Publié le 29 octobre 2025 17:55:00. Un avocat français d’origine maghrébine témoigne des micro-agressions et des suspicions constantes auxquelles il est confronté dans l’exercice de sa profession, révélant un racisme sociétal insidieux qui persiste au sein des institutions françaises.
- Des incidents répétés avec des agents de l’ordre et du personnel judiciaire remettent en question la légitimité de l’avocat en raison de son origine.
- Le témoignage souligne la fatigue et la vigilance nécessaires pour naviguer dans un système où l’identité ethnique peut être un obstacle.
- L’avocat dénonce un racisme parfois inconscient, mais toujours prégnant, qui affecte non seulement sa propre expérience, mais aussi celle de nombreux autres citoyens.
Depuis son serment en janvier 2022, cet avocat constate que son origine maghrébine continue d’être un facteur de suspicion dans la France de 2025. Ce n’est pas une hostilité quotidienne, mais une série d’incidents qui laissent des traces, une fatigue sourde et une nécessité de vigilance permanente.
Les premières difficultés sont apparues durant sa formation. Un simple document à récupérer au greffe s’est transformé en une épreuve. Le greffier, méfiant, a évoqué une « vigilance attentat » pour justifier son refus de se déplacer. Lorsqu’il a proposé de l’accompagner, le ton est monté. Le lendemain, une collègue du greffier, témoin de la scène, lui a demandé sèchement de quitter les lieux. Une nouvelle tentative, polie, a déclenché une explosion de colère, ponctuée d’un geste impérieux pour l’inviter à partir.
Lors de cet incident, l’avocat a osé affirmer :
« Je ne suis pas un chien. »
L’avocat
La réponse de la magistrate a été cinglante :
« Je suis magistrate. Vous ne savez pas à qui vous parlez. Je vais appeler la sécurité. »
La magistrate
L’arrivée de la police a été intimidante. Main sur l’arme, l’injonction a été claire : « Levez les mains ! ». Fouillé en costume trois pièces, son sac et sa ceinture ont été inspectés. Un appel au commissariat a été passé pour vérifier ses antécédents. Malgré son statut d’élève-avocat, il a été traité avec suspicion. Finalement, le document a été remis, mais le greffier a persisté dans ses accusations, le traitant de « caïd » et lui reprochant des « méthodes de voyou ». L’avocat a cité la loi, mais a été escorté hors du tribunal et convoqué devant le bâtonnier, alors qu’il n’avait commis aucune infraction.
Ces incidents se sont multipliés. Un magistrat l’a confondu avec un prévenu, estimant qu’il n’avait pas besoin d’interprète en raison de sa maîtrise du français. Un huissier lui a demandé dans quelle affaire il était impliqué. Au commissariat de Nice, un policier l’a pris pour un gardé à vue évadé. À la gendarmerie de la Trinité, on lui a asséné :
« En France, vous n’êtes pas chez vous. »
Un gendarme
Un autre policier l’a comparé aux « bâtards qui viennent signer les contrôles judiciaires ». Un jour, un procureur a évoqué un lien direct entre immigration et délinquance. Un autre jour, l’administration pénitentiaire lui a refusé l’accès à une cellule avec sa mallette.
Même certains clients ont manifesté des doutes. Des Polonais, des Arabes, ont affiché une gêne visible, se demandant s’il était réellement leur avocat, s’ils pouvaient lui faire confiance. Certains ont même exprimé leur préférence pour un « vrai » avocat.
Ses confrères ne sont pas toujours plus bienveillants. Des questions maladroites, comme « Pourquoi tu ne bois pas ? » ou « Tu ne veux pas raser cette barbe, pour faire plus propre ? », témoignent d’un malaise persistant. Face à ces remarques déplacées, l’avocat reste impassible.
Les greffiers, quant à eux, lui posent inlassablement la même question : « Vous êtes avocat ? ». Lassé de devoir justifier sa place, il a décidé de se présenter toujours en robe.
Il s’adapte, se tient droit, parle posément, anticipe les doutes, s’habille toujours en costume pour éviter les amalgames et porte même la robe de manière préventive. La robe n’est plus seulement un symbole de justice, mais une armure.
Un jour, un policier a lâché :
« Toi t’es noir, ton avocat est un arabe. Il fait chaud, on est dimanche. Si j’ai envie de faire l’enculé, je peux bâcler ton dossier. Mais je vais pas le faire. »
Un policier
Ce jour-là, l’avocat a compris que le fait de ne pas être raciste était, pour certains, un effort qu’ils s’accordaient… ou pas.
Ces exemples ne sont qu’un aperçu d’une réalité plus vaste. L’avocat ne se sent pas amer, mais épuisé. Fatigué d’être à la fois avocat et suspect, traité comme un intrus alors qu’il est le conseil de ses clients.
Pourtant, il continue, inlassablement. Il ne se taira pas, ne s’excusera pas. Il est avocat, maghrébin et français. Et si cela dérange, alors sa simple présence est peut-être déjà un acte de résistance.
Un racisme sociétal, volontaire ou inconscient, est profondément ancré en France et perturbe des vies. En tant que représentant d’une profession privilégiée, cet avocat est particulièrement conscient des difficultés rencontrées par ceux qui n’ont pas ses moyens de réplique.
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Ce texte a été initialement publié dans la Revue du Syndicat des Avocats de France.
