Huit ans d’attente ont pris fin : A$AP Rocky, figure emblématique du rap new-yorkais, publie enfin son quatrième album, Don’t Be Dumb. Un retour attendu, marqué par une exploration musicale audacieuse et un regain de l’énergie qui a fait sa renommée.
L’absence de Rocky était notable dans un paysage hip-hop où même des artistes de premier plan comme Tyler, the Creator, son collaborateur, multiplient les sorties d’albums. Ces dernières années, l’artiste n’est pourtant pas resté inactif. Sa relation avec la superstar de la pop Rihanna, avec laquelle il a désormais trois enfants, a fait de lui un habitué des médias. Il a également été acquitté en 2023 d’accusations de coups de feu sur un ancien ami, évitant ainsi une peine pouvant aller jusqu’à 24 ans de prison. Par ailleurs, Rocky s’est distingué en tant qu’acteur, notamment dans les films If I Had Legs I’d Kick You, aux côtés de Rose Byrne, et Highest 2 Lowest, réalisé par Spike Lee et mettant en vedette Denzel Washington.
Don’t Be Dumb se présente comme une tentative de concilier les différentes facettes de l’artiste. L’album, d’une durée d’une heure, abandonne les expérimentations avant-gardistes et les incursions dans le chant qui caractérisaient son précédent opus, Testing (2018). Il retrouve une partie de l’attitude provocatrice et énergique qui avait marqué son premier album majeur, Long.Live.A$AP (2013). Cependant, l’album n’est pas sans défauts. Certains morceaux manquent de profondeur dans leurs paroles, tandis que d’autres semblent surchargés de production.
Malgré ces quelques faiblesses, l’album reste cohérent et agréable à écouter. La liste des collaborations est impressionnante, avec des noms tels que Hans Zimmer, Tyler, the Creator et Jessica Pratt. Mais A$AP Rocky reste au centre de l’attention, et sa présence est indéniable.
Le titre Stole Ya Flow, présenté comme une réponse à Drake, illustre parfaitement cette énergie retrouvée. Rocky y affiche son plaisir à rapper des paroles provocatrices : « Les filles se font des BBLs / On a de la chance de ne pas les critiquer », lance-t-il, savourant l’ironie de cette pseudo-altruisme. (Drake a nié avoir subi des interventions de chirurgie esthétique.) Sur Playa, l’artiste adopte un ton plus paternaliste, prodiguant des conseils amoureux, certes spécifiques et un peu cyniques : « Pas de preuves, ne texte pas. » Air Force (Black Demarco) propose un mélange audacieux de rythmes glitchy et de rock psychédélique, un clin d’œil subtil à ceux qui avaient critiqué l’orientation indie de Testing.
L’album n’est pas exempt de moments plus faibles. Sur Helicopter, Rocky observe que les gens « feraient n’importe quoi pour une coche bleue » (sur X), une remarque qui souligne son rôle de père de trois enfants. Sur la collaboration avec Gorillaz, Whiskey, il semble se perdre dans un flux de conscience décousu : « Ivre, embrasse-moi si fort, ils construisent des ponts / Je ne brûle pas de ponts / J’essaie de me retenir, je ne brûle pas d’amitiés », marmonne-t-il, sa léthargie menaçant de submerger l’ensemble du morceau.
Heureusement, ces passages plus mous sont compensés par les moments les plus dynamiques de Don’t Be Dumb. L’album s’avère être le plus abouti de Rocky depuis ses débuts, porté par une légèreté qu’il semblait avoir perdue. Les fans déçus par Testing peuvent se réjouir : A$AP Rocky est de retour, et il a retrouvé son groove.
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