Home DivertissementA former Tory councillor tried to ban my novel Pigeon English. Why should pupils suffer because of him? | Books

A former Tory councillor tried to ban my novel Pigeon English. Why should pupils suffer because of him? | Books

by Antoine Girard

Une polémique éclate au Royaume-Uni après le retrait temporaire d’un roman pour adolescents des programmes scolaires, ravivant le débat sur la place de la littérature engagée dans l’éducation. Cet incident, survenu dans un établissement scolaire du Dorset, fait écho à des restrictions similaires à l’accès à l’information observées ailleurs dans le monde, notamment en Afghanistan.

L’établissement de Weymouth a retiré de sa liste de lecture de quatrième année le roman The Hate U Give d’Angie Thomas, suite à l’objection d’un parent, James Farquharson, ancien conseiller conservateur. Bien que le livre reste disponible à la bibliothèque de l’école, son retrait des salles de classe a suscité l’inquiétude. Certains y voient une priorité donnée au confort personnel au détriment du droit des élèves à accéder à des œuvres littéraires qui les interpellent, même si elles abordent des sujets difficiles.

Vicky McNab, mère d’enfants métissés scolarisés dans cet établissement, a lancé une campagne pour la réintégration du livre. Elle a partagé la lettre originale de M. Farquharson, dans laquelle il exprimait son incompréhension face à l’importance d’aborder les questions de racisme, illustrées dans le roman par le meurtre d’un adolescent noir par un policier blanc. M. Farquharson suggérait que l’école se concentre sur des ouvrages promouvant « l’héritage culturel » des élèves, impliquant ainsi, selon Mme McNab, une vision monolithique de la culture et une volonté de renforcer une forme d’allégeance nationaliste.

L’œuvre de Stephen Kelman, Pigeon English, est également soumise à un examen similaire, toujours à l’initiative de M. Farquharson. Ses objections, exprimées sur Facebook après la lecture des treize premières pages et une recherche d’avis en ligne, portent sur l’utilisation d’un langage grossier et la représentation de la violence et de comportements sexuels. Pigeon English explore des thèmes similaires à The Hate U Give, notamment les injustices sociales, s’inspirant de l’expérience de l’auteur dans un quartier défavorisé de Luton dans les années 1980 et 1990, ainsi que du meurtre de Damilola Taylor, un écolier nigérian poignardé à mort à Londres en 2000.

Pigeon English, initialement destiné à un public adulte, a été intégré au programme du Brevet des collèges (équivalent du GCSE) en 2015, sous l’égide d’un secrétaire d’État conservateur à l’Éducation. L’auteur souligne que ce choix témoigne de la valeur pédagogique du roman, offrant aux élèves un espace de discussion contrôlé sur des sujets pertinents pour leur vie. Il rapporte les témoignages d’enseignants qui constatent un engagement plus profond des élèves avec ce livre, ainsi que leur sentiment d’être enfin représentés et compris.

« Priver les élèves de cette opportunité, sous prétexte que le chemin pourrait être difficile, reviendrait à entraver leur développement personnel », affirme Stephen Kelman. Il ne constate pas de traumatisme chez les élèves qui lisent son œuvre, mais plutôt un plaisir intellectuel et émotionnel. Il estime que les jeunes sont capables de comprendre des contenus complexes, et que la discussion en classe permet de développer leur empathie, leur résilience et leur esprit critique.

L’auteur dénonce une tendance à éviter le malaise, qu’il associe à une forme de bigoterie et à une peur de la confrontation. Il compare cette attitude à celle qui a conduit à la censure de l’art dans le passé, citant l’exemple de la Madonna di Loreto de Caravage, qui choqua Rome en 1606 par sa représentation réaliste de la pauvreté. Il plaide pour une littérature qui explore la complexité de la condition humaine, y compris ses aspects les plus sombres.

Stephen Kelman évoque ses propres expériences de lecture, qui ont été marquées par un sentiment d’inconfort et de remise en question. Il cite Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, Paddy Clarke Ha Ha Ha de Flann O’Brien et Abattoir-5 de Kurt Vonnegut comme des œuvres qui l’ont profondément marqué et contribué à former sa sensibilité et son engagement.

Il met en garde contre les dangers d’une société qui cherche à éviter la confrontation avec la réalité, soulignant le succès actuel de mouvements populistes qui exploitent la peur et la division. Il estime que la capacité à faire face au malaise est essentielle pour développer l’empathie et la compréhension mutuelle, et que les écoles ont un rôle crucial à jouer dans cette démarche.

Pigeon English de Stephen Kelman (Bloomsbury Publishing PLC, 9,99 £).

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