Le compte à rebours est lancé : les serveurs d’Anthem, le jeu multijoueur de BioWare, seront définitivement éteints dans dix jours, le 12 janvier 2026. Une fin programmée qui soulève une nouvelle fois la question de la pérennité des jeux vidéo à service continu.
L’annonce de la fermeture avait été faite par Electronic Arts (EA) l’été dernier. La décision, expliquait alors l’entreprise, était prise « après mûre réflexion ». À l’approche de la date fatidique, il reste encore incertain s’il y aura un événement particulier pour marquer la fin du jeu. Des informations sont actuellement recherchées à ce sujet.
La disparition d’Anthem est symptomatique d’une tendance qui frustre de nombreux joueurs : celle de jeux achetés qui deviennent ensuite inaccessibles lorsque les serveurs sont fermés. Cette situation a donné naissance à des mouvements comme « Stop Destroying Games » et « Stop Killing Games », qui tentent de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent en place des protections légales contre cette pratique.
Toutefois, maintenir un jeu en ligne engendre des coûts importants, notamment pour les serveurs. Si un jeu ne parvient pas à attirer une audience suffisamment large pour justifier ces dépenses – ce qui semble être le cas d’Anthem – la question se pose de savoir quelle est la meilleure solution : continuer à fonctionner à perte, ou bien rendre le code source à la communauté pour qu’elle puisse héberger ses propres serveurs ? Cette dernière option, cependant, est loin d’être simple à mettre en œuvre.
La fin d’Anthem prend une dimension particulière dans l’histoire de BioWare, studio réputé pour ses jeux de rôle solo. Le studio s’était alors lancé dans un pari audacieux, voire contraint, en développant un jeu multijoueur qui n’a pas rencontré le succès escompté. Comme l’a confié une source proche du projet, il s’agissait d’une « dichotomie » : un jeu qui tentait d’être à la fois une expérience BioWare et un jeu multijoueur, mais qui n’a finalement réussi à être ni l’un ni l’autre. Dans sa critique, Eurogamer décrivait Anthem comme un jeu « secoué par sa propre crise d’identité ».
Des plans ambitieux de refonte, baptisés 2.0, avaient été envisagés pour relancer l’expérience de jeu, mais ils ont finalement été abandonnés. Les difficultés rencontrées par Anthem en 2019 s’ajoutent à celles de Mass Effect: Andromeda en 2017, plaçant BioWare dans une position délicate après le succès relatif de Dragon Age: Inquisition en 2014. La sortie de Dragon Age: The Veilguard en 2024, après dix ans de développement tumultueux – incluant une période où le projet était envisagé comme un jeu multijoueur – n’a pas permis d’améliorer la situation.
L’attention se porte désormais sur le cinquième opus de Mass Effect, dont la sortie est attendue. L’avenir de BioWare pourrait bien en dépendre. Cependant, l’acquisition imminente d’EA par des investisseurs saoudiens, axés sur les sports, laisse planer une incertitude sur l’avenir du studio et les intentions des nouveaux propriétaires.