Publié le 5 janvier 2026. Angelo Binaghi, président de la Fédération italienne de tennis (Federtennis) depuis un quart de siècle, revient sur son parcours, de ses débuts sur les courts avec la légende Gigi Riva à son rêve de voir un Grand Chelem se dérouler en Italie.
- Angelo Binaghi a été deux fois champion d’Italie de double mixte et a atteint la 14e place au classement italien.
- Il souligne l’importance du développement du tennis en Italie et l’émergence de talents comme Jannik Sinner.
- Il plaide pour un investissement public pour accueillir un tournoi du Grand Chelem en Italie.
Fils d’un fondateur de club de tennis à Cagliari dans les années 1950, Angelo Binaghi a lui-même connu une carrière de joueur prometteuse, remportant deux titres nationaux en double mixte avec Paola Ippoliti, en 1980 et 1983. Il a également participé à deux Universiades, décrochant une médaille d’argent en double avec Raimondo Ricci Bitti. Bien qu’il n’ait pas poursuivi une carrière professionnelle à plein temps, préférant se concentrer sur ses études d’ingénieur, il a toujours maintenu un lien fort avec le monde du tennis.
Lorsqu’on lui demande de citer des joueurs caractérisés par la « vitesse, la puissance, une volée magnifique, des réflexes exceptionnels, une vision du jeu et surtout un service très puissant », il évoque les noms de Becker, McEnroe et Edberg. Il se souvient également avec affection d’une rencontre particulière à l’Universiade de Bucarest, où Giacomo Mazzocchi l’avait identifié comme le joueur possédant ces qualités.
Binaghi explique que son jeu était plus adapté au double qu’au simple, en raison de ses études. Il se décrit comme un « joueur de tennis intelligent », qui excellait dans les championnats universitaires, remportant six titres en simple et six en double. Il raconte qu’un grand champion l’avait qualifié de « plus forte des pipes », une expression qu’il prend avec humour.
Il se souvient d’une conversation avec un joueur de renom, dont il ne souhaite pas révéler le nom, qui lui avait fait remarquer que des personnes comme lui n’avaient pas choisi une carrière professionnelle par manque de courage. Binaghi rétorque que ce choix était motivé par sa volonté de terminer ses études d’ingénieur et d’embrasser une autre voie professionnelle.
S’il n’a jamais envisagé de devenir joueur professionnel, il ne le regrette pas. Il évoque également sa passion pour le basketball, où il était meneur de jeu dans une équipe salésienne qui a remporté le championnat régional. Il souligne que Gigi Riva, légende du football italien, était un ami et un partenaire de jeu de tennis occasionnel.
« J’y jouais au tennis en double : il courait et se battait comme un fou. Mais il n’aimait pas perdre. Alors, après avoir été battu par je ne sais plus qui, il a arrêté de venir au club et s’est consacré au golf. »
Angelo Binaghi, président de Federtennis
Binaghi insiste sur l’héritage de valeurs inestimables que Riva a transmis aux générations de Sardes. Il affirme que sa propre vie aurait été différente sans l’influence de cette figure emblématique, qui lui a appris l’importance du travail, du respect de l’adversaire et du sacrifice.
Son fils, Roberto, a également pratiqué le tennis, mais a finalement choisi de suivre une voie différente, obtenant un diplôme en économie en Floride. Binaghi se réjouit de ce choix, estimant qu’une carrière sportive exigeante aurait pu compromettre ses études.
Concernant la situation actuelle du tennis italien, Binaghi se félicite de la première place de l’Italie au classement ITF. Il attribue ce succès à une croissance constante sur vingt ans et à l’émergence de joueurs exceptionnels comme Jannik Sinner. Il souligne que la quête de performance de Sinner s’inscrit dans une dynamique positive, même si elle est indépendante de la Fédération.
Il met en avant l’importance d’un système de soutien complet, incluant la Coupe Davis, les tournois juniors et la seule chaîne de télévision thématique dédiée au tennis au monde. Il rappelle que l’Italie a réussi à attirer les finales ATP et Davis grâce à son expertise en matière d’organisation de tournois.
Interrogé sur la possibilité d’organiser un cinquième tournoi du Grand Chelem, Binaghi estime que Rome est le lieu idéal. Il critique le manque d’intérêt pour le tennis dans certains pays arabes, citant l’exemple du tournoi Next Gen à Milan, qui affichait complet, contrairement à celui de Djeddah.
Il plaide pour un investissement public conséquent, estimant qu’un dixième des 5 milliards d’euros alloués aux Jeux olympiques pourrait suffire à créer un actif durable et rentable pour l’Italie. Il chiffre l’impact économique potentiel d’un Grand Chelem à environ 4 milliards d’euros, avec des recettes fiscales supplémentaires d’environ 600 millions d’euros.
Binaghi évoque également la chance de voir l’essor du tennis italien coïncider avec l’organisation des finales ATP à Turin pendant dix ans. Il révèle que la Fédération n’avait initialement pas souhaité organiser ce tournoi, mais qu’une maire passionnée de tennis l’avait convaincue de saisir l’opportunité.
Il critique le manque de soutien du gouvernement, qui avait interdit à Sport e Salute de soutenir financièrement l’organisation du tournoi, considérant le tennis comme un sport de riches. Il affirme que la Fédération a réussi à renverser ce préjugé en démontrant que le tennis est un sport qui attire des investissements étrangers et offre des opportunités aux moins fortunés.
Enfin, il souligne l’importance du fair-play et de l’humilité, citant l’exemple de Jannik Sinner, qui a parfois dû renoncer à des compétitions pour préserver sa santé physique et mentale. Il rend hommage à Nicola Pietrangeli, dont il déplore l’absence d’hommage officiel lors de son décès, et se souvient de son engagement envers le tennis italien.
