée comme le fruit de vertus morales — travail, famille, patriotisme — et non comme une fin en soi. « Nous vivons à l’ère de la science et d’une accumulation abondante de biens matériels. Ce ne sont pas eux qui ont donné naissance à notre Déclaration. C’est notre Déclaration qui les a créés », a rappelé De Wever en citant Coolidge, selon RTBF.
Cette référence n’est pas anodine. Coolidge, connu pour son isolationnisme et ses politiques restrictives en matière d’immigration, représente une droite américaine traditionnelle, loin du trumpisme actuel. Pour Donald Trump, la morale n’est pas un levier de prospérité, mais un frein à la réussite individuelle. En citant Coolidge, De Wever a implicitement critiqué l’approche de Trump, tout en réaffirmant l’importance des valeurs démocratiques et institutionnelles, souvent bafouées par l’ancien président américain.
Pourtant, cette opposition entre deux visions de la droite américaine ne semble pas avoir été directement adressée à Trump. « On ne le saura jamais », écrit RTBF, mais le message était clair : la prospérité ne peut durer sans un socle moral solide. Une mise en garde qui résonne particulièrement dans un contexte où les divisions politiques aux États-Unis, et leur impact sur les alliances transatlantiques, restent une source d’inquiétude pour les partenaires européens.
Une fête à l’américaine, entre spectacle et diplomatie
L’événement organisé par Bill White, ambassadeur des États-Unis en Belgique, a été un véritable spectacle à la sauce américaine. Cheese-steaks, rodéos mécaniques, concerts de musique country et même un feu d’artifice avec drones ont marqué la journée, selon RTL Info. Le tout financé par des sponsors privés, dont des multinationales comme Meta, Microsoft, Nike et McDonald’s, ainsi que des entreprises belges comme FN-Browning et le port d’Anvers-Bruges.

Le coût de cette « méga-party », estimé à 5 millions de dollars, a suscité des critiques de la part d’associations environnementales et politiques. Greenpeace a dénoncé une « légitimation d’un régime techno-fasciste », déployant une banderole sur la Grand-Place de Bruxelles pour protester contre cette célébration jugée excessive, rapporte DHnet. Pourtant, malgré ces réserves, l’événement a attiré une foule nombreuse, avec une participation politique marquée par l’absence des partis de gauche, comme le PS, Ecolo ou le PTB.
La logistique déployée pour l’occasion était impressionnante : plus de 1 000 personnes ont travaillé à l’organisation, les rues alentour ont été bloquées, et des hélicoptères ont quadrillé la zone. Un déploiement qui reflète l’importance stratégique que les États-Unis accordent à cette célébration, mais aussi la volonté de marquer les esprits en Europe.
Qui était présent ? Une alliance politique assumée
La liste des invités illustre les clivages politiques belges. Les partis libéraux francophones, comme le MR, et les nationalistes flamands, comme la N-VA, étaient omniprésents. Georges-Louis Bouchez, président des libéraux francophones, a souligné l’atlantisme de son parti : « On préférera toujours se tourner vers Washington, notre allié naturel, plutôt que vers Moscou », a-t-il déclaré à La Libre.

Bart De Wever, Premier ministre flamand et ministre des Affaires étrangères, a lui aussi marqué sa présence, réaffirmant l’importance de l’alliance avec les États-Unis pour la prospérité et la sécurité de la Belgique. « Cette alliance reste cruciale pour notre prospérité et notre sécurité », a-t-il déclaré avant de sauter dans une voiturette tirée par un cheval, une scène qui a marqué les esprits.
À l’inverse, les partis de gauche étaient absents, une absence qui reflète les divisions politiques belges sur la question des relations avec les États-Unis, notamment sous la présidence de Donald Trump. Cette fête a ainsi été perçue comme un soutien politique aux États-Unis, mais aussi comme une démonstration de force économique et culturelle.
Un cadeau symbolique pour Trump : une bague en diamant
Parmi les moments forts de la journée, la remise d’une bague en diamant personnalisée à Donald Trump, offerte par les diamantaires anversois. Ce bijou, fruit de trois mois de travail, symbolise les liens économiques entre les États-Unis et la Belgique, notamment à travers le secteur diamantaire. Trump, présent via une vidéo, a remercié la communauté anversoise avant de vanter les mérites de l’armée américaine, selon La Libre.

Ce cadeau, bien que symbolique, illustre la volonté des organisateurs de renforcer les liens économiques et politiques entre les deux pays. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de séduction des élites européennes, avec un message clair : les États-Unis restent un partenaire incontournable, quels que soient les aléas politiques.
Et après ? Les implications pour l’Europe et les États-Unis
Cette célébration des 250 ans des États-Unis à Bruxelles pose plusieurs questions sur l’avenir des relations transatlantiques. D’un côté, l’événement a permis de réaffirmer l’alliance entre la Belgique et les États-Unis, notamment à travers la présence des principaux partis politiques belges. De l’autre, il a aussi mis en lumière les divisions internes en Belgique, avec une gauche absente et une droite unie autour de l’atlantisme.
Pour l’Europe, cette fête rappelle l’importance de maintenir une autonomie stratégique, même face à un allié aussi puissant que les États-Unis. Comme l’a souligné Georges-Louis Bouchez, « on peut parfois avoir des hauts et des bas dans une relation et cela n’exonère pas l’Europe de renforcer sa souveraineté ». Une mise en garde qui résonne particulièrement dans un contexte géopolitique marqué par les tensions avec la Russie et la montée des incertitudes économiques.
Enfin, cet événement interroge aussi sur l’avenir de la droite américaine. En citant Calvin Coolidge, Bart De Wever a opposé une vision conservatrice classique à celle de Donald Trump, soulignant les fractures internes au sein de la droite américaine. Ces tensions pourraient avoir des répercussions sur les relations transatlantiques, notamment si les États-Unis voient leur politique étrangère évoluer avec un nouveau président en 2028.
Pour l’instant, la fête est terminée, mais les questions qu’elle soulève restent ouvertes. Une chose est sûre : les États-Unis ont su marquer les esprits à Bruxelles, avec un mélange de spectacle, de diplomatie et de symboles économiques.
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