Publié le 13 décembre 2023 16:02:00. Apple a failli abandonner la production de ses propres machines au profit d’une stratégie audacieuse : faire tourner son système d’exploitation sur des PC Intel. Un projet top secret, baptisé “Star Trek”, a été annulé à la dernière minute par crainte de cannibaliser ses propres ventes.
- En 1992, Apple a secrètement développé une version de Mac OS compatible avec les processeurs Intel x86.
- Une équipe de 18 ingénieurs a travaillé en face du siège d’Intel à Santa Clara, en Californie, sur ce projet nommé “Star Trek”.
- La décision d’abandonner le projet a été motivée par la crainte que la disponibilité de Mac OS sur des PC moins chers ne réduise les ventes de Macintosh.
L’histoire de la transition d’Apple vers ses propres puces, Apple Silicon, est bien connue. Mais peu savent qu’une alternative radicale a été envisagée bien plus tôt, en 1992. À une époque où Windows 3.1 gagnait du terrain, Apple était confronté à un dilemme : son matériel était supérieur, mais Microsoft inondait le marché de logiciels compatibles avec des machines beaucoup moins coûteuses. La réponse d’Apple ? Un plan audacieux, top secret, visant à implanter le cœur de Mac OS dans le corps de son concurrent.
Tout a commencé en août 1990 avec un mémorandum confidentiel de 112 pages rédigé par Dan Eilers, vice-président de la stratégie d’Apple. Il y exposait la nécessité de changements drastiques pour assurer la pérennité de l’entreprise. L’une des idées phares était de faire fonctionner Mac OS sur les puces Intel x86. L’approche était simple : si l’on ne peut pas battre les PC bon marché, rejoignez-les et offrez un logiciel supérieur. Ironiquement, le premier nom de code du projet n’était pas “Star Trek”, mais “Macrosoft”, témoignant de la claire conscience de l’adversaire.
En février 1992, le projet a pris forme. Apple s’est associé à Novell et a constitué une équipe d’élite chargée de porter le Système 7 sur l’architecture Intel. Pour préserver le secret, Apple a installé cette équipe de 18 ingénieurs dans des bureaux anonymes à Santa Clara, en Californie, à quelques mètres seulement du siège d’Intel. Le PDG d’Apple, John Sculley, a même rencontré Andy Grove, PDG d’Intel, pour discuter de potentielles collaborations commerciales, tandis que les ingénieurs travaillaient dans l’ombre à la concrétisation du projet.
Le 4 décembre 1992 a marqué le jour de la vérité. L’équipe a présenté une preuve de concept pleinement fonctionnelle : Mac OS tournait sur un PC Intel. Techniquement, Apple était prêt à vendre son système d’exploitation pour qu’il puisse être installé sur des ordinateurs clones, offrant ainsi une expérience utilisateur supérieure à celle de Windows 3.1.
Mais le projet n’a jamais vu le jour. La politique interne a eu raison de l’innovation. John Sculley a quitté ses fonctions et Michael Spindler, surnommé « The Diesel », a pris la direction de l’entreprise. Spindler, confronté à une période de difficultés financières, a privilégié la réduction des coûts. Star Trek, ainsi que d’autres projets ambitieux, ont été abandonnés.
La raison principale n’était pas seulement le coût de développement, mais surtout la crainte de cannibaliser les ventes de matériel. À Cupertino, on craignait que la disponibilité de Mac OS sur des ordinateurs tiers moins chers ne dissuade les clients d’acheter les Macintosh, plus onéreux. Apple était avant tout une entreprise de matériel informatique, dont les revenus dépendaient de la vente de machines à forte marge, et non de licences logicielles à 50 $.
Ironiquement, Apple a par la suite tenté une approche similaire en autorisant des fabricants tiers à utiliser son système d’exploitation, donnant naissance aux fameux clones Mac. Cette expérience s’est soldée par un échec économique, cannibalisant les ventes du Mac original sans pour autant freiner l’ascension de Windows, obligeant Steve Jobs à mettre fin au programme à son retour en 1997. Star Trek avait été annulé précisément pour éviter ce scénario, mais on ne saura jamais si une mise en œuvre plus précoce, avec Intel, aurait conduit à un résultat différent.
Finalement, Apple a fini par adopter les processeurs Intel en 2005, avec ou sans Star Trek. Mais l’histoire a fait un nouveau tournant avec la création de ses propres puces, Apple Silicon. Et, selon certaines sources, Intel pourrait à nouveau collaborer avec Apple. L’histoire semble donc se répéter : un pas en avant, un pas en arrière… ou peut-être pas ?
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