Le Maroc s’impose comme le deuxième fournisseur de poivrons de l’Union européenne au premier semestre 2026, dépassant les Pays-Bas, tout en préparant la riposte de sa filière de fruits et légumes face aux nouvelles exigences sanitaires et réglementaires de Bruxelles concernant l’accès au marché européen.
La filière agricole marocaine vient de franchir une étape historique sur le marché communautaire des poivrons. Au cours des six premiers mois de l’année 2026, les volumes exportés par le Royaume ont atteint 123,07 millions de kilogrammes, selon les données publiées par la plateforme spécialisée Hortoinfo. Cette performance permet au Maroc de s’emparer de la deuxième place européenne avec une part de marché, devançant pour la première fois les Pays-Bas, dont les livraisons se sont établies à 121,27 millions de kilogrammes, soit une part du total. La première place reste occupée par la région espagnole d’Almería.
Cette percée illustre la progression fulgurante des exportations horticoles marocaines sur une période de neuf ans.
Bruxelles durcit les règles sur les pesticides et cible les importations
Alors que ses volumes de production s’accroissent, le Maroc fait face à un nouveau tour de vis réglementaire de la part de l’Union européenne. La Commission européenne étudie actuellement un rapprochement plus strict des règles de production pour certaines substances, dans le but d’empêcher que les pesticides les plus dangereux, interdits dans l’agriculture européenne pour des raisons sanitaires ou environnementales, ne reviennent sur le marché communautaire par le biais des produits importés, selon Bladi. Les limites maximales de résidus doivent déjà être respectées, mais ces nouvelles modalités restent à définir.
Ces scénarios d’impact européens placent la production marocaine directement sous surveillance, en particulier ses tomates. Une étude citée par Bladi avait chiffré à 2,8 milliards de dollars les exportations marocaines potentiellement exposées à ces évolutions normatives, un montant qui désigne des échanges concernés par les scénarios étudiés et non des ventes d’ores et déjà perdues. Par ailleurs, la source rappelle que le Maroc fournit 8 % des fruits et légumes importés par l’Union européenne, tout en apparaissant peu dans les alertes relatives aux pesticides.
Mobilisation à Agadir et atouts logistiques de Tanger Med
Pour répondre à ces mutations annoncées, la structure Maroc Foodex a réuni à la mi-septembre des professionnels marocains et européens à Agadir afin d’examiner les changements attendus sur les marchés de l’Union européenne et du Royaume-Uni. La rencontre a notamment rassemblé plus de trente intervenants, parmi lesquels des représentants de Freshfel Europe et du Fresh Produce Consortium britannique, d’après les informations recueillies par Bladi auprès d’Eurofruit.

Les conclusions de ces échanges se veulent résolument offensives. Les participants estiment que la filière marocaine est bien placée pour s’adapter à ces exigences et accroître ses exportations. Le lendemain de la réunion, la délégation a visité le centre de recherche Maroc Citrus dans la région du Souss — où sont développées des méthodes de lutte intégrée contre la mouche des fruits — ainsi qu’une station de tri et de conditionnement de tomates destinées au marché européen.
Dans sa stratégie de défense et de conquête, le Maroc s’appuie également sur des infrastructures de transport performantes. En période de pointe, environ 700 camions de produits frais traversent ce complexe portuaire chaque jour avant d’être acheminés vers l’Espagne, permettant au Royaume de préparer ses méthodes de production et d’utiliser cette transition réglementaire comme un levier pour viser de nouveaux volumes à l’exportation.