La Nasa s’apprête à lancer le télescope spatial Nancy Grace Roman ce dimanche 30 août 2026 depuis le Centre spatial Kennedy en Floride. D’un coût de plusieurs milliards de dollars, cet observatoire grand angle doit sonder l’énergie noire, cartographier des milliards de galaxies et traquer des dizaines de milliers d’exoplanètes.
Une fusée Falcon Heavy de SpaceX doit arracher du sol le télescope spatial Nancy Grace Roman lors d’un vol programmé pour ce dimanche 30 août 2026 à partir de 7 h 26 (heure de l’Est), selon les informations communiquées par la Nasa. Porté par une décennie d’efforts menés par des équipes colossales issues notamment du Caltech et du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa, l’engin représente un investissement de plusieurs milliards de dollars. Il rejoint ainsi le cercle très fermé des missions d’astrophysique amies et prestigieuses de l’agence, aux côtés du télescope Hubble et du télescope James-Webb, d’après les détails rapportés par la NASA.
Un héritage technologique inattendu issu des satellites espions
L’histoire de ce nouvel observatoire cache une genèse pour le moins surprenante. Au cœur de la structure se trouve l’assemblage du télescope optique, qui abrite le miroir primaire de 2,4 mètres ainsi que neuf miroirs secondaires et des composants électroniques. Cette quincaillerie spatiale de pointe provient initialement de l’National Reconnaissance Office (NRO), l’agence américaine qui conçoit des équipements pour la CIA et d’autres services de renseignement, comme le souligne un article publié par Space.
À la fin des années 1990, le programme de « Future Imagery Architecture » commandait à Boeing de nouveaux satellites de reconnaissance. Face à des dépassements budgétaires colossaux, ce projet s’est soldé par un arrêt en 2005, qualifié à l’époque par la presse de spectaculaire échec. Toutefois, en 2012, la NRO a fait don à la Nasa de deux télescopes de rechange non utilisés issus de cette tentative avortée.
Une vision cent fois plus vaste que Hubble pour cartographier le cosmos
Son principal atout réside dans son champ de vision infrarouge, qui surpasse d’un facteur cent celui de Hubble, tout en conservant une netteté d’image équivalente. Une caméra de 300 mégapixels, répartie sur 18 détecteurs distincts, permettra à l’observatoire de cartographier en cinq ans davantage de ciel que Hubble en trente années d’activité, générant jusqu’à 20 pétaoctets de données publiques dès leur traitement.

La configuration optique se distingue également par la disposition de ses détecteurs en anneau le long du plan focal, permettant de faire fonctionner de concert deux instruments : l’instrument grand champ et un coronographe expérimental.
La chasse aux exoplanètes et le mystère de l’énergie noire
Depuis les années 1990, les astronomes ont catalogué plus de 6 300 mondes en orbite autour d’autres étoiles. Grâce à son enquête sur le bulbe galactique, Roman pourrait multiplier ce chiffre de manière vertigineuse. Selon les simulations de la Nasa, l’observatoire espère débusquer environ 100 000 planètes supplémentaires en surveillant des millions d’étoiles par transit et par microlentille gravitationnelle, un chiffre qui pourrait même atteindre 200 000 selon certains scénarios prévisionnels.

Au-delà de ces mondes lointains, la mission s’attaquera au duel cosmique invisible qui régit l’expansion de l’univers. D’un côté, la matière noire resserre les galaxies par sa force gravitationnelle ; de l’autre, l’énergie noire accélère l’expansion de l’espace à grande échelle. Les mesures de Roman permettront aux scientifiques d’évaluer l’issue de cette lutte silencieuse qui façonne l’avenir de notre univers.