Le réseau de vidéosurveillance et de caméras ANPR de la Région bruxelloise fait face à des défaillances massives, avec 23 % d’appareils hors d’usage et 320 équipements stockés depuis 2022 sans avoir jamais servi, fragilisant la lutte contre le narcotrafic et les fusillades dans la capitale.
La question de la sécurité publique à Bruxelles se heurte à des dysfonctionnements matériels et logistiques d’envergure.
Un réseau de caméras ANPR en partie défectueux et sous-exploité
La gestion des dispositifs de vidéosurvegarde et de reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation souffre d’un manque de suivi opérationnel. D’après des données fournies par Irisnet, la société régionale chargée du développement d’infrastructures et de services de télécommunications, près de 23 % des 498 caméras du réseau sont actuellement défectueuses et hors d’usage, un pourcentage en augmentation selon L’Echo.
Ce taux d’indisponibilité s’accompagne d’un rendement particulièrement faible des données récoltées. L’administration fiscale régionale, Bruxelles Fiscalité, ne parvient à exploiter que 48 % des 13.700 flashs annuels générés par ces équipements. À ces dysfonctionnements techniques s’ajoute un stock d’appareils totalement inactifs : 320 caméras de surveillance dorment encore dans leurs cartons, achetées en 2022 pour le projet Smartmove de péage urbain bruxellois, abandonné sans avoir jamais vu le jour, et n’ayant jamais été utilisées, précise L’Echo. Concernant les zones de police, les chiffres du gouvernement bruxellois indiquent qu’environ 95 % des caméras de vidéoprotection sont exploitables, tandis que la zone Midi (Saint-Gilles, Anderlecht, Forest) affiche un taux de 20 % de caméras hors d’usage.
Face à cette situation qualifiée de chaotique, le ministre-président bruxellois Boris Dilliès (MR) a reconnu qu’un travail de fond était indispensable. Il a souligné dans L’Echo la nécessité de simplifier sa gestion, de limiter le nombre d’interlocuteurs et d’améliorer le taux de fonctionnement.
L’impact direct des fusillades et le désarroi des riverains
Ces défaillances technologiques interviennent dans un climat particulièrement tendu sur le terrain. À Saint-Gilles, sur la place dite des deux bancs
, connue pour abriter un point de deal de crack et de marijuana, les habitants vivent sous la menace constante des règlements de comptes armés. Des tirs d’armes automatiques y ont récemment semé l’effroi, les enquêteurs ayant relevé au moins 18 impacts de balles sur les lieux, selon des témoignages recueillis par la RTBF.
« Au moins 18 impacts de balles sont relevés sur place par les enquêteurs. Juliette, maman de trois enfants et habitante du quartier, est un peu dépitée. ‘C’est la deuxième fois qu’il y a des coups de feu ici en quelques jours’, se lamente-t-elle. ‘En fait, il y a eu des tirs à la Kalachnikov dans la rue, juste ici à côté’. »
RTBF, reportage sur place à Saint-Gilles
Face à la récurrence de ces violences, les citoyens s’organisent pour réclamer des réponses concrètes des pouvoirs publics. Des rassemblements citoyens ont notamment été initiés, à l’appel d’habitantes comme Juliette, pour exiger des actions en matière d’éducation et un meilleur encadrement pour les jeunes en errance ou désœuvrés, souvent utilisés par les gangs pour dealer ou mener ces fusillades, rapporte la RTBF.
Le débat politique sur le retour des brigades de proximité
Au-delà de la question des équipements électroniques, les discussions en commission parlementaire régionale, relayées par L’Avenir, se sont orientées vers les méthodes de terrain et le manque d’agents visibles. Plusieurs élus ont remis sur la table l’idée d’une police de proximité calquée sur le modèle japonais des Koban, de petites antennes de police implantées au plus près des habitants.

L’ancien bourgmestre de Forest et député bruxellois Marc-Jean Ghyssels (PS) a ainsi regretté la disparition de ces structures, estimant que On n’en serait peut-être pas là si les Koban avaient été maintenus. On a perdu nos agents de quartier
. Un avis partagé par la députée Sofia Bennani (Les Engagés), qui juge que le retour de ces antennes est nécessaire dans ces quartiers.

Toutefois, cette vision ne fait pas l’unanimité auprès des bourgmestres des communes concernées. Jean Spinette, bourgmestre socialiste de Saint-Gilles — commune qui a possédé un Koban sous la forme de la brigade Uneus —, réagit en affirmant que C’est toujours la même chose de dire que c’était mieux avant
et rappelle que ces équipes reposaient sur des initiatives financées directement par les communes. Son homologue forestois, Charles Spapens (dont la commune accueillait la brigade Silva), abonde dans le même sens en soulignant que la zone Midi dispose déjà de brigades de proximité. Par ailleurs, Jean Spinette insiste sur le fait que les forces de l’ordre sont en flux tendu en raison de missions multiples (manifestations, matchs de football, opérations fédérales, surveillance du Palais de justice et transferts de détenus) qui se font au détriment de la présence dans les quartiers.
Coordination renforcée et mesures annoncées
Pour tenter de reprendre le contrôle de la situation, la Région a validé une série de mesures d’urgence, comprenant le renfort de 40 policiers fédéraux, le déploiement de 20 caméras supplémentaires ainsi que des recommandations destinées aux bourgmestres pour mieux coordonner les interventions, rapporte L’Avenir. Autre annonce majeure relayée par le même média : la désignation imminente d’un commissaire régional aux drogues, appelé à jouer un rôle de coordination dans la lutte contre le trafic de stupéfiants à Bruxelles.

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