Publié le 13 décembre 2025 à 13h21. La fréquentation des hypermarchés et des grandes surfaces en Argentine est en forte baisse, poussant certains acteurs étrangers à reconsidérer leur présence sur le marché, confronté à une instabilité économique persistante et à des contraintes spécifiques.
- Entre novembre 2023 et juin 2025, les ventes des hypermarchés et grandes surfaces ont diminué de 23,15 % à prix constants.
- La rentabilité des grandes surfaces argentines est inférieure aux marges habituelles observées dans d’autres pays, impactant leur capacité à couvrir leurs coûts et à générer des bénéfices.
- Plusieurs facteurs, dont l’instabilité réglementaire, les restrictions sur les transferts de bénéfices et les coûts du travail, expliquent le départ d’acteurs étrangers.
La part de marché des hypermarchés et des grandes surfaces dans la consommation totale argentine, qui atteignait environ un tiers depuis les années 1990, a connu une réduction significative ces dernières années, avoisinant les 30 %. Cette érosion de la fréquentation se traduit par une baisse des ventes, comme le révèle une enquête récente de l’INDEC (Instituto Nacional de Estadística y Censos) portant sur les supermarchés et les grossistes en libre-service.
L’étude de l’INDEC indique que, sur la période allant de novembre 2023 à juin 2025, et à prix constants, les ventes de ces enseignes aux consommateurs finaux ont reculé de 23,15 %. Les détaillants en libre-service ont également subi une baisse, de l’ordre de 11,45 % sur la même période. Cette diminution de la consommation est directement liée à la perte de pouvoir d’achat des ménages, affectés par la forte augmentation des tarifs des services publics et d’autres biens essentiels tels que la santé et la téléphonie mobile.
Au-delà de la conjoncture économique, la rentabilité des grandes surfaces argentines pose problème. Ces dernières années, la marge brute moyenne pondérée des principaux supermarchés du pays n’a pas atteint la fourchette de 28 à 30 % habituellement observée dans les pays clés. Cette situation compromet la couverture des dépenses structurelles et la réalisation d’un rendement raisonnable, un défi exacerbé par les difficultés générales rencontrées par le secteur au niveau mondial.
Le contexte argentin présente des spécificités qui rendent l’activité particulièrement difficile pour les entreprises étrangères. Les contraintes de gestion, souvent plus importantes que dans leurs pays d’origine, se traduisent par des bénéfices inférieurs aux attentes. En conséquence, les entreprises argentines et latino-américaines, ou celles capables de faire preuve d’une plus grande flexibilité, sont mieux positionnées, notamment dans le secteur de la distribution de gros où elles dominent depuis longtemps.
Plusieurs raisons motivent le départ d’acteurs étrangers importants du marché argentin : une rentabilité en baisse, tant en valeur absolue qu’en comparaison des investissements réalisés ; la complexité de la gestion locale, nécessitant des efforts considérables pour des bénéfices moindres ; l’instabilité des règles du jeu et le risque de retour à des situations économiques passées, générant une incertitude préjudiciable aux perspectives commerciales ; les restrictions sur le transfert des bénéfices, liées aux taux de change ; le manque de flexibilité en matière de droit du travail et les coûts associés ; et enfin, la multiplication des restrictions municipales limitant le développement des activités.
L’instabilité réglementaire, les asymétries sur des questions sensibles et les lacunes des politiques nationales jouent un rôle central dans cette situation. Même lorsque les niveaux de consommation et les résultats financiers étaient prometteurs, ces problèmes ont été surmontés. Cependant, une succession d’événements négatifs ces dernières années a modifié les calculs des sièges sociaux des entreprises.
Selon Claudio A. Molina, expert-comptable, analyste en bioéconomie, énergies renouvelables et chemins de fer, il est impératif de remédier rapidement à ces problèmes.
« La persistance de ces difficultés envoie des signaux négatifs à l’ensemble de l’économie nationale et, en particulier, aux processus d’investissement, qui sont fondamentaux pour la croissance future. »
