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Approuvé le déploiement de la force d’élimination des gangs

by Clara Dubois

Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert à une nouvelle force de sécurité en Haïti, remplaçant la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) dirigée par le Kenya par une Force d’élimination des gangs (GSF). Cette résolution, adoptée mardi, vise à renforcer la lutte contre les gangs qui contrôlent une grande partie du pays, notamment la capitale Port-au-Prince.

La résolution, portée par les États-Unis et le Panama, a été approuvée par 12 voix, avec 3 abstentions : la Chine, la Russie et le Pakistan. La Chine a justifié son vote en soulignant les lacunes de la MSS, qu’elle attribue en partie au non-respect des engagements initiaux de certains pays, sans les nommer explicitement, et à l’absence de consultation sur la conception de cette nouvelle résolution. « Nous maintenons notre opinion selon laquelle le conseil est à nouveau poussé vers une aventure dangereuse et mal planifiée », a déclaré Vasili Nebenzia, représentant russe auprès des Nations Unies.

La GSF pourra déployer jusqu’à 5 500 policiers et militaires, appuyés par 50 civils, pour une durée initiale de 12 mois. Elle succède à la MSS, qui n’avait finalement atteint que 970 membres, dont 700 Kenyans, alors qu’elle visait 2 500. La nouvelle mission bénéficiera du soutien continu de la police kenyane, ainsi que d’autres nations d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Un défi majeur se pose toutefois : le financement de la GSF n’est pas encore assuré. La résolution prévoit que les coûts de personnel seront couverts par des contributions volontaires des États participants. La MSS avait budgétisé 600 millions de dollars (environ 558 millions d’euros) pour sa première année d’opération, mais n’a collecté qu’environ 115 millions de dollars (environ 107 millions d’euros).

La formulation de la résolution suscite également des interrogations. Certains observateurs pointent des contradictions, notamment en ce qui concerne la subordination de la force à la police nationale d’Haïti (PNH) tout en lui accordant la possibilité d’agir de manière « indépendante » pour neutraliser les gangs. Les organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent également de la clause prévoyant que la force agira « conformément au droit international et aux droits de l’homme, le cas échéant », ce qui pourrait ouvrir la voie à des violations des droits civils dans un pays déjà fragilisé par des crises humanitaires.

La MSS avait déjà travaillé en collaboration avec la PNH pour rétablir l’ordre, mais des cas d’exécutions extrajudiciaires par les autorités ont été documentés. La résolution insiste sur la nécessité d’éviter l’usage de la force meurtrière contre les citoyens haïtiens, sauf en cas de menace réelle pour leur intégrité physique.

La résolution prévoit également l’intégration d’éléments militaires dans la mission, ce qui inquiète les ONG quant à la formation des troupes et à leur capacité à relever le défi posé par les gangs, qui contrôlent 90 % de Port-au-Prince et sont profondément enracinés dans les quartiers grâce à des chefs locaux. Le texte reconnaît la nécessité de renforcer les ressources, la logistique et l’équipement de la nouvelle mission, compte tenu de l’expansion rapide des groupes armés, qui comptent environ 5 500 membres, dont jusqu’à 50 % de mineurs.

Des mesures seront prises pour s’assurer que les enfants arrêtés lors des opérations soient orientés vers des services de protection de l’enfance, mais les détails concernant les programmes de désarmement et de démobilisation des mineurs restent flous.

La résolution souligne également l’importance de protéger les « infrastructures critiques et les voies de transit », en coordination avec la PNH, car les gangs contrôlent désormais la capitale et les ports, et profitent même de l’arrivée de l’aide humanitaire. La MSS avait prévu d’établir jusqu’à douze bases opérationnelles pour sécuriser les points stratégiques, mais n’en a ouvert que trois, les gangs ayant continué à se développer sous la Coalition Viv Ansanm Pandillera.

Il est important de noter que la GSF n’est pas une mission de maintien de la paix des Nations Unies, mais une force distincte, bien qu’elle soit coordonnée avec un bureau de soutien des Nations Unies en Haïti (UNOH) et qu’elle devra présenter des rapports trimestriels au Conseil de sécurité et aux donateurs.

À retenir

  • Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé la création de la Force d’élimination des gangs (GSF) en Haïti.
  • Le financement de la GSF reste incertain, avec un appel à des contributions volontaires des États membres.
  • La résolution soulève des préoccupations concernant le respect des droits de l’homme et l’intégration d’éléments militaires.

Contexte

Haïti est plongée dans une crise de sécurité profonde, avec une recrudescence de la violence des gangs qui paralyse le pays et entrave l’acheminement de l’aide humanitaire. La MSS, déployée en 2023, avait pour objectif de soutenir la PNH dans sa lutte contre les gangs, mais son impact a été limité en raison de son effectif réduit et des difficultés de financement.

Ce qui change

La GSF représente une nouvelle approche, avec un mandat plus large et la possibilité de déployer des éléments militaires. Elle vise à cibler directement les gangs et à rétablir la sécurité dans les zones clés, mais son succès dépendra de sa capacité à obtenir un financement adéquat et à opérer dans le respect des droits de l’homme.

Prochaines étapes

Il faudra surveiller de près la collecte de fonds pour la GSF, le déploiement des troupes et l’impact de la force sur la situation sécuritaire en Haïti. Les rapports trimestriels au Conseil de sécurité et aux donateurs seront cruciaux pour évaluer les progrès et ajuster la stratégie si nécessaire.

Chiffres clés

Indicateur Valeur
Effectif maximal de la GSF 5 500 (policiers et militaires)
Effectif maximal de la MSS 2 500 (initialement prévu)
Effectif réel de la MSS 970
Pourcentage de la capitale contrôlée par les gangs 90 %
Pourcentage de mineurs dans les gangs 50 %

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