Une vaste étude menée dans 19 pays d’Asie et publiée dans The Lancet Infectious Diseases révèle que le fardeau des infections nosocomiales résistantes aux antibiotiques est nettement supérieur aux estimations antérieures, touchant lourdement les services de soins intensifs et les enfants de moins de cinq ans.
Les données probantes accumulées à l’échelle internationale mettent en lumière une crise sanitaire persistante dans les établissements de santé, où la résistance aux antimicrobiens aggrave la mortalité et prolonge les séjours hospitaliers. En Asie, une initiative d’envergure menée par des chercheurs de la National University of Singapore s’est penchée sur les infections contractées à l’hôpital, en particulier la pneumonie acquise sous ventilation mécanique et les bactériémies. Selon cette étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases, le nombre de décès directement imputables à ces infections résistantes s’avère considérable et dépasse largement les prévisions des modèles mathématiques antérieurs.
Un réseau de surveillance révèle l’ampleur des infections en Asie
Pour documenter cette réalité, le réseau ACORN-HAI a recueilli des données auprès de 10 111 patients traités dans 41 hôpitaux répartis dans 19 pays et régions d’Asie entre septembre 2022 et février 2025. Sur l’ensemble des dossiers examinés, près de trois quarts des infections étaient attribuées à des bactéries résistantes aux médicaments, avec une prédominance de pathogènes à Gram négatif dont plus de la moitié affichaient un profil multirésistant. Les auteurs soulignent que la capacité de laboratoire limitée et la surveillance insuffisante compliquent l’évaluation précise de ce fardeau dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire.
La gravité de ces infections se traduit par des taux de mortalité brute particulièrement élevés à 28 jours.
Bien que nos estimations aient été tirées d’hôpitaux sélectionnés et puissent ne pas être représentatives à l’échelle nationale, ces différences suggèrent que les approches de modélisation s’appuyant sur des hypothèses pour lier les données de microbiologie et les résultats des patients pourraient sous-estimer le fardeau de la résistance aux antimicrobiens liée aux soins de santé, en particulier dans les contextes de pays à revenu faible ou intermédiaire. Les auteurs de l’étude, via UMN
Tendances des infections nosocomiales en Iran et pression sur les services de soins intensifs
L’analyse des tendances régionales confirme par ailleurs que les services de soins intensifs constituent les zones les plus vulnérables des structures hospitalières.

Ces variations d’une région à l’autre reflètent des pressions changeantes sur les ressources sanitaires et la complexité croissante des cas pris en charge. Des pics prononcés ont été observés au cours des années 2020 et 2021 dans plusieurs comtés, témoignant de la fragilité des dispositifs hospitaliers face aux crises épidémiologiques et aux tensions sur les chaînes de soins.
Une menace croissante chez les nouveau-nés et les jeunes enfants
Au-delà des adultes hospitalisés, les nouveaux-nés font face à une vulnérabilité accrue face à ces agents pathogènes. Des recherches menées sur les infections néonatales montrent que les bactéries à Gram négatif telles qu’Escherichia coli, Klebsiella et Acinetobacter sont désormais responsables d’une part écrasante des infections contractées par les bébés dès leurs premiers jours de vie.

Cette évolution clinique contraint les équipes médicales à ajuster leurs protocoles thérapeutiques en urgence, souvent sans pouvoir attendre les résultats complets des analyses de laboratoire.
Ces microbes ont longtemps été considérés comme ne provoquant des infections que chez les bébés plus âgés, mais ils infectent désormais des bébés dès leurs premiers jours de vie. Associate Professor Williams, via Sydney
Le poids mondial des agents pathogènes et le besoin urgent de stratégies adaptées
À l’échelle globale, l’évaluation de la charge morbide des maladies infectieuses confirme que les pays à revenu faible ou intermédiaire subissent de plein fouet les conséquences des infections bactériennes, virales et parasitaires. Selon cette analyse publiée dans The Lancet Infectious Diseases par des chercheurs de l’Institute for Health Metrics and Evaluation, des millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité sont directement imputables à ces agents, les enfants de moins de cinq ans supportant une part disproportionnée de ce total.

Les experts insistent sur la nécessité absolue de renforcer la recherche en matière de développement de vaccins et de nouveaux traitements antibactériens, tout en améliorant l’accès équitable aux thérapies existantes pour freiner la progression de l’antibiorésistance dans les structures de soins du monde entier.