Publié le 30 octobre 2025 18h50. Malgré les tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine, les pays d’Asie du Sud-Est, réunis à Kuala Lumpur pour le 47e sommet de l’ASEAN, privilégient une stratégie d’équilibre, refusant de s’aligner sur l’une ou l’autre superpuissance. Cette approche, bien que pragmatique, soulève des questions quant à la capacité du bloc régional à exercer une influence stratégique collective.
- L’ASEAN a mis à niveau son accord de libre-échange avec la Chine, tout en concluant de nouveaux accords commerciaux avec les États-Unis.
- Les États membres de l’ASEAN semblent privilégier les accords bilatéraux aux négociations collectives, affaiblissant ainsi l’influence institutionnelle du bloc.
- Les États-Unis ont profité de la situation pour s’immiscer dans un processus de paix entre la Thaïlande et le Cambodge, reléguant l’ASEAN à un rôle secondaire.
Le sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui s’est tenu du 26 au 28 octobre à Kuala Lumpur, a révélé une volonté affirmée de ne pas prendre parti dans la rivalité géopolitique entre Washington et Pékin. L’adhésion récente du Timor oriental, devenant le 11e membre de l’organisation, n’a pas modifié cette orientation. Les dirigeants des pays membres ont adopté une stratégie consistant à entretenir des relations économiques et sécuritaires avec les deux grandes puissances, évitant ainsi de se retrouver contraints de choisir un camp.
Le Premier ministre malaisien, Anwar bin Ibrahim, a incarné cette position dans son discours d’ouverture, en plaidant pour le « dialogue plutôt que la coercition, l’équilibre plutôt que les alternatives binaires, la coopération plutôt que la confrontation ». Cette approche pragmatique, bien que compréhensible, masque une réalité plus complexe : l’ASEAN peine à transformer son potentiel en influence concrète.
Le modèle de consensus qui caractérise l’ASEAN, historiquement, limite sa capacité à agir de manière décisive. Les États membres privilégient souvent les accords bilatéraux, perçus comme plus avantageux à court terme, ce qui permet aux grandes puissances d’exploiter les divisions internes. Cette tendance s’est confirmée juste avant le sommet, avec la signature d’accords commerciaux entre les États-Unis et la Malaisie, le Cambodge, le Vietnam et la Thaïlande. Plusieurs de ces accords incluent des dispositions qui pourraient être interprétées comme une volonté de contrer l’influence chinoise, notamment des mesures inédites en matière de contrôle des exportations, de sanctions et d’investissements. Ces accords, bien qu’ils renforcent les relations bilatérales et garantissent l’accès au marché américain, fragilisent le rôle central de l’ASEAN sur la scène internationale.
Parallèlement, l’ASEAN a mis à niveau son accord de libre-échange avec la Chine (version 3.0), une décision qui vise à atténuer les pressions tarifaires, à réduire les barrières commerciales et à améliorer la connectivité des chaînes d’approvisionnement. L’organisation continue également de développer ses liens avec l’Union européenne, son troisième partenaire commercial après la Chine et les États-Unis, même si Bruxelles privilégie également les accords bilatéraux avec des pays comme l’Indonésie, Singapour et le Vietnam. Des négociations sont en cours avec la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. L’Union européenne et l’ASEAN entretiennent des relations commerciales importantes.
L’ASEAN a également été marginalisée dans la résolution du récent conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge. L’implication américaine dans le processus de paix, et la volonté du président Donald Trump de s’attribuer le mérite d’un éventuel accord, ont mis en évidence les limites de la capacité de l’ASEAN à gérer les crises régionales.
Si les pays d’Asie du Sud-Est agissent par nécessité pour préserver leur flexibilité, cette stratégie risque d’éroder le cadre qui leur confère un poids stratégique collectif. Avec les Philippines, un membre de l’ASEAN plus enclin à défier Pékin, qui assurera la présidence du groupe en 2026, l’organisation pourrait avoir l’occasion de réaffirmer son rôle et son influence.
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