Une image saisissante, issue d’une série commandée par le Comité Paralympique Italien, révèle une approche singulière du portrait sportif. Le photographe Mattia Zoppellaro a capturé l’intimité des athlètes italiens en préparation des Jeux Paralympiques de Paris en 2024, privilégiant l’instantanéité et l’authenticité à la mise en scène.
L’œuvre, actuellement exposée dans le cadre du Taylor Wessing Portrait Photo Prize à la National Portrait Gallery de Londres jusqu’au 8 février, met en scène Donato Telesca, un haltérophile qui a par la suite remporté une médaille de bronze aux Jeux Paralympiques. L’image a été prise dans un studio, une situation inhabituelle pour Zoppellaro, qui préfère généralement travailler en extérieur.
« La photographie est pour moi un moyen d’apprendre, de déverrouiller de nouvelles choses qui m’intéressent. Je m’informe plutôt que d’essayer d’informer le spectateur », explique le photographe. Cette démarche l’a conduit à explorer des univers variés, de la scène rave des années 1990 à sa ville natale de Rovigo, qu’il a revisitée après l’avoir quittée pour mieux la comprendre.
Avant chaque séance, Zoppellaro accordait une demi-heure à la conversation avec ses sujets, sans aborder le projet photographique lui-même. Il posait des questions simples sur leur quotidien : « Qu’avez-vous fait hier ? Êtes-vous marié ? Quelle est la dernière série télévisée que vous avez aimée ? Quelle équipe de football soutenez-vous ? » Il considérait ce moment comme une collaboration essentielle, tout en laissant à chaque personne la liberté de se présenter naturellement.
L’image de Donato Telesca est née d’un instant de pause. Alors que l’athlète se reposait, adossé au sol, Zoppellaro a remarqué la présence fortuite d’une échelle dans le studio. « Donato, ne bougez pas ! », a-t-il alors demandé, avant de grimper sur l’échelle pour photographier l’haltérophile d’en haut. « Pour moi, la photographie doit être comme ça – spontanée et instinctive. Quelque chose attire mon attention et je veux le capturer. Je me sens plus comme un voleur que comme un peintre », confie-t-il.
Zoppellaro a délibérément choisi de ne pas dissimuler le cadre du studio, intégrant des éléments tels que la roue métallique de l’échelle et un morceau de ruban adhésif en forme de flèche. Une approche qui a d’abord suscité quelques inquiétudes auprès du Comité Olympique, mais qui a finalement été saluée pour son originalité. « J’aime entendre les interprétations des autres », précise-t-il. Certains spectateurs n’ont pas immédiatement réalisé que Donato Telesca était sans jambes, pensant qu’il adoptait simplement une position inhabituelle.
Le photographe préfère éviter d’expliquer ses œuvres, estimant que cela les dénature. Il souligne que la photographie doit parler d’elle-même, comme une chanson ou un poème. Il se souvient que Donato Telesca, en découvrant le portrait, a été « absolument ravi ».
Mattia Zoppellaro, né à Rovigo en 1980, a notamment photographié des personnalités telles que Lou Reed, Bono et Patti Smith. Il travaille actuellement sur un projet consacré au monde arabe dans le nord de l’Italie. Son conseil aux photographes : « Voyagez léger, vendez le trépied – et ne montrez pas les images à votre sujet avant d’avoir fait votre sélection. »
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