La NASA lancera le 27 juin 2026 le vaisseau Link, développé par Katalyst Space, pour tenter de sauver l’observatoire Neil Gehrels Swift. Propulsé par une fusée Pegasus XL depuis un avion Lockheed L-1011 Stargazer, ce vaisseau doit relever l’orbite du télescope avant que celui-ci ne rentre dans l’atmosphère terrestre.
L’opération s’apparente à une course contre la montre. Lancé le 20 novembre 2004 pour étudier les sursauts gamma, le télescope Swift subit une dégradation orbitale accélérée par le traînée atmosphérique, un phénomène accentué par une activité solaire récente selon NASA Science. Sans intervention, l’astrophysique risquait une rentrée incontrôlée d’ici la mi-2026.
Le Lockheed L-1011 Stargazer : un dernier vestige pour un lancement critique
Pour acheminer le vaisseau Link en orbite, la NASA a mobilisé un vecteur de lancement atypique : le Lockheed L-1011 Stargazer. Construit en 1974 comme avion de ligne, cet appareil a été converti en 1994 en plateforme de lancement aérien pour la fusée Pegasus XL, comme le rapporte Gizmodo. Le Stargazer est aujourd’hui le seul exemplaire opérationnel de son type capable de lancer des fusées orbitales depuis les airs.

Le processus est précis : l’avion transporte la fusée à 12 000 mètres d’altitude avant de la lâcher. Après une chute libre de cinq secondes, le premier étage de la Pegasus XL s’allume pour propulser la charge utile vers l’espace. Ce choix technique n’est pas fortuit. Swift orbite avec une inclinaison de 20,6 degrés pour éviter l’anomalie du Sud Atlantique, une zone de faiblesse magnétique exposant les satellites aux radiations. La Pegasus XL est, selon les sources, la seule fusée capable d’atteindre ce plan orbital tout en respectant les contraintes budgétaires de la mission.
L’acquisition de la fusée a suivi un chemin sinueux. Ars Technica précise que les deux dernières fusées Pegasus XL appartenaient initialement à Stratolaunch, l’entreprise du cofondateur de Microsoft Paul Allen. Après le décès de ce dernier en 2018, Northrop Grumman a pu revendre ces exemplaires, l’un à la Space Force en 2021 et le dernier à Katalyst l’année dernière.
L’urgence technique : cap sur l’échéance d’octobre
Le facteur temps est l’ennemi principal de cette mission. Pour que le vaisseau Link puisse capturer et propulser Swift, le télescope doit se trouver à une altitude supérieure à 300 kilomètres. Brad Cenko, chercheur principal pour Swift au Goddard Space Flight Center de la NASA, estime que ce seuil critique sera atteint en octobre 2026 selon SpaceNews.

Le développement de Link a été marqué par une rapidité inhabituelle pour les standards spatiaux. Sélectionnée en septembre dernier via un contrat de 30 millions de dollars, Katalyst Space a conçu le vaisseau en moins d’un an. Kieran Wilson, chercheur principal pour Link chez Katalyst, a souligné l’urgence imposée par la NASA :
“Sur les neuf derniers mois, nous sommes passés d’une page blanche à un vaisseau spatial qui est actuellement intégré sur une fusée, sur un avion, prêt à partir pour Kwajalein pour le lancement. C’est un calendrier de développement absolument sans précédent.
Cette accélération a surpris même les cadres de l’agence. Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division d’astrophysique de la NASA, a admis lors d’un briefing le 17 juin que “personne ne pensait que l’agence elle-même pourrait bureaucratiquement faire quelque chose d’aussi rapide”.
Le défi du grappin : capturer un satellite non préparé
Le risque majeur réside dans l’étape de capture. Contrairement aux satellites modernes conçus pour être entretenus, Swift ne possède aucun dispositif d’amarrage ou de fixation pour grappin. Link doit donc s’attacher à une structure pour laquelle elle n’a pas été prévue.
Pour pallier ce manque, Link est équipée de trois bras robotiques. La mission peut réussir même si un seul bras parvient à se fixer. Le vaisseau Link devra inspecter Swift à une distance de quelques dizaines de mètres pour identifier des points d’accroche exempts de débris, comme des morceaux d’isolation multicouche qui pourraient gêner la capture.
Heureusement, Swift reste opérationnelle et peut contrôler son attitude, ce qui facilite le rendez-vous orbital. Kieran Wilson décrit le télescope comme un “partenaire non préparé mais coopératif”.
Un nouveau paradigme pour les partenariats public-privé
Au-delà du sauvetage d’un instrument scientifique, cette mission teste un nouveau modèle opérationnel. L’utilisation d’une start-up pour une mission de réponse rapide change la donne pour la maintenance des flottes spatiales de la NASA. Robert Lamontagne, vice-président des partenariats stratégiques chez Katalyst, voit dans Link un “modèle pour les partenariats commerciaux et gouvernementaux”.

L’enjeu scientifique justifie cet effort. Selon Northrop Grumman, Swift a détecté plus de 1 700 sursauts gamma depuis 2004, permettant notamment de découvrir qu’une catégorie de ces explosions provient de la fusion d’étoiles à neutrons formant des trous noirs.
Le succès de Link permettrait non seulement de prolonger la vie d’un observatoire iconique, mais aussi de valider la possibilité de missions de maintenance robotique rentables pour d’autres actifs spatiaux en détresse. Le lancement depuis l’atoll de Kwajalein, dans le Pacifique, marquera le début de cette phase critique.
Si le risque résiduel reste élevé — notamment pour les opérations en orbite — la simple capacité d’avoir mobilisé un avion vintage et un vaisseau conçu en neuf mois est déjà perçue comme une victoire programmatique par les responsables de la NASA.
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