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Avec Franco tu ne vivais pas mieux (surtout si tu étais une femme)

by Nicolas Lefèvre

Publié le 2025-11-19 23:10:00. Sous le régime franquiste, les femmes espagnoles ont vu leurs droits et libertés fondamentaux bafoués, reléguées à un rôle subordonné et soumises à un contrôle étouffant. L’histoire de cette période sombre, et les avancées considérables obtenues depuis, rappellent la fragilité des acquis féministes.

  • Sous Franco, les femmes avaient besoin d’une autorisation masculine pour les actes les plus simples, comme ouvrir un compte bancaire.
  • La Seconde République a marqué une période de progrès significatifs en matière de droits des femmes, avec l’accès à la fonction publique, le divorce et le droit de vote.
  • La répression franquiste a utilisé la violence sexuelle comme arme de contrôle et de punition, avec des conséquences durables pour les victimes.

L’Espagne a connu une transformation radicale en matière de droits des femmes au cours du XXe siècle. Si la Seconde République (1931-1939) a ouvert la voie à l’égalité, le régime de Francisco Franco (1939-1975) a brutalement interrompu ces progrès, plongeant les femmes dans un état de subordination juridique et sociale. Aujourd’hui, alors que les mémoires se ravivent et que certains discours idéalisent le passé, il est crucial de se souvenir de cette période et de défendre les acquis féministes.

Sous le franquisme, la vie quotidienne des femmes était soumise à un contrôle omniprésent. Ouvrir un compte bancaire, travailler, voyager ou même exercer l’autorité parentale nécessitait l’autorisation du mari ou du père, un document appelé licence de mariage. Les intellectuelles et artistes républicaines ont été marginalisées, effacées de l’histoire officielle et discriminées dans leur carrière. L’éducation et les médias ont véhiculé une image de la femme cantonnée à son rôle de mère et d’épouse dévouée.

La Section féminine, branche féminine de la Phalange espagnole des JONS, fondée en 1934 et dirigée par Pilar Primo de Rivera, a mis en place une politique de rééducation basée sur la soumission et le service au foyer. Son frère, José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange, définissait ainsi le rôle des femmes :

« Nous ne sommes pas non plus féministes. Nous ne comprenons pas que la manière de respecter les femmes consiste à les soustraire à leur magnifique destin et à les consacrer à des fonctions masculines. Cela m’a toujours rendu triste de voir des femmes dans des exercices virils, toutes occupées et désarticulées dans une rivalité où elles ont – au milieu de la complaisance morbide des concurrents masculins – tout à perdre. Le vrai féminisme ne doit pas consister à vouloir pour les femmes les fonctions considérées comme supérieures aujourd’hui, mais à « entourer les fonctions féminines d’une dignité humaine et sociale croissante ».

La répression franquiste s’est manifestée par une violence sexuelle systématique, utilisée comme arme de punition et d’intimidation contre les femmes liées au camp républicain ou considérées comme dangereuses pour le régime. Des viols individuels et collectifs, suivis d’humiliations publiques et de meurtres, ont été documentés. Les femmes incarcérées ont subi des abus sexuels récurrents. Des milliers de bébés ont été volés à leurs mères républicaines et confiés à des familles sympathisantes du régime ou à des institutions contrôlées par l’Église catholique, une pratique institutionnalisée par un décret de 1940 qui privait les mères de leurs droits parentaux au motif de « mauvais antécédents ».

Avant cette période sombre, la Seconde République avait marqué une avancée significative pour les femmes espagnoles. Des lois avaient été adoptées pour leur permettre d’accéder à la fonction publique, de divorcer, de partager l’autorité parentale et de ne pas être discriminées en raison de leur état civil dans l’accès à l’emploi. La Constitution de 1931 établissait la non-discrimination fondée sur le sexe, le droit de vote pour les femmes, l’égalité devant la loi et le droit de travailler dans des conditions égales avec les hommes. La loi sur le divorce de 1932 permettait la dissolution du mariage par consentement mutuel ou pour juste motif, reconnaissant l’égalité des droits aux deux époux.

Dans les années 1920 et 1930, une nouvelle figure féminine émergeait, notamment au sein de la bourgeoisie, remettant en question les rôles traditionnels et aspirant à l’autonomie, à l’éducation et à la participation culturelle. Ces femmes accédaient progressivement à des espaces autrefois réservés aux hommes, tels que les universités, les salons, les spectacles artistiques et sportifs. La mode et de nouvelles habitudes, comme fumer, travailler ou voyager seule, devenaient des symboles de leur indépendance. Des mouvements comme celui des “sans chapeau”, où les femmes brisaient ouvertement les conventions sociales et esthétiques, témoignaient de cette quête de visibilité et d’une identité artistique et professionnelle autonome.

Des figures emblématiques ont marqué cette époque, telles que les peintres Maruja Mallo et Margarita Manso, les écrivaines et intellectuelles Rosa Chacel et Maria Zambrano, qui reliaient les tendances de l’avant-garde européenne à la réalité intellectuelle espagnole, ainsi que Clara Campoamor, avocate et députée, promotrice du droit de vote des femmes, Victoria Kent, juriste et députée, première femme à exercer le droit devant un tribunal militaire, Federica Montseny, écrivaine et première femme ministre d’Espagne, Maria Teresa León, écrivaine et militante républicaine, et Margarita Salas, pionnière de la science espagnole.

Après la mort de Franco et l’adoption de la Constitution de 1978, l’Espagne a retrouvé l’égalité juridique entre hommes et femmes, avec la suppression des lois discriminatoires et l’adoption de mesures pour promouvoir l’égalité salariale, les congés de maternité et de paternité, et la protection contre la violence sexiste. Aujourd’hui, l’Espagne est reconnue comme un modèle européen en matière de politique de genre. Il est essentiel de ne pas oublier le passé et de rester vigilants face aux discours qui minimisent ou remettent en question les avancées féministes, car les droits acquis peuvent être fragiles.

Comme le souligne l’histoire, les femmes ne vivaient pas mieux sous Franco, mais étaient soumises, privées de droits civils, politiques et du travail. Seule la démocratie et le féminisme ont permis de faire progresser l’égalité : une société juste ne peut se permettre d’oublier son passé.

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