Le taux de chômage des jeunes Américains sans diplôme universitaire a rarement été aussi bas au cours des deux dernières décennies, selon une analyse du Burning Glass Institute. Cette embellie pour les travailleurs non diplômés contraste avec un marché de l’emploi qui se tend pour les titulaires de licences et de masters.
Sur le marché du travail américain, les dynamiques traditionnelles connaissent un renversement inédit. Les jeunes travailleurs âgés de 22 à 34 ans qui ne possèdent ni licence ni master enregistrent des taux de chômage particulièrement bas, une situation observée par les données du Burning Glass Institute relayées par le Wall Street Journal. Jusqu’à présent, la situation de ces profils évoluait en parallèle de celle des diplômés du supérieur au rythme des cycles économiques, mais les courbes dessinent aujourd’hui des trajectoires divergentes.
Inflation des diplômes et concurrence accrue pour les jeunes diplômés
Cette évolution favorable pour les moins qualifiés s’accompagne d’une dégradation relative pour les jeunes diplômés universitaires. En valeur absolue, un diplôme reste un bouclier protecteur : les chiffres indiquent un taux de chômage de 2,7% pour les diplômés âgés de 25 à 54 ans, contre 3,6% pour ceux ayant suivi des études supérieures partielles et 4,7% pour les titulaires uniques d’un baccalauréat. Néanmoins, la tendance s’inverse pour la jeune génération.
On observe une augmentation rapide du nombre de personnes titulaires d’une licence, et une baisse tout aussi rapide de celles qui n’en possèdent pas.
Gad Levanon, économiste chez Burning Glass
Cette surabondance de candidats qualifiés génère une concurrence accrue pour les postes de premier niveau. En parallèle, l’intégration croissante de l’intelligence artificielle absorbe une part importante des tâches simples traditionnellement confiées aux juniors.
L’essor des métiers techniques spécialisés face aux professions de bureau
Alors que l’université ne constitue plus l’unique garantie d’accéder à des emplois bien rémunérés, les filières techniques connaissent un attrait renouvelé. Le directeur général du géant du recrutement Randstad souligne la vitalité de ces carrières, tandis que les données de Randstad confirment des hausses de rémunération de 30% aux États-Unis au cours des quatre dernières années, complétées par des progressions de 21% aux Pays-Bas, de 18% en Allemagne et de 9% au Royaume-Uni.
Les métiers techniques spécialisés progressent très rapidement. On peut y faire une belle carrière et bien gagner sa vie.
Le directeur général de Randstad, via CNBC
À New York, Zelda Cuesta, directrice de l’institut de formation technique Apex, constate cette mutation sur le terrain. ils voulaient envoyer tout le monde à l’université. (…) Mais aujourd’hui, quand je vais dans les lycées, je suis une rock star
, confie-t-elle. Les projections du ministère américain du Travail prévoyaient pour 2024 une augmentation de 9% du nombre d’électriciens d’ici 2034, un rythme qualifié de beaucoup plus rapide que la moyenne
, stimulé notamment par la construction intensive de centres de données.
Résilience globale du marché du travail et créations d’emplois en août
Globalement, le marché de l’emploi américain continue de surprendre par sa robustesse. L’économie du pays a enregistré 162.000 créations de postes non agricoles au cours du mois d’août, selon les chiffres publiés par le Bureau of Labor Statistics. Ce résultat dépasse nettement le consensus des économistes qui tablaient sur environ 55.000 créations d’emplois.

Le taux de chômage global s’est maintenu à 4,1%, témoignant d’une résistance persistante face au durcissement des conditions financières. Pour les investisseurs et les marchés financiers, cette vitalité économique réduit toutefois la probabilité d’un assouplissement rapide de la politique monétaire de la Réserve fédérale, alimentant les anticipations de taux durablement élevés.