Avec Willoughby Tucker, I Will Always Love You, Ethel Cain plonge à nouveau dans les méandres d’une relation amoureuse destructrice, explorant les thèmes de l’obsession, de la perte et de la culpabilité religieuse. Cet album, plus intime et mélancolique que son prédécesseur, se présente comme un prélude aux événements sombres dépeints dans Preacher’s Daughter.
L’album s’ouvre sur « Janie », une supplique désespérée adressée à l’être aimé, déjà sur le point de partir. Cain y exprime une vulnérabilité troublante, allant jusqu’à souhaiter la violence : « Tire sur moi, vas-y, blesse-moi », se considérant comme « méritant » la souffrance. Cette tonalité émotionnelle, où la solitude apparaît comme une menace plus grande que la douleur physique, imprègne l’ensemble de l’album. La peur de l’abandon pousse la chanteuse à justifier, voire à accueillir, les comportements toxiques de Tucker, pourvu qu’il ne la quitte pas.
Musicalement, Willoughby Tucker, I Will Always Love You s’éloigne des arrangements percutants de Preacher’s Daughter pour se rapprocher d’une ambiance cinématographique. Des interludes instrumentaux riches et atmosphériques, comme « Willoughby’s Theme » et « Radio Towers », créent un espace contemplatif et immersif. Ce dernier morceau, en particulier, intègre le bip d’un moniteur cardiaque, évoquant l’atmosphère angoissante d’une salle d’hôpital et brouillant les frontières entre fiction et réalité.
L’album se distingue également par son instrumentation plus acoustique, privilégiant les arrangements dépouillés et la voix brute, à l’opposé des guitares saturées et des productions complexes de son précédent travail. Des titres comme « A Knock at the Door » illustrent cette nouvelle approche, renforçant la vulnérabilité et l’intimité de l’ensemble.
Les thèmes de la mort et de la religion, déjà présents dans l’univers d’Ethel Cain, sont omniprésents dans Willoughby Tucker, I Will Always Love You. Des phrases telles que « J’espère mourir aujourd’hui » ou « Je veux mourir dans cette pièce » créent un sentiment d’inéluctable et de souvenirs fugaces. La chanteuse explore également la culpabilité religieuse à travers des lignes provocatrices comme : « Si tu n’as pas peur de Jésus, teste et vérifie par toi-même », faisant écho à des thèmes abordés dans ses œuvres antérieures.
L’utilisation de la répétition, comme une incantation, est particulièrement frappante. La phrase « I will always love you » (Je t’aimerai toujours) est répétée à plusieurs reprises, symbolisant le désir fondamental de ne pas être abandonnée. Au-delà des métaphores et des anecdotes, ces répétitions révèlent une requête simple et désespérée : « S’il te plaît, ne me quitte pas. »
Malgré la prise de conscience des aspects négatifs de leur relation, un lien profond et tenace unit Ethel Cain à Tucker. Le dernier morceau de l’album, « Waco, Texas », d’une durée impressionnante de 15 minutes et 15 secondes, clôt l’album sur un ton funèbre, hanté par les souvenirs d’un amour perdu. Si l’album peut être interprété comme un cheminement à travers les différentes étapes du deuil, « Waco, Texas » représente l’acceptation. L’amour, aussi intense soit-il, ne suffit pas à maintenir leur relation.
La dernière phrase de l’album, « It’ll never be good enough like I want to believe it is » (Ce ne sera jamais assez bien comme j’aimerais le croire), marque une résignation douloureuse et la nécessité de laisser partir.
Bien qu’elle apprécie l’album, l’artiste estime que la narration est moins cohérente que dans Preacher’s Daughter. Elle préfère néanmoins Willoughby Tucker, I Will Always Love You à son album précédent, Perverts, plus sombre et dominé par des ambiances instrumentales.
Ethel Cain a entamé sa tournée Willoughby Tucker, I Will Always Love You, qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’année, avec un premier concert au Royaume-Uni en octobre. L’album est disponible sur toutes les principales plateformes de streaming.
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