Une équipe internationale de chercheurs a découvert de l’ADN humain vieux d’au moins 2 000 ans sur les parois de grottes en Espagne et au Portugal. Révélée le 25 juin 2026, cette avancée prouve que les surfaces rocheuses peuvent conserver du matériel génétique, offrant une nouvelle méthode pour étudier les populations préhistoriques.
L’ADN retrouvé dans les grottes d’Escoural et de Covarón
L’analyse de parois rocheuses dans la péninsule ibérique a permis l’extraction de cinq échantillons d’ADN humain authentiques datant d’au moins 2 000 ans. Selon Xinhua, les chercheurs ont détecté ce matériel génétique dans une croûte de calcite pigmentée à la grotte d’Escoural, au Portugal, ainsi que dans plusieurs échantillons de parois non pigmentées à Escoural et dans la grotte de Covarón, en Espagne.

Cette découverte marque la première preuve scientifique que les parois des grottes peuvent préserver l’ADN humain pendant des millénaires. Jusqu’à présent, les chercheurs s’appuyaient quasi exclusivement sur des substrats traditionnels comme les ossements, les sédiments ou les outils en os pour reconstituer le patrimoine génétique ancien. L’extraction d’ADN à partir de surfaces minérales représente un changement de paradigme, car elle permet d’accéder à des informations biologiques là où aucun reste organique macroscopique n’a été conservé.
La préservation de cet ADN est rendue possible par la formation de croûtes de calcite. Ce processus géologique, où le carbonate de calcium précipite sur la roche, crée une sorte de capsule protectrice qui scelle les molécules organiques, les protégeant de l’oxydation et de la dégradation par les micro-organismes environnants.
Le projet « First Art » et la méthodologie d’extraction
L’étude s’inscrit dans le cadre du projet « First Art », une initiative coordonnée depuis Cáceres et publiée dans la revue Nature Communications. Comme le rapporte Euronews, ce travail a été mené par des équipes originaires d’Espagne, du Portugal, du Royaume-Uni, d’Allemagne et de Chine, avec la collaboration du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology.
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L’approche a consisté à analyser 24 panneaux d’art rupestre répartis dans onze grottes. Les techniques d’extraction et de séquençage avancées ont permis de cibler des nodules ou des croûtes de calcite contenant des pigments. L’objectif initial était de dater les expressions artistiques les plus anciennes de la péninsule ibérique et d’en analyser la composition chimique, avant d’intégrer l’étude de l’ADN ancien.
La datation de l’art rupestre est traditionnellement complexe car les pigments minéraux, comme l’ocre, ne contiennent pas de carbone organique datable. En analysant la calcite qui s’est déposée sur les peintures, les chercheurs peuvent établir un âge minimum pour l’œuvre. L’ajout de l’analyse génétique à ce processus permet désormais de lier l’œuvre d’art non seulement à une époque, mais potentiellement à des individus spécifiques.
Analyse génétique et données techniques
Les résultats révèlent une diversité de profils génétiques parmi les échantillons récupérés. Sur les traces d’ADN identifiées, trois proviennent de femmes, une d’un homme, tandis que le sexe du cinquième échantillon n’a pu être déterminé avec certitude.
L’étude publiée par Nature apporte des précisions quantitatives sur la richesse de ces dépôts. À la grotte de Covarón, un échantillon s’est révélé exceptionnellement riche, produisant 26 946 fragments d’ADN mitochondrial humain uniques, avec un taux de contamination humaine contemporaine minimal estimé à 0,1 %.
L’utilisation de l’ADN mitochondrial est cruciale dans ce type de recherche, car il est présent en plusieurs copies par cellule, augmentant ainsi les chances de récupération dans des échantillons très dégradés. Le faible taux de contamination confirme que les séquences analysées appartiennent bien aux populations anciennes et non aux chercheurs ou aux visiteurs modernes du site.
Le volume total de prélèvements a été conséquent pour garantir la fiabilité des données :
- 54 échantillons collectés sur 24 panneaux d’art rupestre.
- 37 échantillons provenant de nodules ou croûtes de calcite pigmentée.
- Analyses complémentaires sur des sédiments dans les grottes de Covarón, Cudón et Les Pedroses.
- Identification d’ADN de mammifères marins, notamment le cachalot, à Les Pedroses.
L’émergence d’archives biologiques non invasives
L’implication majeure de ces travaux réside dans la transformation des parois rocheuses en sources de données. En accédant directement aux surfaces, les scientifiques peuvent désormais identifier le sexe biologique, l’ascendance génétique et les mouvements des populations ayant fréquenté ces sites sans avoir à perturber les dépôts archéologiques au sol.

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Canal Extremadura, via EuronewsCette méthode offre une voie d’investigation inédite pour identifier les créateurs d’œuvres rupestres et comprendre l’utilisation des grottes par les populations préhistoriques. Les chercheurs soutiennent que ces surfaces constituent de véritables « archives biologiques » de l’activité humaine passée.
Contrairement aux fouilles traditionnelles qui nécessitent l’extraction de squelettes ou de dents — souvent absents ou trop fragmentés dans les grottes utilisées uniquement comme sanctuaires ou ateliers d’art — l’analyse des parois permet de capter l’empreinte génétique laissée par le simple contact physique ou les sécrétions biologiques des individus.
L’utilisation de techniques minimalement invasives devrait permettre d’étendre ce type d’analyse à d’autres sites et expressions artistiques à travers le monde, réduisant ainsi les risques de dégradation des sites archéologiques tout en augmentant la précision des données démographiques anciennes.
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