En France, l’asthme touche plus de 4 millions de personnes et cause environ 1 000 décès annuels. Malgré l’existence de biothérapies efficaces pour les formes sévères, une étude basée sur le projet ASMAP révèle qu’un seul patient éligible sur trois bénéficie réellement de ces traitements innovants en 2024.
L’asthme est souvent perçu comme une pathologie banale, voire gérable par une simple inhalation occasionnelle. Pourtant, cette maladie chronique inflammatoire des bronches transforme, pour certains, chaque inspiration en un combat. Selon BFM, la maladie provoque encore près de 60 000 hospitalisations et 1 000 décès chaque année en France.
Ce bilan humain souligne un décalage critique entre la prévalence de la maladie et la perception de sa gravité. L’asthme ne se manifeste pas de manière linéaire ; il se caractérise par une variabilité des symptômes. Un patient peut souffrir d’une dyspnée intense durant la saison des pollens et ne ressentir aucune gêne en hiver. Cette fluctuation, associée à des sifflements à l’expiration ou une toux sèche nocturne, constitue le signal d’alerte d’une pathologie qui, une fois déclenchée, persiste toute la vie.
Le paradoxe des biothérapies et les révélations du projet ASMAP
Pour les patients souffrant d’asthme sévère, la médecine a progressé avec l’arrivée des biothérapies. Ces traitements sont recommandés lorsque la maladie reste mal contrôlée malgré un traitement habituel adapté, notamment pour les patients ayant subi au moins deux crises importantes l’année précédente.
L’ampleur du sous-traitement a été mise en lumière par le projet ASMAP, une étude s’appuyant sur des données issues de 9 200 pharmacies de ville, couvrant environ 47 millions de patients. Les données analysées pour l’année 2024 dressent un constat alarmant sur l’accès aux soins spécialisés.
Prévalence : 3 770 977 personnes de 6 ans et plus sont identifiées comme asthmatiques en France (soit 5 697 pour 100 000 habitants).
Sévérité : 7,9 % de ces patients présentent une forme sévère, majoritairement des adultes.
Éligibilité vs Réalité : Si 43,9 % des asthmatiques sévères remplissent les critères pour une biothérapie, seuls 32,4 % d’entre eux s’en sont vu prescrire.
L’accès à ces molécules — comme le mépolizumab, le benralizumab ou le tezepelumab — est particulièrement privilégié lorsque le taux d’éosinophiles (globules blancs) dépasse 1 500/µL. Pourtant, le fossé entre l’indication médicale et la prescription effective reste béant.
L’engorgement du parcours de soin et le rôle des spécialistes
Video 2: Asthma Diagnosis
Pourquoi un tel retard dans la prise en charge ? L’analyse des données montre que le blocage se situe principalement dans l’orientation du patient vers le spécialiste. En 2024, près de 71 % des patients souffrant d’asthme sévère et ne recevant pas de biothérapie étaient suivis uniquement par un médecin généraliste.
Or, la gestion de l’asthme sévère ne peut être laissée à la seule médecine générale. Elle requiert l’expertise de pneumologues spécialisés et, impérativement, une discussion du dossier lors de réunions de concertation Asthme (RCT).
Ce manque de coordination se traduit par des délais d’attente prohibitifs. Le délai médian entre l’instauration d’un traitement inhalé à forte dose par un pneumologue et le début effectif d’une biothérapie est d’environ 20 mois. Pendant près de deux ans, des patients éligibles restent donc dans une zone de vulnérabilité, exposés à des crises potentiellement vitales.
Impact clinique : réduire la dépendance aux corticoïdes
cluster (priority): Sud Ouest
L’enjeu de l’accès rapide aux biothérapies n’est pas seulement le confort respiratoire, mais la réduction des effets secondaires liés aux traitements de secours. L’utilisation prolongée de corticoïdes par voie orale ou injectable pour gérer les crises importantes est une source de complications majeures.
Les résultats de l’étude ASMAP confirment l’efficacité du passage aux biothérapies pour stabiliser la maladie. La différence d’utilisation des corticoïdes oraux est nette :
Groupe de patients
Taux d’utilisation des corticoïdes oraux
Patients sous biothérapie
3,1 %
Patients sans biothérapie
9,1 %
Cette réduction significative témoigne d’un meilleur contrôle global de la pathologie. En stabilisant l’inflammation des bronches, les biothérapies permettent de sortir le patient d’un cycle de crises et de traitements d’urgence.
L’asthme sévère ne doit plus être géré comme une fatalité ou une simple extension de l’asthme léger. La transition vers un suivi spécialisé et l’utilisation des outils de concertation comme les RCT sont les seuls leviers pour réduire le nombre de décès et d’hospitalisations. Le défi actuel n’est plus l’absence de solutions thérapeutiques, mais l’optimisation du parcours de soin pour que le bon traitement atteigne le bon patient dans un délai raisonnable.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Pour tout diagnostic ou modification de traitement, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.