Une étude scientifique majeure révèle que le Groenland et l’Antarctique ont perdu 11 300 milliards de tonnes de glace depuis 1979, entraînant une hausse du niveau moyen des mers de 3 centimètres. La fonte s’est fortement accélérée au cours de la dernière décennie, principalement sous l’effet du réchauffement des océans.
Des observations satellitaires inédites sur un demi-siècle
En combinant des observations satellitaires couvrant plus de quatre décennies, une équipe internationale de chercheurs a dressé le bilan le plus complet à ce jour de la fonte des glaces polaires. L’étude, publiée dans la revue Scientific Data, remonte les données jusqu’à 1979 pour l’Antarctique et jusqu’à 1972 pour le Groenland.
Les calottes glaciaires sont restées relativement stables pendant les années 1970, 1980 et au début des années 1990. Inès Otosaka, glaciologue à l’université Northumbria, explique que l’on observe une tendance nette selon laquelle les calottes glaciaires perdent de plus en plus de masse et que ce phénomène s’accentue de décennie en décennie, comme le relaye Inès Otosaka.
Le rôle déterminant des océans plus chauds dans l’accélération de la fonte
La majeure partie de cette perte de masse colossale est liée à des températures océaniques plus élevées, qui poussent les glaciers à déverser davantage de glace dans la mer. Environ 84 % de la perte de glace est directement liée à un écoulement accru vers les océans, tandis que les processus de surface ne représentent que les 16 % restants.
Une eau de mer plus chaude érode la glace par en dessous et autour des bords des glaciers, accélérant leur progression. Au Groenland, le glacier Jakobshavn recule ainsi de 50 mètres par jour, selon les observations de la chercheuse.
Impact direct sur l’élévation globale du niveau des mers
La disparition de ces 11 300 milliards de tonnes de glace a contribué à une élévation du niveau moyen des mers d’environ 3 centimètres à l’échelle mondiale depuis 1979. Même de faibles augmentations de niveau comportent des risques majeurs pour les populations côtières.

Eric Rignot, spécialiste de la cryosphère à l’université de Californie à Irvine, a indiqué via TimesLIVE que les calottes glaciaires fondent rapidement, que les régions polaires sont en train de fondre, et que le niveau de la mer s’élève à l’échelle mondiale, ce qui ne fera qu’exacerber la vulnérabilité des régions côtières. Eric Rignot, spécialiste de la cryosphère à l’université de Californie à Irvine, via TimesLIVE
Pour chaque centimètre d’élévation du niveau de la mer, on estime que deux à trois millions de personnes supplémentaires se trouvent exposées chaque année à des inondations côtières.
Perspectives et inertie climatique à long terme
Bien que la perte de glace ait connu un ralentissement temporaire entre 2020 et 2023 en raison de variations météorologiques à court terme — telles qu’un enneigement record sur l’est de l’Antarctique et des étés plus doux au Groenland —, les scientifiques soulignent qu’il ne s’agit pas d’une inversion de tendance.

La réaction des calottes glaciaires au changement climatique peut prendre des décennies, ce qui signifie que la fonte et ses conséquences sur les littoraux pourraient se poursuivre durablement même en cas de maîtrise du réchauffement de la planète.