Publié le 4 décembre 2025 à 22h31. Des accusations de compromission de la sécurité nationale pèsent sur le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Hegseth, après la révélation de l’utilisation d’une application de messagerie sécurisée pour discuter d’opérations militaires sensibles. L’affaire s’alourdit avec des interrogations sur des frappes controversées en mer des Caraïbes, potentiellement illégales au regard du droit international.
- Le secrétaire à la Défense, Lloyd Hegseth, est accusé d’avoir partagé des informations classifiées via l’application Signal, mettant potentiellement en danger des soldats américains.
- Des frappes américaines en mer des Caraïbes contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue font l’objet d’une enquête du Congrès, notamment après la mort de survivants après une seconde attaque.
- L’administration Trump a adopté une politique controversée consistant à qualifier les trafiquants de drogue présumés de “combattants illégaux”, ouvrant la voie à des opérations létales.
L’affaire Hegseth a pris une tournure explosive ces derniers mois, après que des informations secrètes concernant une frappe militaire planifiée contre les Houthis au Yémen, soutenus par l’Iran, ont été divulguées via l’application Signal. Selon un rapport partiellement expurgé du Pentagone rendu public jeudi, le secrétaire à la Défense aurait utilisé ce canal de communication non sécurisé avec d’autres responsables gouvernementaux. Cette pratique soulève de sérieuses questions quant à la sécurité des informations sensibles et à la potentielle mise en danger des forces américaines.
Le rapport souligne que, bien que M. Hegseth ait le pouvoir de déterminer le niveau de classification des informations qui lui sont communiquées, l’utilisation de son téléphone personnel et d’applications commerciales non autorisées comme Signal constitue une violation des directives du Pentagone. « Les actions du secrétaire représentent un risque pour la sécurité opérationnelle qui aurait pu compromettre les objectifs de la mission américaine et mettre en danger les pilotes américains », est-il précisé dans le document.
La divulgation de ces informations a été rendue possible par une erreur : un journaliste du magazine The Atlantic a été accidentellement ajouté au groupe Signal et a publié des extraits de la conversation. Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a minimisé l’affaire, qualifiant l’enquête sur Platform X de « disculpation complète » pour M. Hegseth. Cependant, les démocrates ont appelé à sa démission, tandis que le président Donald Trump a dénoncé une « chasse aux sorcières ».
L’affaire Hegseth coïncide avec une érosion du soutien au sein du camp républicain, en partie à cause d’une autre controverse impliquant des opérations militaires américaines en mer des Caraïbes. Le 2 septembre, l’armée américaine a d’abord détruit un bateau suspecté de transporter de la drogue, puis a attaqué un second navire, tuant les deux survivants à bord.
Selon des experts, cette seconde attaque pourrait constituer un crime de guerre, car les hommes se trouvaient accrochés aux débris du premier bateau et ne représentaient apparemment aucune menace immédiate. Des critiques et certains élus dénoncent un possible dépassement de pouvoir. Les partisans de l’opération, en revanche, mettent en avant la planification opérationnelle détaillée.
Dans le cadre d’une politique controversée mise en œuvre par l’administration Trump, les trafiquants de drogue présumés sont considérés comme des combattants illégaux, justifiant des opérations létales. Jusqu’à présent, 21 missions de ce type ont été menées dans les Caraïbes et dans le Pacifique oriental, entraînant la mort de 83 personnes. Cette politique repose sur la classification américaine de ces opérations comme un conflit armé.
« Personnellement, je n’ai vu aucun survivant. »
Lloyd Hegseth, secrétaire américain à la Défense
M. Hegseth a déclaré avoir assisté à la première attaque sur le bateau, mais être parti par la suite pour un autre rendez-vous. Il affirme n’avoir vu aucun survivant, seulement de la fumée et du feu, qualifiant la situation de « brouillard de la guerre ». Il avait auparavant approuvé des plans opérationnels prévoyant le sauvetage des survivants, à moins qu’ils ne commettent des actes hostiles, comme tenter d’établir des contacts radio avec des membres présumés de cartels.
Le Congrès a ouvert une enquête sur l’incident du 2 septembre. L’amiral Frank M. Bradley, commandant responsable de l’opération, et le président des chefs d’état-major interarmées, Dan Caine, doivent témoigner devant les législateurs, selon le New York Times.
L’amiral Bradley a affirmé aux membres du Congrès qu’il n’avait pas reçu l’ordre de « tuer tout le monde », selon le sénateur républicain Tom Cotton et le président démocrate de la Chambre des représentants Jim Himes. M. Cotton a déclaré avoir visionné une vidéo de l’attaque montrant la présence de deux survivants. Il a justifié la seconde attaque en affirmant que les hommes continuaient de manipuler de la drogue, bien qu’aucune preuve ne le confirme. M. Himes a qualifié les images de « l’une des choses les plus troublantes dont j’ai été témoin au cours de ma carrière dans la fonction publique ».
Le Pentagone n’a pas envoyé d’experts juridiques à la réunion avec les législateurs, malgré les questions soulevées quant au fondement juridique des attaques contre des bateaux civils – une absence jugée inexplicable par plusieurs élus. Les responsables présents n’ont pas été en mesure d’expliquer la stratégie et la portée de la mission.
Le sénateur républicain Rand Paul a vivement critiqué les actions du Pentagone et de M. Hegseth, jugeant non seulement la seconde frappe illégale, mais aussi l’ensemble des opérations. Il estime qu’il est illégal d’utiliser la force meurtrière sans preuve préalable de trafic de drogue, surtout lorsque les bateaux se trouvent à des milliers de kilomètres des États-Unis. M. Paul remet ainsi en question le discours de l’administration Trump selon lequel ces bateaux et leurs occupants constitueraient une menace imminente pour les États-Unis.
